L’essentiel de l’info
· Mercedes veut faire travailler ses salariés allemands 40 heures au lieu de 35 pour le même salaire, sous peine de fermer deux usines en Allemagne.
· La pression vient de Hongrie : à Kecskemét, Mercedes peut produire 400.000 voitures par an, avec un coût salarial inférieur au tiers du niveau allemand.
· Le comité du personnel s'oppose à la menace, sur fond de ventes en baisse, de droits de douane américains et d'énergie chère en Allemagne.
Le torchon brûle dans l’industrie automobile allemande, comme en témoignent les centaines de manifestations organisées plus tôt cette semaine chez divers constructeurs et équipementiers. Chez Mercedes aussi, la colère sociale gronde depuis quelque temps.
Travailler plus pour gagner autant : c’est la recette de la direction pour améliorer la productivité. Elle demande ainsi aux salariés de passer de 35 à 40 heures par semaine, sans hausse de salaire à la clé. À l’en croire, il n’y aurait pas d’autre solution pour continuer à fabriquer des voitures à des coûts compétitifs.
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Michael Schiebe, directeur de la production, en a remis une couche lors d'un discours à l'usine de Sindelfingen, en évoquant la fermeture possible de 2 usines si les coûts de production ne baissent pas. Difficile de ne pas penser à Volkswagen qui avait également envisagé la fermeture des sites allemands avant d’écarter cette option…
Made in Hungary
« Notre objectif est de conserver tous nos sites allemands », a déclaré Michael Schiebe. « Si nous n’y parvenons pas, nous devrons fermer une usine d’assemblage et une usine de moteurs en Allemagne. » Sans préciser lesquelles…
La réponse du comité du personnel ne s’est pas fait attendre. « Ce n’est pas en menaçant de fermer des usines que l’on prépare l’avenir », a rétorqué son porte-parole. « Ceux qui agitent ce genre de menaces nous trouveront sur leur chemin. »
Mercedes dispose de plusieurs usines en Allemagne. Le constructeur fabrique des voitures et des utilitaires à Brême, Düsseldorf, Ludwigsfelde, Rastatt, Sindelfingen et Untertürkheim, près de son fief de Stuttgart. Ses usines de moteurs se situent quant à elles à Affalterbach (AMG), Berlin, Hambourg et Kölleda.
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Pour comprendre ce bras de fer, il faut toutefois regarder du côté de Kecskemét, au sud-est de Budapest. C’est dans cette usine hongroise que Mercedes produit des modèles plus compacts, comme le GLB et la Classe C électrique. Le futur petit Classe G électrique sortira lui aussi de ces chaînes.
Plus tôt cet été, Mercedes a encore inauguré une nouvelle ligne de production dans cette usine hongroise, dont la superficie a doublé et qui figure désormais parmi les plus grands sites Mercedes au monde. Avec une capacité annuelle de 400.000 voitures, Kecskemét dépasse aujourd'hui n'importe quelle usine allemande du constructeur !
Et l’écart ne se limite pas aux volumes ! Selon les dernières données d’Eurostat, l’office européen des statistiques, le coût de la main-d’œuvre en Hongrie représente moins du tiers de celui de l’Allemagne. Dans le secteur automobile, aucun autre pays européen n’affiche d’ailleurs un coût aussi élevé que l’Allemagne !
BMW et Audi aussi
Mercedes n’est pas le seul constructeur allemand à miser toujours davantage sur la Hongrie. BMW y a ouvert une usine l’an dernier, moyennant un investissement de 2 milliards d’euros. Elle produit notamment l’iX3 électrique.
Certaines Audi sont également hongroises. La marque premium du groupe Volkswagen y possède une usine depuis les années 90 et elle y fabrique principalement des moteurs, mais aussi le Q3. La TT y était également assemblée.
La Hongrie est entre-temps devenue l'un des grands pays producteurs de voitures de l'Union européenne, avec environ 1 million d'unités par an. C'est désormais plus que la France et l'Italie !
Le pays occupe aussi une place de premier plan dans la production européenne de cellules de batteries pour voitures électriques, même s'il s'agit d'usines appartenant à des acteurs asiatiques. CATL, Samsung, Sunwoda et SK Innovation fournissent notamment le marché européen depuis leurs sites hongrois depuis plusieurs années.
Mercedes sous pression
En 2025, Mercedes a réalisé un bénéfice de 8,2 milliards d’euros, contre 13,7 milliards l’année précédente. Sur la même période, les ventes de sa division automobile ont chuté de 9 %, pour s’établir à 1,8 million de véhicules.
Les ventes en berne sur le marché chinois ne sont pas seules à plomber les comptes : les droits de douane américains, un marché européen atone et le coût élevé de l'énergie en Allemagne pèsent aussi sur l'entreprise, et sur le secteur automobile allemand en général.
Après un printemps mouvementé et un été déjà très chaud sur le plan social, l’automne s’annonce donc explosif. Chez Mercedes, le bras de fer avec le puissant syndicat IG Metall ne fait que se durcir. Affaire à suivre.
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