En Allemagne, le prix moyen affiché d'une voiture électrique est passé de 37.000 à 53.000 euros en cinq ans, une hausse qui semble contredire tout ce qu'on nous promet depuis des années sur la démocratisation du véhicule électrique. Et pourtant, une étude menée conjointement par l'International Council on Clean Transportation et l'institut Fraunhofer ISI arrive à une conclusion inverse.
Comment comprendre dès lors ces chiffres qui semblent se contredire ? En réalité, tout tient dans la méthode. Les chercheurs ont neutralisé l'inflation, mais aussi les progrès techniques du véhicule, l’autonomie, la, puissance et les équipements. Une fois ce calcul refait à équipement comparable, le résultat s'inverse complètement : la voiture électrique coûte aujourd'hui 18 % de moins qu'en 2020 alors que la thermique renchérissait de 2 % sur la même période.
Un gros levier
Mais comment expliquer cette « chute » des prix ? En fait, le poste qui pèse le plus lourd dans le coût d'un véhicule électrique, c’est la batterie. Et celui-ci s'est effondré en cinq ans. Il fallait compter entre 165 et 185 euros/kWh en 2020, mais sur une fourchette de 130 à 140 euros/kWh en 2025. C’est un recul de 21 à 24 %. Et corrigé de l'inflation, l'écart grimpe à 35, voire 37 %. Sachant que la batterie représente à elle seule environ 40 % du coût total d'un véhicule électrique, on comprend pourquoi c’est elle qui génère la plus grosse baisse. L’étude explique que cette chute s'explique naturellement par la montée en cadence des lignes de production, l'amélioration des chimies employées et une concurrence accrue entre fournisseurs asiatiques et européens.
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Où sont les économies ?
Mais le client paie-t-il vraiment moins cher pour autant ? En fait non ou pas directement en tout cas. Patrick Plötz, de l’institut Fraunhofer ISI et coauteur de l'étude, apporte les réponses. Selon lui, la baisse du coût des batteries ne s'est pas encore pleinement traduite dans les prix catalogue. Car les constructeurs ont préféré réinvestir la marge dégagée dans l'autonomie qui aurait progressé d'environ un tiers sur la période ainsi que dans d’autres domaines de la recherche et du développement. En parallèle, les gammes de modèles se sont déplacées vers le haut. Alors que les marques communiquent de plus en plus sur des modèles plus accessibles (ID.Polo, Renault Twingo E-Tech, etc.), on constate que le marché a fonctionné différemment : les modèles de milieu et haut de gamme représentent désormais 73 % de l'offre électrique en Allemagne. Ça signifie qu'on vend proportionnellement moins de petits modèles bon marché et davantage de berlines et SUV mieux équipés. Le client a manifestement choisi...
Quoi qu’il en soit, le marché de la voiture électrique s'est indéniablement élargi au cours de ce même laps de temps. Le nombre de modèles électriques disponibles en Allemagne a plus que quadruplé, passant de 38 en 2020 à 159 en 2025, tandis que l'offre thermique reculait de 275 à 194 références. Mais l’élargissement concerne d'abord au haut du marché. Dans le segment des citadines et compactes, celui où se joue justement l’accessibilité, l'Allemagne ne comptait encore que 19 modèles électriques en 2025 contre 35 équivalents thermiques. Mais quid alors de la démocratisation promise depuis des années ? Elle reste manifestement encore une étape à franchir.
Coût des batteries lithium-ion, marché allemand (2020-2025) | ||||
Source : ICCT (International Council on Clean Transportation) et Fraunhofer ISI | ||||
Indicateur | 2020 | 2025 | Évolution nominale | Évolution réelle (inflation corrigée) |
Coût batterie bas (EUR/kWh) | 165 EUR | 130 EUR | -21,2% | -37,0% |
Coût batterie haut (EUR/kWh) | 185 EUR | 140 EUR | -24,3% | -35,0% |
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