ESSAI BMW R nine T Racer: match à trois

Ne cherchez plus la moto de vos rêves, celle qui reposerait dans un coin de votre salon entre la TV et la cheminée. BMW vient d’abattre une de ses cartes maîtresses en déclinant une version exclusive de la série R 1200 nine T avec la Racer.

Accoudé au comptoir du café, Guido Brasletti (le Monsieur Ducati 900SS de la BD Joe Bar Team) me le confiait encore dernièrement, avec cette BMW Racer, BMW revient sur le devant de la scène des motos néo-rétro en donnant, enfin, une suite à sa légendaire R90S de 1974, la sombre Silver Smoke. Pas la Daytona qui tombait déjà dans l’excès avec son coloris à la hollandaise. Déclinée uniquement, pour l’instant, dans sa finition Light White recouverte de rares bandes bleues et rouges, type Motorsport, la Racer se distingue également par ses carters moteurs noirs et une flagrante pureté des lignes. Monoplace à l’origine (passagère en option via l’apport de deux repose-pieds et de la suppression du dosseret), cette moto ne se destine qu’à une conduite référencée « plaisir solitaire », les sourcils au vent, le dessus du crâne protégé uniquement par un casque « Bol », gris de préférence, estampillé aux normes Bénor, obsolètes et interdites depuis bien longtemps !

Fan des années septante

Unie comme les cinq doigts de la main, la série des R nine T affiche plusieurs variantes aux objectifs divers. Le modèle de base et la Pure se la jouent toutes les deux volontairement simplistes alors que les Scrambler et Urban G/S se veulent un peu plus spécifiques et raffinées. La Racer, elle, ne cherche qu’à séduire et nous faire retomber sous le charme d’un temps bien lointain en adoptant un demi-carénage (tête de fourche comme dirait l’autre) dont les formes épousent à merveille un réservoir d’une longueur infinie. La selle se limite à un petit bout de cuir se terminant par un dosseret tout en rondeur. Le tableau de bord se compose d’un compteur et d’un compte-tours aux formes arrondies d’autrefois ainsi que des multiples indications propres à BMW (la consommation, le kilométrage restant sous réserve, la vitesse moyenne, le temps de roulage et l’horloge). De part et d’autre, deux bracelets accrochés aux canons d’une fourche traditionnelle de 43mm de diamètre vous permettront de vous coucher sur la moto.

Elle se pilote

La Racer ne se conduit pas, elle se pilote ! Les poignets et les avant-bras soutiennent tout le poids du corps alors que la tête doit former un angle ouvert afin d’autoriser le regard à découvrir la route qui défile devant vous, les pieds se casant au loin (pas assez cependant à mon goût). Pour ce qui est de la mécanique, le flat-twin reste à refroidissement air/huile, conserve ses 1.170 cc mais a perdu 3 Nm de couple en passant aux normes Euro4, tout en maintenant ses 110 chevaux à l’écurie. Boîte 6 rapports, Paralever à l’arrière, le tout accroché sur un cadre treillis dont la sortie d’échappement termine agréablement les lignes générales. Bon point quant à la fixation du gros phare rond et le passage très discret du circuit électrique. D’un point de vue statique, on peut franchement dire que la Racer mérite de beaux points et figure dans le top des motos « vintage » de ce siècle, à côté de la Triumph Thruxton R 1200.

Bien entourée

Comme dans tout bon mariage, la mariée se doit d’être entourée par ses deux dames d’honneur. Profitant d’une journée Trackday organisée par la Mertens School sur le circuit de Mettet, nous abusons de toute l’infrastructure du jour pour « opposer » la Racer aux BMW M2 et M3. Le genre de voiture qui nous incite à détourner le regard de notre monde du deux roues pendant quelques instants. La lettre « M » bourdonnant dans nos oreilles depuis notre plus tendre enfance. La M2 ne comptabilise « que » 370 chevaux pour un poids de 1.485 kg alors que la M3 affiche 450 chevaux grâce à la configuration Competition que BMW a mis à notre disposition (431 ch à l’origine). Toutes les deux profitent d’un moteur 6 cylindres en ligne type TwinPower Turbo de 2.979cc. Avec ses 110 chevaux, notre Racer fait un peu « léger » face à ces deux monstres mais comme dirait Popol (Polnareff), La Belle aura sa revanche. Je m’élance pour quelques tours d’échauffement à son guidon et profite de l’extrême docilité de son moteur pour sortir avec rapidité des épingles sur le tracé de l’Entre-Sambre et Meuse. Entre 3.000 et 6.000 tr/min, le bicylindre s’exprime et ça pourrait même chasser un peu de l’arrière si le track control (option) ne remplissait pas correctement son travail. Le bruit, envoutant, reste dans les normes avec moins de 95 dB.

Reine des feux rouges

Je m’autorise quelques réflexions, bien couché derrière la bulle dans la courte ligne droite, où j’ai un peu de mal à accrocher les 200 km/h, pour constater que la Racer se pilote à l’ancienne. Avec mon 1,75 m, difficile de se déhancher tant le réservoir et la position de conduite sont allongés. Du coup, ce sont les repose-pieds qui râpent le bitume et annoncent les limites d’angle à ne pas dépasser. Freins et suspensions officient sereinement, ni trop, ni trop peu. Sans avoir été conçue pour la piste, cette Racer remplit correctement son rôle, dans les limites du raisonnable. Ça me ferait mal au cœur de la mettre par terre et d’endommager une si belle robe. Et ces M2 et M3, ça pousse vraiment fort ? Petites séances de départs arrêtés pour constater… qu’avec ses « seulement » 110 chevaux, la Racer tient la distance jusque 170 km/h ! Aucune des deux voitures ne pourra la priver de son titre de « gagnante aux feux rouges ». Au-dessus de 180 km/h, c’est une autre histoire car les voitures me déposent carrément et profitent de leur 4 roues pour freiner, beaucoup, beaucoup, plus tard que moi ! Leur vitesse en courbes étant également supérieure, je préfère mettre un terme à cette petite confrontation avec une pensée positive évidente. La Racer se vend 13.690 euros alors que les M2 et M3 dans leurs configurations d’essais réclament un effort financier de 70.010 euros et 110.115 euros. Autre point fort pour la Racer : sa consommation. En dessous des 5 l/100 km sur la route alors que pour les M, 15 l/100 km sera un minimum en conduite dynamique.

Conclusion

Magnifique, sans aucun doute ! BMW a vu grand, a fait grand et réussit ce qui est à mon sens, la plus belle moto de l’année.

Les + :

Coloris Light White

Lignes générales

Finition

Autonomie de 300 km

Collector

 
Les -

Position de conduite

Béquille latérale

La BMW R nine T Racer en quelques chiffres :

Moteur : flat twin 1.170cc refroidi par air/huile, 4 soupapes, double ACT

Puissance : 110ch à 7.750tr/min

Couple de 116Nm à 6.000tr/min

Injection électronique

Transmission par cardan et boîte à 6 rapports

Suspensions : fourche télescopique diam 43mm, déb. 125mm ; Paralever, déb. 120mm

Freins : double disque de 320mm, étriers 4 pistons ; simple disque de 265mm, étrier 2 piston ; ABS

Hauteur de selle : 805mm

Capacité du réservoir : 17 l

Poids 220 kg

Prix : 13.690 euros