Pourquoi le Belge passe-t-il désormais plus d'une heure par jour sur la route du travail ?

Il y a des titres de champion dont on se passerait volontiers. Le Belge vient d'en décrocher un nouveau : pour la première fois, il passe plus d'une heure par jour sur le trajet du travail. Pourquoi ce record ?

Publié le 3 septembre 2026
Temps de lecture : 5 min

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Pourquoi le Belge passe-t-il désormais plus d'une heure par jour sur la route du travail ?

L'essentiel de l'info : trois points hiérarchisés

·      Le travailleur belge passe désormais 61 minutes par jour sur son trajet domicile-travail, un record européen qui franchit pour la première fois la barre de l'heure, loin devant la moyenne continentale de 48 minutes.

·      La Belgique n'est pourtant championne qu'en temps, mais pas en distance. La Roumanie comptabilise 53 minutes en moyenne pour 8 km quand nous en parcourons 32.

·      Cette immobilité coûte 5,3 milliards d'euros par an à l'économie belge selon le Vlaams Verkeerscentrum et le Belge a déjà dépassé le seuil de tolérance qu'il jugeait lui-même acceptable.

Soixante et une minutes : c'est le temps que le travailleur belge consacre chaque jour, aller-retour pour rejoindre le lieu de travail et en revenir. Cela signifie donc qu’on dépasse une heure pleine de trajet et c’est une première à l’échelle de notre vieux continent. La moyenne européenne, elle, plafonne à 48 minutes, selon l'étude annuelle du spécialiste RH SD Worx menée auprès de 16.000 travailleurs dans 15 pays européens et au Royaume-Uni. Dans ce panel, un peu plus de 1.000 Belges ont été interrogés. La Belgique figure donc en pôle dans le classement et, derrière nous, on trouve la Suède (57 minutes) et l'Irlande (56 minutes). Si on se réfère au baromètre de l’an dernier, on remarquera que nous étions à 57 minutes. Il y a progression donc, mais dans le mauvais sens.

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Le temps ne suit pas les kilomètres

Ce record mérite toutefois qu'on y regarde d’un peu plus près, car il cache un élément surprenant. Si le Belge est champion du temps passé sur la route, il ne l'est en revanche pas pour la distance parcourue. Chez nous, l’automobiliste roule en moyenne 32 km pour rejoindre son travail, un aller déjà conséquent et que seuls les Néerlandais approchent. Mais il faut comparer avec la Roumanie par exemple où le temps de trajet affiche 53 minutes quotidiennes pour à peine... 8 km à parcourir ! Idem au Royaume-Uni avec 53 minutes pour 15 km. Chez nous, on met donc beaucoup de temps à faire beaucoup de kilomètres alors qu’ailleurs, on met parfois autant de temps pour en faire trois fois moins. Le chiffre belge dit donc surtout une chose : on habite loin de son lieu de travail.

La brique et la carte

Reste à comprendre pourquoi les Belges habitent si loin de leur travail. Et il n'y a pas besoin d'être sociologue pour le deviner. Car le Belge a cette fameuse brique dans le ventre : il achète plutôt qu'il ne loue et un propriétaire ne suit pas son emploi. Quand il change de poste, il ne vend pas sa maison pour se rapprocher de son nouveau lieu de travail. On reste en général où l'on a bâti ou acheté, quitte à braver les bouchons chaque matin.

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À cette logique de propriété s'ajoute une réalité géographique qu'on oublie souvent. La Belgique est un petit pays où, au fond, rien n'est vraiment loin. Un Anversois qui décroche un emploi à Liège ne déménagera pas ou rarement : la distance reste gérable et refaire sa vie ailleurs pour 100 km paraîtrait disproportionné à nos yeux. Tout le contraire d’un Lillois muté à Lyon qui, lui, fera ses cartons sans hésiter. C'est toute la différence entre un grand pays où les travailleurs se regroupent autour des pôles d'emplois et un territoire compact où l'on préfère avaler des kilomètres plutôt que de bouger. Notre géographie nous rend sédentaires, mais aussi plus mobiles au quotidien.

Le prix des minutes

Si l'on passe autant de temps sur la route pour des distances parfois modestes, c'est aussi qu'on y avance mal. Les embouteillages ont coûté 5,3 milliards d'euros à l'économie belge en 2024, selon le Vlaams Verkeerscentrum, qui relevait début 2025 les pires mois de janvier et février depuis le début de ses mesures en 2011. À Bruxelles, l'automobiliste laisse jusqu'à 146 heures par an dans le trafic, avec une vitesse moyenne de 18 km/h en centre-ville d'après le dernier index TomTom. Et tant qu’on est aux statistiques, il faut encore souligner que 13 % des Belges passent deux heures ou plus par jour dans les transports et que 14 % avalent plus de 120 km quotidiens. Ce sont des proportions parmi les plus élevées d'Europe. 

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Ce qu'on encaisse en silence

Ce qui est aussi étonnant, c’est que l’automobiliste belge ne semble pas protester. Les travailleurs belges fixent eux-mêmes leur seuil de tolérance à 57 minutes par jour. Nous sommes à 61 minutes, mais personne ne monte vraiment au créneau. SD Worx nous apprend encore que le train et le bus ne convainquent pas : seuls un quart des femmes et 28 % des hommes les jugent pratiques et fiables, contre 36 % pour la moyenne européenne. La voiture reste donc reine. Les écarts existent pourtant, entre les hommes (65 minutes par jour) et les femmes (56), les premiers étant deux fois plus nombreux à dépasser les 100 km quotidiens. Le constat est donc là : le Belge a intégré ses longs trajets comme une composante du travail.

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Pays

Temps (min/jour, aller-retour)

Distance (km, aller)

Belgique

61

32

Suède

57

26,5

Irlande

56

23,5

Serbie

55

20

Roumanie

53

8,5

Pays-Bas

53

31,5

Royaume-Uni

53

15,5

Norvège

51

23,5

Allemagne

47

24,5

Pologne

47

20,5

France

46

25

Espagne

45

25,5

Finlande

44

23

Croatie

41

18,5

Italie

35

21

Slovénie

32

21

Source : SD Worx 2026. Le temps est exprimé en aller-retour quotidien, la distance en trajet aller.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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