« 300 entreprises qui négocient ensemble n'ont pas le même poids qu'une seule » : la méthode Fedauto

En quelques mois, un groupe de professionnels indépendants de l'automobile a donné naissance à une nouvelle fédération belge. Fedauto revendique déjà plus de 300 membres et une méthode : la négociation collective au service du terrain. Rencontre avec son président, Ibrahim Yildirim.

Publié le 10 octobre 2026
Temps de lecture : 8 min

Partagez

« 300 entreprises qui négocient ensemble n'ont pas le même poids qu'une seule » : la méthode Fedauto

Tout a commencé par une conversation entre professionnels sur un groupe WhatsApp. Des marchands indépendants qui échangeaient sur leurs difficultés quotidiennes, cherchaient des réponses communes et réalisaient peu à peu qu'ils étaient des centaines à partager les mêmes enjeux. De ces échanges est née l'idée d'une structure commune capable de porter leur voix et de peser là où un professionnel seul n'a qu'un pouvoir limité. En quelques mois, Fedauto a été mise sur pied.

La jeune fédération revendique aujourd'hui plus de 300 membres et un objectif : rassembler les professionnels indépendants de l'automobile, négociants, mécaniciens, carrossiers et spécialistes, pour défendre leurs intérêts par le dialogue et la négociation collective. Sa conviction tient dans le fait que plusieurs centaines d'entreprises réunies obtiennent ce qu'aucune n'obtiendrait seule. Son président, Ibrahim Yildirim, détaille l'esprit du projet, ses chantiers en cours et l'avenir qu'il imagine pour le professionnel de l’automobile belge à l'horizon 2030.

Publicité – continuez à lire ci-dessous

IMG_1226

Qu'est-ce qui, dans le quotidien d'un professionnel indépendant de l'automobile belge, a rendu la création de Fedauto nécessaire ?

Tout est parti d'un problème très concret. Depuis plusieurs années, de nombreux marchands constataient des augmentations importantes et répétées des tarifs d'une plateforme devenue quasiment incontournable pour la vente de véhicules. Pour certains professionnels disposant d'un stock important, ces coûts représentent plusieurs milliers d'euros par mois. C'est face à cette situation que j'ai créé un groupe WhatsApp. À ce moment-là, il n'était absolument pas question de créer une fédération. L'objectif était simplement de réunir les professionnels concernés et d'essayer de trouver ensemble une solution par le dialogue. Le mouvement a rapidement pris de l'ampleur. Nous avons organisé une mobilisation devant les bureaux de cette plateforme avec plus de 250 professionnels présents.

Nous voulions rencontrer la direction et ouvrir une discussion. Nous n'avons finalement pas été reçus physiquement. Lors d'un échange téléphonique avec un responsable, il nous a été fait comprendre que nous n'étions qu'un groupe WhatsApp sans structure officielle pour nous représenter. Cette remarque a été un déclic. Nous étions des centaines de professionnels avec des milliers de véhicules en stock et un poids économique réel, mais sans structure commune capable de porter notre voix. Nous avons donc décidé de nous organiser. Et nous avons rapidement compris que nos difficultés allaient bien au-delà d'une seule plateforme : assurances, garanties, énergie, pièces, personnel, digitalisation, contraintes administratives… À cela s'ajoutent les différences réglementaires et fiscales entre la Wallonie, la Flandre et Bruxelles.

Fedauto est née de cette réalité : des professionnels du terrain qui ont décidé de s'unir pour ne plus affronter individuellement des problèmes qui sont collectifs. 

Publicité – continuez à lire ci-dessous

Des fédérations automobiles importantes existent déjà. Qu'est-ce qui distingue Fedauto ?

Il existe déjà des organisations importantes et expérimentées dans le secteur automobile belge et notre objectif n'est pas de nier le travail qu'elles réalisent. Avant la création de Fedauto, nous nous sommes d'ailleurs tournés vers une fédération existante pour exposer nos difficultés. Nous avons été reçus et entendus, mais sans perspectives réelles et concrètes à l'issue de ces échanges. C'est aussi ce qui nous a poussés à construire notre propre structure. Nous ne voulons pas construire Fedauto contre quelqu'un. Nous voulons construire quelque chose pour les professionnels de l'automobile. Notre différence vient surtout de notre origine : Fedauto est issue directement du terrain et portée par des professionnels qui vivent au quotidien les problèmes qu'ils veulent résoudre. Notre ambition est de faire grandir Fedauto et d'en faire une fédération qui compte dans le secteur automobile belge.

IMG_1276

Comment défendre les intérêts de vos membres sans entrer dans une logique d'opposition ?

Défendre ne signifie pas forcément combattre. Notre première approche sera toujours le dialogue et la négociation. Nous ne sommes contre aucune plateforme, entreprise ou fédération. Lorsque les intérêts convergent, nous sommes ouverts à la collaboration.

Mais lorsqu'une situation pénalise nos membres, nous devons pouvoir défendre leurs intérêts. Un professionnel seul possède un pouvoir de négociation limité. Lorsque plusieurs centaines de professionnels se regroupent, le rapport change. Notre objectif n'est pas d'utiliser cette force collective pour combattre, mais pour négocier et construire des solutions.

Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

En quelques mois, nous avons réuni plus de 300 professionnels. Mais une fédération doit surtout produire des résultats. Nous avons déjà conclu des partenariats et développé des solutions dans le domaine des plateformes automobiles, et notamment avec Gocar.be, ainsi que des garanties avec des conditions négociées collectivement. D'autres dossiers sont en cours : carburant, assurances professionnelles, plaques commerciales, bâtiments professionnels et différentes charges récurrentes. Notre logique est d’identifier les coûts qui pèsent réellement sur les entreprises, de regrouper les besoins et de négocier collectivement. 300 entreprises qui négocient ensemble n'ont pas le même poids qu'une entreprise qui négocie seule.

Pascal Van der Biest (Gocar.be) et Ibrahim Yildirim, Président de Fedauto.
Pascal Van der Biest (Gocar.be) et Ibrahim Yildirim, Président de Fedauto.

Quelle position Fedauto veut-elle défendre concernant SERMI et l'accès aux données des véhicules ?

Un professionnel indépendant doit pouvoir continuer à diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules modernes dans des conditions réalistes. Les exigences de sécurité et de cybersécurité sont nécessaires. Mais les procédures, les coûts ou les contraintes techniques ne doivent pas devenir une barrière disproportionnée pour les indépendants. Avec la connectivité croissante des véhicules, l'accès aux données, aux logiciels, aux outils de diagnostic et aux informations techniques devient fondamental. Fedauto veut donc défendre un accès équitable, sécurisé et réellement praticable. Nous devons maintenant identifier précisément les difficultés rencontrées sur le terrain et les porter auprès des interlocuteurs belges et européens compétents.

Combien de membres comptez-vous et quels sont vos objectifs ?

Nous avons dépassé les 300 professionnels en quelques mois et nous n'en sommes qu'au début. Notre ambition dépasse les marchands. Nous voulons rassembler les négociants, mécaniciens, carrossiers, spécialistes et, plus largement, les professionnels indépendants de l'automobile. Je préfère ne pas annoncer artificiellement un objectif de 500, 1.000 ou 2.000 membres. Une fédération doit grandir parce qu'elle est utile. Si nous obtenons des résultats concrets, les professionnels auront naturellement une raison de nous rejoindre. Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids.

26862

Comment comptez-vous vous développer en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles ?

Une fédération nationale doit être présente sur le terrain. Les réalités ne sont pas toujours identiques en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles. La fiscalité automobile, certaines réglementations et les réalités économiques peuvent différer. Nous voulons donc progressivement avoir des membres et des représentants actifs dans les trois Régions. Nous devons également pouvoir communiquer correctement en français, en néerlandais et, lorsque c’est nécessaire, en allemand. Notre objectif est d’être national dans notre force, mais local dans notre écoute.

Marchands et autres professionnels de l'automobile : leurs problèmes sont-ils les mêmes ?

Non. Un marchand, un mécanicien, un carrossier ou un spécialiste ne rencontre pas exactement les mêmes problèmes. Mais beaucoup de défis sont communs : augmentation des charges, réglementation, digitalisation, assurances, formation, accès aux données et capacité de négociation. Fedauto doit donc rassembler lorsque les problématiques sont communes et développer des solutions spécifiques lorsque les métiers ont des besoins différents. Nous ne voulons pas décider depuis un bureau de ce dont les professionnels ont besoin. Les priorités doivent remonter du terrain vers la fédération, et non l'inverse.

1188

Électrification, connectivité, digitalisation : comment voyez-vous l'avenir ?

Notre métier connaît une transformation extrêmement rapide : électrique, hybride, électronique, logiciels, données, intelligence artificielle… Pour une entreprise indépendante, suivre seule toutes ces évolutions devient difficile. Fedauto doit aider ses membres à anticiper : faciliter l'accès aux formations, rechercher les bons partenaires, négocier certaines solutions et permettre aux professionnels de partager leurs expériences. Je crois à l'avenir du professionnel indépendant, à condition qu'il dispose des outils et des compétences nécessaires pour évoluer. Notre rôle n'est pas de protéger nos membres du changement, mais de leur donner les moyens de s'y adapter. 

Où voyez-vous le professionnel automobile indépendant belge en 2030 ?

Je le vois toujours indépendant, mais mieux organisé, mieux informé et surtout moins isolé. Les technologies vont continuer à évoluer et les grands acteurs disposeront toujours de moyens importants. Mais l'indépendant conservera ses forces : proximité avec le client, flexibilité, connaissance du marché et esprit entrepreneurial. Notre défi est de préserver cette indépendance tout en donnant aux professionnels une véritable force collective. C'est finalement toute l'histoire de Fedauto. Nous voulons rester indépendants, mais nous ne voulons plus être seuls.

Des milliers de conducteurs belges suivent déjà Gocar pour rester informés et découvrir les meilleures offres d'occasion et neuves. Vous aussi, restez informé :

Par David Leclercq Rédacteur automobile

Partagez

Contenus sponsorisés

Gocar marketplace
Vous cherchez un véhicule neuf ou d'occasion ?
Hybride, électrique ou thermique ? Neuve ou d'occasion ? Spécialiste dans la recherche de véhicules neufs, d’occasions et sur toute l’actualité automobile.
Gocar newsletters
Gocar est la référence. Que ce soit sur les dernières actualités auto ou les sujets brûlants de mobilité !
Abonnez-vous à notre newsletter Gocar pour rester au top de l’information et connaître tous les bons plans !
Votre inscription a bien été enregistrée.