ESSAI Lexus RC F: quand Lexus se lâche

Bien propres sur elles, les Lexus !? Cette image pourrait changer avec ce coupé RC F V8 de 477 chevaux, concurrent direct et débridé de la BMW M4 !

Les Américains ont adopté Lexus depuis belle lurette. C’est d’ailleurs pour eux que le groupe Toyota a créé cette marque, à la fin des années 80. Très vite, ce label de luxe s’est posé en rival de choix pour Mercedes et BMW (Audi était encore loin de son niveau actuel) et bénéficie depuis 25 ans d’une image très forte aux Etats-Unis. Comme souvent, les mentalités mettent plus de temps à évoluer en Europe, d’autant que les produits n’ont pas toujours été adaptés à nos goûts et à nos besoins. Mais aujourd’hui, Lexus est la marque automobile «premium» qui monte le plus sur le Vieux Continent. En Belgique, la gamme Lexus est 100% hybride (essence-électricité) et vu les chiffres de ventes en hausse de 31% en 2014 par rapport à 2013, il semble que cette technologie atteigne enfin sa cible !

L’importateur pourrait donc se contenter de continuer sur cette voie en ne commercialisant que la version 300h du nouveau coupé RC. Mais la tentation d’introduire aussi le démoniaque RC F et son gros V8 à l’ancienne était bien trop forte ! 

Pourquoi F ?

Fidèle à la culture japonaise, Lexus a choisi ce «F» en référence au circuit du Mont-Fuji. Un site qui appartient à la maison-mère Toyota et où a notamment eu lieu l’affrontement final entre James Hunt et Niki Lauda lors de la finale du championnat du monde de F1 1976 (magnifiquement évoquée dans le récent film «Rush»).

En réalité, la RC F n’est pas la toute première Lexus à bénéficier de cette initiale. En 2007 déjà, la marque avait en effet lancé une berline IS F, suivie par la super-car LF-A, produite à quelques centaines d’exemplaires seulement. Mais cette nouvelle RC F marque bien le début d’une véritable offensive sportive pour Lexus, qui devrait multiplier les modèles F à l’avenir. Elle vient d’ailleurs de présenter une GS F à Détroit.

IS coupé ?

Si chez nous la Lexus RC n’est dans un premier temps proposée que dans cette déclinaison forte de 477 chevaux, elle existe aussi, on l’a dit, dans une version plus raisonnable, qui devrait faire son apparition fin 2015 en Belgique. Quoiqu’il en soit, F ou pas, la RC peut en tout cas être considérée comme la version coupé de la berline IS. Certes, c’est un peu plus compliqué que cela car sa plate-forme est un doux mélange entre celle de la grosse GS et celles des cabrio et berline IS mais dans l’esprit, cette RC est ce que la BMW Série 4 est à la berline Série 3. On peut donc aussi affirmer que la RC F est à Lexus ce que la M4 est à BMW. Mais avec 46 chevaux de plus grâce à son V8 de 5 litres ! Un gouffre à essence !? Un peu, oui, puisque là où une M4 se contente de 8,3l/100km de moyenne normalisée, la RC F est homologuée pour 10,8l/100km ! De quoi peut-être donner mauvaise conscience aux acheteurs potentiels, qui ne devraient par contre pas être trop touchés par l’aspect financier des choses. Ce coupé Lexus étant vendu plus de 85.000 euros TVAC, ce ne sont en effet pas ces quelques litres d’essence en plus qui changeront quelque chose à leurs fins de mois ! A noter que la M4 est vendue un peu moins de 80.000 euros, mais avec un équipement moins complet. La Lexus est donc assez chère mais tout est relatif : si on la compare à une Porsche 911 de puissance identique (140.000 euros pour la GT3), elle est plutôt cadeau ! 

L’originale

Esthétiquement, comparée à des «classiques» comme la M4 ou la 911, la Lexus apparaît plutôt originale. Ses lignes typiquement japonaises ne paraissent pas aussi évidentes que celles de ses rivales allemandes mais certains apprécieront ce côté «manga», la RC F semblant échappée d’un jeu vidéo !

Idem dans l’habitacle, où Lexus ne nous avait pas habitués à tant de fioritures. Les mélanges de couleurs sont parfois étranges et certains plastiques ne sont pas aussi soignés que sur les autres hauts de gamme de la marque. La finition reste toutefois d’un niveau très acceptable.

