Au milieu des années 60, Matra veut se faire un nom ailleurs que dans l’aéronautique et l’armement. Jean-Luc Lagardère, alors patron de l’entreprise, décide de racheter René Bonnet en 1964 et poursuit la fabrication de la Djet. Cette dernière était certes une pionnière, étant l’une des toutes premières voitures de série à embarquer un moteur central arrière, mais il s’agissait trop clairement d’une voiture de niche ! Ce que veut Lagardère, c’est ratisser beaucoup plus large…
La voiture des copains !
Son cahier des charges tient en une formule : « la voiture des copains ». Quatre places (enfin, 2+2, plutôt…), des phares escamotables, une carrosserie en composite, un toit qui s'ouvre façon Targa et un moteur central. La recette semble imparable ! Il s’agit de la première voiture 100 % développée par la maison et c’est au salon de Genève en 1967 qu’elle est dévoilée au public ! Et il faut avouer que le public n’est pas immédiatement envoûté, car la silhouette de la chose ne fait pas l’unanimité…
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Un moteur décevant !
Une marque solidement ancrée en compétition (l’année du lancement, Matra s’engage en F1) et un nom qui rappelle un missile de la marque, le R.530 : on se dit que la chose doit avancer comme une fusée, non ? Eh bien… non. Et ce sera le deuxième problème de la voiture. Il faut toutefois avouer que le moteur fut un véritable casse-tête pour les ingénieurs ! Renault refuse de fournir un bloc, de peur de créer une rivale à son Alpine. Ford, lui, propose le V4 de 1, 7 l de la Taunus et ça tombe bien : le moteur est assez compact pour se loger entre la banquette arrière et le coffre !
Il reste néanmoins un souci : tiré d’une berline, ce moteur développe à peine plus de 70 ch (75 chevaux en 1969). Certes, la masse est limitée à 900 kg, mais face aux petites sportives italiennes et britanniques, elle manque sérieusement d’allant, ce qui est d’autant plus rageant que la partie châssis est très réussie et pourrait encaisser nettement plus de puissance !
Mais le vrai frein au succès, c’est son prix !
La Matra 530 était bien trop chère pour le jeune public qu’elle visait… Ajoutez une silhouette étrange, un moteur Ford jugé sans caractère, des retards de livraison et une qualité de fabrication franchement médiocre pour les premiers exemplaires et vous comprendrez facilement pourquoi la 530 fut un flop.
Matra a bien tenté de rattraper le coup avec la 530 LX en 1970, au look plus viril, puis avec la 530 SX, fin 1971, qui joue la carte de l'économie : toit fixe, quatre phares fixes, plus de banquette arrière et un prix serré. Mais rien n’y fait : quand la production s’arrête en 1973, 9.609 exemplaires furent produits, soit une fraction de ce que prévoyait la jeune marque…
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Aujourd’hui, c’est plutôt sympa !
À l’époque, la Matra a raté sa cible. Mais aujourd’hui, elle pourrait bien réussir son examen de rattrapage ! Son style décalé fleure bon les seventies, tandis que le manque de punch du moteur est à relativiser, son allant étant largement suffisant pour l’usage « balade » que l’on fait de ces voitures aujourd’hui. Cheveux au vent (suivant la version), vous profitez d’une ambiance délicieusement vintage, mais avec un comportement très équilibré qui ne fait absolument pas son âge !
À l’achat…
Chères à l’époque, les Matra 530 sont devenues plus accessibles aujourd’hui : certes, les exemplaires proposés à la vente ne courent pas les rues mais ils sont généralement affichés entre 13.000 et 20.000 euros.
Si le moteur Ford est solide et facile d’entretien, la carrosserie demande un soin nettement plus attentif ! Certes, le matériau composite ne rouille pas, mais l’ossature en tôle sous ce dernier, oui ! Et ça peut être ravageur… Et bien entendu, les pièces spécifiques peuvent être un casse-tête à trouver !
Alors, on craque ?
À la condition de trouver un exemplaire sain, oui, sans hésiter ! La Matra 530 mérite pleinement sa revanche aujourd’hui : rare, exotique, méconnue, elle fera figure de vraie curiosité dans un rassemblement d’anciennes, sans pour autant vous faire payer le prix fort ! À l’usage, son moteur Ford assure une certaine tranquillité d’esprit tandis que son comportement reste toujours aussi surprenant d’agilité. Et quelle ambiance, avec les cheveux au vent (ou ce qu’il en reste), le ronron du V4 dans les oreilles et cette silhouette qui ne ressemble à rien de connu…
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