Rares sont les avantages salariaux aussi profondément installés en Belgique que la voiture de société. En effet, un salarié sur sept en dispose, ce qui s’explique par le fait que les entreprises en ont fait une pièce maîtresse de leurs packages salariaux. Il n’est pas étonnant que pendant dix-sept ans, ce parc ait grimpé à un rythme moyen de 5 % par an. Beaucoup pensaient que cette croissance était acquise, mais elle vient pourtant de s’interrompre brutalement. Selon le SPF Mobilité et Transports, le nombre de voitures-salaires a atteint 629.156 unités début 2026, soit 0,2 % de plus seulement qu'un an plus tôt. C'est la deuxième année consécutive qu’une stagnation est observée, preuve que le phénomène n’est probablement pas passager.
Le suspect innocenté
Mais qu’est-ce qui explique cette stagnation ? Ça aurait pu être la généralisation du budget mobilité (obligatoire à partir du 1er janvier 2027), cette enveloppe qui permet au salarié de troquer sa voiture contre des solutions de déplacement plus vertes, voire un complément en cash. Sauf que cette hypothèse se heurte aux chiffres. Les bénéficiaires du dispositif sans voiture de fonction plafonnent à 0,57 % des salariés. Mauvaise pioche donc.
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Les indépendants décrochent
En fait, la raison est à chercher du côté des indépendants en personne physique. Depuis 2020, cette catégorie professionnelle immatricule 27,6 % de voitures neuves en moins, alors même que le nombre de travailleurs à leur compte a bondi de 12,3 % sur la même période selon l'Inasti.
Mais pourquoi les indépendants achètent-ils moins de voitures ? Selon L’Écho qui a interrogé des spécialistes, cela tient dans le fait que ces travaillent raisonnent désormais comme des particuliers et surveillent les prix. En toute logique, ils reculent encore devant le ticket d’entrée d’une voiture électrique. Car certains commencent à comprendre (enfin) que la déductibilité n’est pas une opération gratuite. Car déduire une voiture, ce n'est pas se la faire rembourser par l'État, mais seulement récupérer un morceau de la dépense sous forme d'impôt en moins. Le reste par contre, on le paie.
Prenons un indépendant qui remplace une ancienne hybride (Toyota Auris) par une électrique neuve à 48.000 euros (iX1). C'est vrai que la neuve lui fait économiser plus d'impôt, environ 4.000 euros par an au lieu de 1.400. Sur le papier, ça semble séduisant. Sauf que pour toucher ces 4.000 euros, il doit d'abord débourser bien davantage : sa voiture actuelle ne lui coûte presque plus rien tandis que la neuve exige près de 8.700 euros par an, entre sa perte de valeur et ses frais. En additionnant tout, l'électrique lui revient à environ 5.000 euros de plus par an que s'il avait gardé son ancienne voiture. Il a donc payé cher pour économiser un peu. Une étude de l'UHasselt et de la caisse Xerius a donné un nom à ce réflexe encore trop ancré : c’est le tunnel fiscal. On croit faire une affaire avec le fisc, mais on s'appauvrit.
La location prend le relais
Ceux qui renoncent à acheter ne renoncent toutefois pas à rouler. Ils sont de plus en plus nombreux à basculer vers le leasing et c’est ce qui explique que le parc se stabilise et ne recule pas encore. En location longue durée, le coût total mensuel d'une électrique tombe souvent sous celui d'un thermique et, surtout, c’est le loueur qui absorbe le risque financier que l'indépendant ne veut plus porter. D’autant que, comme on le sait, la valeur résiduelle d’une voiture électrique est des plus hypothétique sur le marché actuel. Et ça aussi, ça a un impact : car qui dit valeur résiduelle incertaine dit loyer mensuel plus élevé, ce qui peut être aussi de nature à freiner la signature ou le renouvellement d’un contrat.
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Le climat ne rassure pas
Que va devenir la voiture de société en Belgique ? Et faut-il y voir le début de la fin ? La question doit être posée, car ce poste coûte de plus en plus cher aux entreprises en raison de prix plus élevés des véhicules et des loyers. Résultat, les employeurs allongent leurs contrats à cinq ou six ans. Mais à cette pression il faut en ajouter une autre : celle d’un gouvernement qui cherche désespérément de l’argent. Certes, la mise sur la table du conclave budgétaire de la voiture de société n’est que récente, mais elle confirme le climat d’incertitude qui règne depuis plusieurs années déjà sur la fiscalité en général.
La Wallonie a revu sa fiscalité automobile en 2025 et la Flandre fera de même en janvier 2027. Et à cela, il faudra encore ajouter le prix de la vignette qui ne sera pas neutre pour le nord du pays. Tout ceci n’est pas de nature à réinstaurer la confiance. Une source dans la distribution automobile anticipe un marché neuf annuel glissant sous les 400.000 unités. Le plateau observé pour les voitures de société n’est donc peut-être qu'un palier avant la descente.
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