Les grands patrons de Renault et de Stellantis ont tiré ensemble la sonnette d'alarme. Dans une inédite interview en tandem accordée au Figaro, Luca de Meo et John Elkann ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l'avenir de l'industrie automobile européenne. Les deux dirigeants mettent notamment en exergue l'impact destructeur de l’actuelle réglementation européenne qui continue de se complexifier sans logique. Pour eux, celle-ci rend désormais impossible la construction de petites voitures abordables. Pire : elle creuserait le tombeau de l’industrie automobile européenne.
Uniquement préoccupé par les règles
Depuis cinq ans, le marché européen de l'automobile continue de se contracter, soulignent encore les deux dirigeants. Alors qu'en 2019, quelque 18 millions de véhicules avaient été vendus dans l'Union, au Royaume-Uni et en Suisse, il s'en est vendu à peine 15 millions en 2024. Pour les deux industriels, à politique inchangée, il faut s’attendre à un marché automobile divisé par deux d’ici 2035. « Ce serait catastrophique », a déclaré John Elkann. Et Luca De Meo de renchérir et de résumer le problème du virage de l’électrique : « le client européen n'achètera pas ce que l'Europe veut qu'il achète ».
Ce qui pose problème, c’est complexité et la rapidité avec laquelle les nouvelles réglementations sont adoptées. « Nous sommes dans une situation où un quart de nos ingénieurs ne travaillent plus que sur les réglementations », indique John Elkann. « D'ici 2030, il y aura à nouveau une centaine de nouvelles réglementations qui pèseront à hauteur de 40% sur le prix de revient des voitures. » Et ce sont évidemment les modèles bas de gamme qui en feront les frais. Il devient aujourd’hui de plus en plus difficile de produire de manière rentable de modèles abordables, tels que la Renault Clio. « 92,5% du phénomène d’augmentation des prix est dû à la réglementation », a ajouté Luca De Meo. Ce n’est donc pas symbolique.
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Trois pays
Ces règles s'appliquent à tous les modèles, quelle que soit leur taille. Et c'est aussi une source de problème. « Une citadine de 3,80 m de long doit répondre aux mêmes exigences qu'une berline de luxe de 5,5 m », explique Luca de Meo. « Et ce n'est pas possible. » L’homme dénonce aussi les obligations en matière de sécurité qui n'ont guère de sens dans la réalité. « Pourquoi une citadine qui passe 95% de son temps en ville devrait-elle être équipée d'un système d'assistance au maintien de trajectoire ? » Pour Luca de Meo et John Elkann, la première chose à faire serait de revaloriser l’idée de la petite voiture. Ils souhaitent tous les deux une réglementation différenciée, qui distingue les petits des gros véhicules.
Il n’est pas étonnant que cette situation n’entraîne pas de contestations depuis l’Allemagne. Car une politique européenne favorable aux citadines profitera surtout à des pays comme la France, l'Espagne ou l'Italie. Ce sont en effet dans ces pays que les consommateurs en sont les plus friands et qu’elles sont produites. Or, ces trois pays pèsent ensemble pour une production qui dépasse celle de l'Allemagne.
Les deux patrons appellent également à un autre changement de cap de la part de l’Europe. Ils estiment en effet que la priorité placée sur les véhicules tout électriques est trop restrictive. Par exemple, « les émissions devraient être examinées sur l'ensemble du cycle de vie d'un véhicule et pas seulement du réservoir à la roue », soutient Luca de Meo, avant d’expliquer que si : « le passage de la norme Euro 3 à la norme Euro 5 a été une bonne chose, le passage de la norme Euro 3 à la norme Euro 6 pour les moteurs à combustion interne a été plus bénéfique pour le climat que le passage à l'électrique. »
Rompre le charme
Les deux hommes forts de l’industrie proposent donc des alternatives telles que des « prolongateurs d'autonomie » – des petits moteurs à combustion qui rechargent les batteries, réduisant ainsi la taille de ces dernières sans sacrifier l'autonomie. Cela dit, la législation ne prévoit pas d’autoriser cette solution après 2035. Renault et Stellantis estiment que l'Europe devrait être technologiquement neutre : l'objectif est la réduction des émissions de CO₂ et la technologie doit en être le vecteur.
À quel point la situation est-elle préoccupante ? « Elle est urgente », affirment-ils. « Partout dans le monde, nous constatons des choix forts en matière de politique industrielle : les États-Unis avec les crédits d’impôt, la Chine avec ses subsides d’État », explique encore John Elkann. Seule l'Europe hésite. Avec quel risque ? Celui que d’ici quelques années, le vieux continent ne soit plus un lieu de production, mais uniquement un marché d’écoulement.
Ils appellent donc à plus de clarté politique en 2025. « C'est une année charnière », estime John Elkann. « Nous devons prendre des décisions maintenant. Si nous continuons à retarder les choses, il sera trop tard dans cinq ans. Et Luca de Meo de conclure : « Nous ne sommes pas des nostalgiques du XXe siècle. Nous sommes les industriels du XXIe siècle. Donnez-nous de la liberté et nous fournirons des voitures propres et abordables pour tout le monde ». Rappelons que les deux groupes automobiles possèdent chacun dans leur gamme des petits modèles électriques fabriqués localement, comme la R5 E-Tech et la Citroën ë-C3.
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