Pendant vingt ans, Dacia a réussi à imposer son modèle, celui d’une voiture fonctionnelle (la Logan, puis la Sandero) et qui s’affichait comme la moins chère du marché. Il est là le succès de la marque : un véhicule simple et qui répond aux besoins de base des automobilistes sans rien sacrifier en termes de confort ou de sécurité. Mais cette offre automobile n’existe plus. Car les tarifs de la marque ont glissé génération après génération jusqu'à rejoindre les produits concurrents. En Belgique, la Sandero thermique démarre à 13.990 euros, le Duster à 19.690 et la nouvelle Spring électrique présentée cette rentrée est annoncée à 18.690 euros. C'est lors de cette présentation que Katrin Adt, patronne de Dacia, a pris la parole pour expliquer le glissement. Et pointer un responsable.
Trois millions de ventes perdues
Bien sûr, depuis 2020, on sait que l’inflation a été très importante, et ce dans tous les secteurs. Sauf que ce paramètre n'explique qu'en partie les prix d'aujourd'hui. Katrin Adt a décidé de sortir du bois dans une interview donnée à nos confrères d’Autocar. Et ses propos sont sévères. Elle pointe un facteur autrement plus déterminant : les normes imposées par l'Europe.
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"The world needs Dacia more than ever, and it's more difficult than ever to be Dacia."
— Autocar (@autocar) September 15, 2026
Dacia CEO Katrin Adt has called on European law makers to relax regulation on small cars to reduce prices – and return the region's industry to growth https://t.co/vW9cphM2U2 pic.twitter.com/6nDpGK6Aex
Le marché automobile européen a perdu trois millions de ventes annuelles depuis 2019 (12 au lieu de 15 millions) et n'est jamais remonté à son niveau d'avant-Covid. Cette chute n’est pas mince, car elle équivaut à la disparition du marché allemand, soit le plus grand du continent. Derrière ce chiffre, la CEO compte ce qui a disparu avec ces voitures jamais produites : dix usines à l'arrêt, douze millions de pneus, quinze millions de sièges, neuf millions d'essuie-glaces qui ne sortiront jamais des cartons des sous-traitants. Pour le secteur, la perte est sèche.
207 normes
Pour Katrin Adt, la cause de fond de l’explosion des prix pour les consommateurs, c’est la réglementation. Elle explique que le constructeur a déjà dû satisfaire à une centaine de réglementations européennes et devra en appliquer 107 de plus d'ici la fin de la décennie. Elles recouvrent autant les émissions que la sécurité. L’impact sur l'ingénierie est considérable et il est chiffré : un quart du budget de recherche et développement du groupe et un quart de ses ingénieurs travaillent aujourd'hui à la seule mise en conformité. Ces règles imposent les aides à conduite ADAS, mais aussi la reconnaissance des panneaux ou le maintien de voie que Bruxelles rend obligatoires sur les voitures neuves.
L’objectif de l’Europe est de réduire le nombre d’accident de la route et d’arriver à zéro tué en 2050. Mais les chiffres ne baissent pas – ou très peu. Comble du comble : Katrin Adt indique que le bouton le plus utilisé sur les Dacia est le Magic Button qui coupe justement d’une seule pression toutes les alertes de ces systèmes. Sacré paradoxe. Et la patronne de poser la question : est-ce vraiment ce que le client veut ?
Demande de gel
De ce constat, Dacia adresse une demande précise à la Commission européenne, avec d'autres constructeurs : un gel de la réglementation sur les petites voitures. Chez Renault, maison mère de la marque, le directeur général Fabrice Cambolive tient le même discours, comme l’avait fait avant lui Luca de Meo (ex-directeur de Renault) ainsi que le président du Conseil de Stellantis, John Elkann. Ils dénoncent tous des ingénieurs confrontés à un « tsunami de réglementations » et plaident pour une trêve de dix ans qui laisserait le temps de se concentrer sur l'accessibilité et l'électrification.
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C'est de cet allègement que dépendrait l'arrivée de voitures électriques vraiment bon marché, à commencer par la microcar Hipster dont Dacia n’a toujours pas confirmé la mise en production. Le débat reste ouvert et on se demande si l’Europe entendra et examinera ces arguments. Le risque, c’est évidemment qu’un gel pourrait aussi relâcher la pression sur les émissions que l'Europe s'est justement fixé de réduire. Mais il y a urgence, car pendant ce temps, les Chinois de BYD ou SAIC avancent leurs pions sur le créneau des petites électriques abordables grâce à leur puissance industrielle. Ce qui signifie que ce segment pourrait à terme totalement échapper aux constructeurs européens qui en avaient pourtant fait leur spécialité.
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