Depuis que les communes flamandes peuvent sanctionner elles-mêmes les petites infractions au Code de la route par des amendes administratives – les fameuses GAS-boetes – qui visent les excès de vitesse mineurs et une série d'écarts jugés de moindre gravité, la Flandre s'est couverte de radars-tronçons. Et pour beaucoup de communes, c’est une source de revenus à part entière. Et les chiffres sont impressionnants : les localités flamandes ont encaissé 124 millions d'euros en 2023, puis 177 millions en 2024 et 185,5 millions en 2025, selon les chiffres relayés par la presse régionale flamande. Dans certaines communes, ces recettes pèsent jusqu'à 16 % du budget communal. À Lo-Reninge, chaque habitant aurait rapporté en moyenne 442 euros.
C'est ce glissement que la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), veut stopper. Elle avait commandé des études pour y voir clair. Menées par le Departement Mobiliteit, l'institut de sécurité routière VIAS et l'Université de Gand, elles sont enfin livrées et les chiffres qui en sortent disent tout et son contraire. On apprend ainsi qu’une large majorité des communes (86 %) réinjecte au moins une partie des recettes dans la sécurité routière. Mais à l’inverse, 57 % d'entre elles reconnaissent que l'argent file vers les moyens généraux, sans destination précise. Or pour la ministre, un radar-tronçon doit aider à produire moins d'infractions, mais certainement pas davantage de recettes.
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Des réformes profondes
La ministre entend donc réformer le système en profondeur. Il faut rappeler que les communes ne touchent en général qu'une partie des amendes. Car la gestion est confiée à des entreprises privées, rémunérées à l'infraction, parfois jusqu'à 24 euros. Le prestataire a donc un intérêt direct à ce que les automobilistes roulent trop vite.
De Ridder veut dès lors imposer un scénario d'extinction pour ces contrats pour qu'un intérêt financier ne dicte jamais les contrôles. Elle entend aussi obliger chaque commune à justifier l'emplacement d'un radar sur la base d'une analyse de sécurité routière et non par un calcul de rendement. Le raisonnement est logique : un dispositif qui rapporte toujours plus est un dispositif qui a échoué.
Par ailleurs, tout radar-tronçon devra être annoncé par un panneau, une obligation que la ministre entend graver dans un décret. À partir de 2027, une plateforme régionale, le Handhavingsplatform, centralisera des données aujourd'hui éparpillées entre communes, zones de police et administrations. L'objectif : offrir à la Flandre une vue d'ensemble qui lui manque cruellement, pour vérifier enfin si ses radars réduisent les accidents ou se contentent de remplir les caisses$
Tout le monde ne partage pas ce procès en cupidité. Pour la Vereniging van Vlaamse Steden en Gemeenten, l'association des villes et communes flamandes, la sécurité reste bel et bien la priorité des administrations locales. Elle renvoie la balle à la Région : plutôt que de soupçonner les communes, mieux vaudrait combler les vrais trous du système, de la récidive aux plaques étrangères qui passent encore entre les mailles du filet.
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Et côté wallon ?
Le sud du pays observe tout ça avec un temps de retard. Les amendes administratives communales n'y arriveront pas avant 2028. Et les autorités wallonnes promettent déjà de ne pas tomber dans les mêmes travers. Mais dans l’intervalle, la Wallonie a d’autres chantiers plus urgents. Car avant même de parler de recettes, encore faudrait-il que les infractions soient sanctionnées. Un récent rapport de la Cour des comptes révélait que 91 % des flashs des radars fixes wallons ne débouchaient sur aucune sanction, faute d'être transmis à la justice. La situation est paradoxale est, encore une fois, tellement belge : au nord, on veut couper le lien entre le radar et la caisse, alors qu’au sud, on ne parvient même pas à envoyer l'amende. À suivre.
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