L'essentiel de l'info :
· Dès le 1er janvier 2027, les entreprises de plus de 250 travailleurs devront d’office proposer le budget mobilité, mais les employeurs estiment qu'à peine un salarié éligible sur quatre le choisira vraiment.
· Loin de réduire le nombre de voitures, le dispositif devrait surtout accélérer le passage à l'électrique : 52 % des employeurs pensent que le budget servira à choisir une voiture 100 % électrique contre à peine 5 % des bénéficiaires aujourd'hui.
· Coûts en hausse, bornes de recharge à installer et charge administrative pour les RH figurent parmi les principaux défis alors que 40 % des voitures de société restent jugées indispensables aux déplacements professionnels.
Dès le 1er janvier 2027, toute entreprise belge de plus de 250 travailleurs devra proposer le budget mobilité à ses collaborateurs. Le principe est connu : un salarié peut renoncer à sa voiture de société et récupérer l'équivalent de son coût sous forme d'un budget à dépenser autrement. Le choix peut être posé entre un véhicule plus propre, des solutions de mobilité douce ou le remboursement de frais liés au logement. L'idée du législateur était de réduire l'emprise de la voiture de fonction sur la mobilité des Belges. Sauf que les employeurs n'y croient pas vraiment. Selon une étude menée par SD Worx auprès d’entreprises, celles-ci estiment qu'à peine 26 % de leurs salariés éligibles franchiront le pas. Le reste gardera sa voiture.
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Un budget, une voiture
Le dispositif semble se retourner contre lui-même. En effet, 52 % des employeurs interrogés estiment que les salariés qui opteront pour le budget mobilité l'utiliseront avant tout pour choisir une nouvelle voiture, mais cette fois 100 % électrique. C’est un véritable retournement de situation, car, actuellement, seuls 5 % environ des bénéficiaires d’un budget mobilité l’affectent à l'achat d'un véhicule, le remboursement des frais de logement restant de loin l'usage le plus courant. Ce dernier arrive d'ailleurs en deuxième position des anticipations, avec 41 % des réponses, devant la mobilité durable, transports en commun, vélo ou voiture partagée (34 %). L’outil ne permettra manifestement pas de réduire la part de voitures de société.
La voiture, un outil
Reste à comprendre pourquoi tant de salariés vont s’accrocher à leur véhicule. La raison tient largement à l'usage professionnel. Les employeurs estiment qu'en moyenne, 40 % de leurs voitures de société restent indispensables aux déplacements liés au travail, qu'il s'agisse de visites chez les clients, de trajets entre différents sites ou de missions multipliant les kilomètres. Dans une entreprise sur quatre, cette proportion grimpe même à 63 % ou plus. Pour ces salariés-là, le budget mobilité ne remplace rien : la voiture est leur instrument de travail. Le choix ne se pose vraiment que pour ceux dont la fonction n'exige aucun déplacement. Mais encore faut-il que l'alternative soit attractive.
Ce qui coince
L'attractivité n'est d'ailleurs pas le seul obstacle. Le passage au budget mobilité inquiète aussi les entreprises elles-mêmes. Le premier frein cité est financier : 34 % des employeurs redoutent une hausse des coûts. Viennent ensuite les difficultés logistiques, à 33 %, avec en ligne de mire l'installation de bornes de recharge supplémentaires sur les parkings. La charge administrative suit avec 32 %, car les départements RH doivent calculer les budgets individuels et accompagnement les salariés dans leurs choix. Trois employeurs sur dix craignent par ailleurs une résistance de leurs collaborateurs à la voiture électrique tandis que d’autres pointent le désintérêt pur et simple des travailleurs (21 %) ou la méconnaissance du dispositif (19 %).
Sans oublier les contrats de leasing en cours. Faire basculer un salarié vers le budget mobilité avant la fin de son contrat obligerait l'entreprise à rompre le leasing avec les pénalités que cela suppose. Voilà pourquoi 18 % des employeurs préfèrent attendre l'échéance naturelle de ces contrats avant de proposer le dispositif. On avance donc en ordre dispersé. Aujourd'hui, 18 % des grands employeurs ont déjà instauré un budget mobilité, 19 % se disent prêts et 38 % sont en pleine préparation. Un cinquième, lui, espère encore un report de l'échéance.
Faut-il pour autant s'attendre à une révolution des habitudes ? Le spécialiste SD Worx penche plutôt pour une transformation lente avec un glissement progressif vers des véhicules plus propres. Mais il ne faut pas s’y tromper : la voiture va rester pour une large frange des travailleurs un outil dont ils ne voudront pas se séparer. Le budget mobilité changera donc le parc avant de changer les comportements. À suivre.
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