C’est moins le cas de l’espace dévolu aux passagers arrière : dans un coupé de 4,70 mètres de long, on aurait espéré pouvoir installer quatre grands adultes mais ce n’est pas le cas, même si les enfants seront quand même plus à l’aise que dans une Porsche 911. Quant au coffre de 366 litres, il permet de partir en week-end prolongé en amoureux sans aucun stress.
Le confort des suspensions rendra aussi la chose agréable, Lexus ayant eu le bon goût de ne pas rendre la RC F trop dure pour un usage routier. Facile à prendre en main, assez silencieuse à vitesse stabilisée… On en ferait volontiers son quotidien ! Et pourtant, quelle sportive… 

Une scène surréaliste

Après un essai routier très concluant sur les magnifiques routes du Sud de l’Espagne, durant lequel j’ai notamment pu apprécier la disponibilité du moteur, la douceur de la boîte de vitesses automatique à commandes au volant et la précision de la direction, c’est une fois de plus sur le circuit Ascari de Ronda que j’ai pu pousser la RC F dans ses derniers retranchements. Mais avant de m’attaquer à cette très jolie piste vallonnée, quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver un ingénieur avec une vieille photo de moi et quelques commentaires gribouillés en japonais. «Je me souviens de vous», m’assure-t-il. «En 2007, vous étiez venu essayer notre IS F et vous nous aviez dit qu’il manquait un différentiel autobloquant à cette voiture. Nous l’avons ensuite proposé en option : vous devez être content ! Merci pour vos commentaires en tout cas, ils nous ont bien aidés.» Fascinant peuple japonais ! Non seulement ces gens vous écoutent quand ils vous demandent votre avis, mais en plus, ils sont capables de vous le ressortir plus de sept ans après. Je crois que cela peut en grande partie expliquer la première place mondiale du groupe Toyota ! Quand certains constructeurs s’asseyent sur leurs certitudes et prennent le reste du monde de haut, les Nippons, eux, ne se contentent jamais du niveau qu’ils ont atteint.

Différentiel réglable : révolutionnaire !

Les voitures aussi agréables à conduire sur route que passionnantes à piloter sur circuit ne sont pas nombreuses sur le marché. Porsche, BMW M… La liste est aussi courte que celle de mes bonnes résolutions 2015 ! Pourtant, après cet essai sur circuit, je peux affirmer sans hésitation aucune que Lexus réussit la gageure d’y ajouter cette RC F…

En l’absence de suspension adaptative («en cours de développement», m’a assuré mon nouvel ami japonais), c’était pourtant loin d’être gagné. D’ailleurs, les premiers tours de piste ne m’ont pas offert une impression fantastique. Mon accompagnateur délégué par Lexus était même un peu stressé car le sous-virage en sortie de courbe est assez prononcé, ce qui avait tendance à me faire sortir à cheval sur les vibreurs. Rien d’inquiétant pour celui qui est derrière le volant mais pas très efficace, ni amusant. Pourtant, le réglage «ESP off with Expert» est parfait pour rouler sur circuit : l’électronique n’intervient pas du tout, sauf si vous vous mettez complètement à l’équerre. Une bonne solution, mariant parfaitement plaisir et sécurité dans les cas extrêmes. Et si vous voulez faire du «drift», vous pouvez encore passer en mode ESP 100% off.

Mais revenons au comportement de cette RC F, a priori trop sous-vireuse, donc, pour être vraiment efficace et amusante sur circuit. Une première impression ne tenant pas compte d’une invention absolument génialissime, baptisée TVD par Lexus. Ce «Torque Vectoring Differential» est, comme son nom l’indique à peu près, un différentiel autobloquant réglable via un bouton situé sur la console centrale.

En passant du mode Standard au mode Track… on ne ressent en fait pas grand-chose de différent. Raté !? Non car il reste un troisième réglage, nommé Slalom. Celui-ci est censé rendre la voiture plus agile sur un parcours étroit et sinueux… mais est tout aussi recommandable sur un circuit rapide car il supprime le sous-virage. A un point que je n’aurais jamais pu imaginer : là où en mode Standard je devais attendre quasiment la fin du virage pour réaccélérer, je mets cette fois les gaz juste après avoir passé le point de corde, sans trop doser… et ça passe, la vitesse de sortie de la courbe étant nettement plus élevée. A la fois très efficace, donc, et nettement plus plaisant. Je serais vraiment curieux de voir si une M4 serait capable de suivre une RC F réglée de cette manière ! Lorsque l’amortissement adaptatif de la Lexus sera proposé, offrant la possibilité de durcir une suspension juste un peu trop souple pour une utilisation circuit, la BMW aura en tout cas bien du mal à suivre ce monstre de plaisir, également doté d’excellents freins Dommage que le différentiel TVD soit une option à plus de 5.000 euros : si vous achetez une RC F, ne faites pas l’erreur de vous en passer !

Conclusion

Lexus réussit une entrée remarquable sur le marché des coupés très sportifs à moins de 100.000 euros. Une réalisation qui en appelle d’autres !

+

Superbe compromis confort/plaisir/efficacité

Système TVD vraiment génial !

Gros moteur V8 à l’ancienne

Quatre places
 

-

Habitabilité arrière

Elégance discutable

Plus chère qu’une BMW M4

Consommation/émissions

La RC F en quelques chiffres

Moteur : V8 essence, 4.969cc; 477ch à 7.100tr/min; 530Nm de 4.800 à 5.600tr/min

Transmission : aux roues arrière

Boîte : automatique 8 rapports

L/l/h (mm) : 4.705/1.845/1.390

Poids à vide (kg): 1.765

Volume du coffre (l) : 366

Réservoir (l) : 66

0 à 100 km/h (sec.) : 4,5

Prix : 85.910 € TVAC

V-max : 270 km/h

Conso. mixte : 10,8 l/100km

CO2 : 251 g/km