Après les quelques kilomètres de chemin de campagne où, évidemment, les systèmes de conduite automatisés ne fonctionnent pas, me voici sur une belle nationale fraîchement rénovée contrastée de beaux marquages bien blancs. Le terrain de jeu idéal pour activer le système. Voilà donc ma voiture qui se maintien seule au milieu de la bande de circulation, qui calque sa vitesse automatiquement sur les indications routières et le trafic, et qui peut même, grâce à la cartographie du GPS, réduire sa vitesse d’elle-même à l’approche d’un virage ou d’un rond-point. Bref, sur le papier, tout ça semble parfait. Précisons que puisqu’il ne s’agit que d’une automatisation de Niveau 2 (sur 5), le plus élevé autorisé en Europe sur des modèles de série, il m’incombe de rester concentré et de garder mes mains sur le volant pour être prêt à réagir en cas de défaillance du système. La responsabilité reste en effet entre les mains du conducteur.

Durant les premiers kilomètres, tout se passe à merveille. Traversée d’une zone 70, puis d’une agglomération : la voiture se conforme aux limites en vigueur, et réaccélère jusqu’au 90 km/h ensuite. Mais très vite, quelques écueils apparaissent : une limitation à 70 km/h à l’approche d’un carrefour dangereux fait décélérer l’auto. Sauf que le système ignore que, selon la législation de notre petit pays, la limite de vitesse s’applique jusqu’au carrefour suivant… et reste donc figée à 70 jusqu’à ce que, las, je me résolve à relever manuellement la vitesse de consigne du régulateur.

Viennent ensuite quelques virages, et un rond-point : deux situations dans lesquelles la voiture a tendance à freiner exagérément. Et dans le cas du rond-point, elle ne réaccélére que lorsqu’elle est complètement remise en ligne droite. Autre situation rencontrée : les réminiscences d’un chantier sur l’accotement, désormais terminé, mais où le panneau 30 km/h est resté bien présent. Je vous laisse imaginer la réaction des automobilistes qui me suivaient à ce moment-là…

Me voilà enfin sur l’autoroute… dont l’accès est plutôt chaotique puisque le limitateur indique toujours 70 km/h suite à l’absence de panneau de fin de limitation. Heureusement, une fois que la voiture a « compris » (via la cartographie) qu’on était bien sur autoroute, elle accélère d’elle-même, assez fort d’ailleurs, jusqu’à 120 km/h. Sur ce type de route, ma voiture est même capable d’effectuer seule les dépassements. Il me suffit d’activer le clignotant, et la voilà qui entame la manœuvre. Toutefois, il est nécessaire d’avoir suffisamment d’espace (et j’entends pas là, énormément de place !) pour s’insérer sur la bande de gauche. De même, il arrive que la voiture s’approche trop près du véhicule à dépasser (un camion surtout) et ralentisse donc subitement alors qu’elle est déjà à moitié sur la bande voisine… jusqu’à ralentir à 90 km/h dans le cas qui nous occupe ! Inutile de vous expliquer la dangerosité de la chose, pour vous et pour les autres automobilistes surpris par ce comportement complètement idiot.

Perte de repères

Autre situation vécue : l’apparition d’une bande de circulation à droite, réservée aux véhicules lents. Je circulais à ce moment sur la bande de droite. A un moment, le système perd de « vue » la bande blanche de droite, et… se retrouve complètement dans le jus. Aucune alarme ou injonction ne m’incite pourtant à reprendre le volant. L’auto préférant ralentir jusqu’à ce qu’elle retrouve le marquage correct de la nouvelle bande… à 80 km/h ! De quoi mettre en danger encore une fois les autres usagers. Enfin, last but not least : le système qui capte la limite de vitesse applicable dans la bretelle de sortie, et décide en toute logique de s’y conformer. Ou comment se retrouver à 50 km/h sur autoroute si l’on n’est pas vigilant !

Reconnaissons donc que le système fonctionne « bien », dans le sens où il fait exactement ce pour quoi il a été programmé dans la plupart des cas. Pourtant, comme le prouvent les anecdotes ci-dessus, ce type de conduite automatisée n’est pas adapté à un usage « dans la vraie vie », avec de « vrais conducteurs », libres de décider si une limite de vitesse doit être respectée en fonction de la situation (cfr les 30 km/h dans une zone où les travaux sont terminés), et capables d’adapter leur comportement (distances, accélérations, freinage…) aux réalités du terrain et du trafic. Ce que ne peut actuellement pas faire un ordinateur trop limité dans ses interprétations.

Enseignements

Ce test a surtout mis en valeur trois défauts de l’automatisation de la conduite. Premièrement, une méconnaissance des règles de circulation spécifiques (fin de limitation de vitesse aux carrefours), et l’impossibilité (ou la difficulté) à réagir en cas de signalisation manquante (pas de panneau de fin de limitation, marquage…). Deuxièmement, un comportement très saccadé, avec des freinages trop marqués, des accélérations franches, et un manque flagrant de fluidité qui pénalise sérieusement le confort des passagers. Il en résulte le troisième défaut : une consommation plus élevée qu’en conduite normale.

En effet, pour le retour, effectué sur le même parcours, j’ai fait le test inverse : désactiver tous les systèmes d’aide, et conduire de manière fluide et naturelle. Résultat : une vitesse moyenne 3 km/h plus élevée qu’à l’aller et une consommation… inférieure de 0,7l/100km. Un comble, à l’heure où l’on nous bassine de réchauffement climatique… et où l’Europe parle de rendre obligatoire ce type de dispositifs !

Peut-être l’intelligence artificielle permettra-t-elle un jour de résoudre tous ces problèmes ! Si tel est le cas, je me réjouis déjà de pouvoir me rendre en vacances dans le sud de la France sans avoir à toucher le volant sur l’autoroute. Mais ça ne semble pas près d’être le cas !