Mars 2026 restera un mois particulier pour la mobilité belge. Coyote, l'application d'assistance routière forte de 1,65 million d'utilisateurs au Benelux, a enregistré une chute de 15 % du nombre de déplacements par rapport à la moyenne des onze mois précédents. Et la différence atteint même les 25 % si l'on compare avec mars 2025. La distance moyenne par trajet a reculé de 30,1 à 26,9 km (-11 %) et la vitesse moyenne sur autoroute s'est tassée à 92 km/h contre 95 km/h habituellement.
La pompe contredit les chiffres
Sauf que les stations-service, elles, n'ont jamais autant vendu autant de carburant. En mars 2026, le SPF Économie a comptabilisé 945 millions de litres d'essence et de Diesel écoulés aux pompes belges, contre 875,6 millions en mars 2025. Seuls mars 2017 (989,9 millions de litres) et mars 2022 (958,8 millions) ont fait mieux. En avril, le record est carrément absolu pour un mois d'avril : 930,9 millions de litres, contre 891 millions un an plus tôt. Rouler moins, acheter plus. Ça n'a aucun sens, sauf si l'on oublie la géographie.
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Le plein du bon côté
L'explication est donnée par la Fédération belge des négociants en carburants et combustibles (Brafco). Le contrat-programme qui encadre les prix belges maintient les carburants en moyenne 10 % sous les niveaux français, néerlandais et allemands. Résultat : quand la guerre en Iran a fait grimper les prix du brut et que l'écart s'est momentanément creusé jusqu'à 33 euros de plus pour un plein Diesel début avril, les automobilistes transfrontaliers ont afflué. Français, Hollandais et Allemands ont alimenté les chiffres de vente pendant que les Belges, eux, rognaient sur leurs trajets.
Avril efface mars
Mais la sobriété de mars n'a pas duré longtemps. Les données Coyote pour avril 2026 montrent un quasi-retour à la normale : le nombre de trajets est pratiquement identique à celui d'avril 2025 (-0,04 %), la distance moyenne par trajet ne bouge presque pas et la vitesse sur autoroute ne recule que de 2,44 % à 91,9 km/h. Les marchés pétroliers ont quelque peu décru avec les hypothèses d'accord de paix entre Américains et Iraniens. Mais le surcroît financier à consentir est toujours important : un plein Diesel coûte encore 13 euros de plus qu'avant le déclenchement des hostilités et un plein d'essence 95, 8,5 euros de plus.
Ce que les Belges déclarent
Une enquête menée par Ethias en partenariat avec Ipsos apporte un éclairage précieux sur ces tensions entre intention et comportement. La méthodologie est solide : une première vague interrogée en janvier 2026 avec 1.500 répondants représentatifs de la population belge de 18 à 75 ans et complétée fin avril et début mai par une seconde vague de 500 personnes spécifiquement axée sur l'impact de la crise énergétique. Résultat : 38 % des Belges affirment avoir adapté leurs habitudes de mobilité depuis le début du conflit. Parmi eux, 52 % limitent leurs déplacements non essentiels, 40 % regroupent leurs trajets et 13 % ont renforcé le télétravail. Mais 70 % des répondants ne l'envisagent pas du tout.
La voiture reste intouchable
Les fractures régionales perdurent aussi. En Wallonie, 71 % des personnes interrogées font de la voiture leur principal moyen de transport, contre 59 % en Flandre et 37 % à Bruxelles. Les Wallons qui ont adapté leurs habitudes l'ont fait différemment : au lieu de changer de mode de transport, ils regroupent davantage leurs trajets (52 % contre 33 % en Flandre et à Bruxelles). Le réseau de transports en commun moins dense dans les zones rurales du sud du pays explique en grande partie cette rigidité. Quid de l'électrique ? L’enquête Ethias montre que la hausse des prix à la pompe n'a pas, contre toute attente, fait grimper l'intérêt pour les véhicules électriques. Notons que ces données semblent contredites par celles de la FEBIAC qui montrent une hausse de l’intérêt pour les voitures électriques sur le marché du neuf. Et c’est aussi vrai pour l’occasion.
Rappelons toutefois qu’on ne parle ici que des particuliers. Selon Ethias Ipsos, seuls 8 % des automobilistes belges possèdent une voiture électrique et cette crise n'aurait pas modifié les intentions d'achat. Le coût d'acquisition, l'autonomie et l'infrastructure de recharge restent les freins cités. En tout cas, 78 % de ceux qui ont modifié leurs habitudes affirment vouloir les conserver même si les prix se stabilisent. C’est sans doute d’ailleurs l’information à retenir : les Belges vont faire de plus en plus attention aux coûts liés à l’énergie.
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