27 ans de prison : le chiffre va faire date. Dans les couloirs du palais de justice de Mons comme sur les réseaux sociaux, la condamnation de Paolo Falzone pour les sept meurtres et 79 tentatives de meurtre commis au carnaval de Strépy-Bracquegnies a provoqué un soulagement collectif, spécialement dans les familles des victimes. L’exemple est fort, mais une question subsiste : cette peine va-t-elle dissuader le prochain chauffard ?
Drame de Strépy-Bracquegnies : Paolo Falzone condamné à 27 ans de réclusion et immédiatement incarcéré https://t.co/mnQqdxTsda
— 21News (@21NewsBE) June 17, 2026
Pas calculé
Il ne faut pas se leurrer : la réponse est non. Aussi lourde soit-elle, une peine intervient toujours après le drame, jamais avant. Or le chauffard récidiviste, celui qui multiplie les excès et fait de la route un terrain de jeu, ne raisonne pas en calculateur de risques. Au moment d'écraser l'accélérateur, il ne met pas dans la balance les années de prison qu'il encourt : il table sur le fait qu'il ne sera pas pris. Ou la question ne l'effleure même pas.
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La menace d'une lourde condamnation ne pèse que sur le conducteur qui pondère le gain et le risque avant d'agir. Et celui-là, précisément, n'est pas celui qui fonce. Falzone n'en est qu'un cas extrême, jugé pour meurtre là où l'immense majorité des chauffards relèvent de la correctionnelle, mais le ressort est partout le même. La sévérité de la peine ne pèse rien dans leur décision. Le comportement est là. Et ça, aucun verdict ne le corrige.
Le paradoxe du permis
Ce qui choque peut-être plus encore, dans le cas Falzone, c'est qu'il pourra reprendre le volant à sa sortie. Sept morts au volant, vingt-sept ans de prison et pas la moindre interdiction de conduire. Il faut s'arrêter sur la configuration du dossier pour comprendre. Falzone a été jugé en Cour d'assises pour meurtre, une qualification criminelle qui suppose une intention de tuer, rarissime dans une affaire de circulation. Si le droit belge prévoit un arsenal de déchéance du droit de conduire qui va de quinze jours à cinq ans et jusqu'à la déchéance à vie pour les cas les plus graves, cet arsenal est attaché aux infractions routières, pas au meurtre. La Cour d'assises ne pouvait donc pas le déchoir. Quant aux délits routiers qui l'auraient permis, comme la vitesse excessive, ils sont aujourd'hui prescrits. Ça n'a aucun sens.
Là où tout se joue vraiment
Si la peine ne dissuade pas, que reste-t-il ? La prévention, les contrôles ciblés, la détection précoce des profils à risque. Falzone avait déjà perdu son permis par le passé. Le système l'avait identifié, et l'avait quand même laissé reprendre le volant. C'est en amont que se gagne la sécurité routière, pas dans le prétoire. Et ça se vérifie ailleurs.
En Espagne, les personnes condamnées pour des infractions routières ne se contentent pas de payer une amende ou d'effectuer des travaux d'intérêt général : elles suivent un véritable parcours de rééducation dont l'intensité augmente avec la gravité des faits. Pour les peines les plus légères, il s'agit de huit séances et pour les profils les plus lourds, le programme grimpe jusqu'à trente-huit heures réparties sur dix-neuf séances, encadrées par un psychologue. Et le contenu ne tourne pas autour de l'alcool, comme on pourrait s'y attendre, mais autour de ce qui pousse réellement quelqu'un à conduire dangereusement : l'impulsivité, la mauvaise perception du risque, la façon de décider au volant. Les résultats annoncés sont impressionnants puisque plus de 96 % des participants qui vont au bout du programme en ressortent avec un comportement amélioré. Ce chiffre donne toutefois une mesure à la sortie du parcours, mais pas des résultats sur la route. C’est la nuance.
C'est à New York qu'on trouve les résultats les plus flatteurs. Le Driver Accountability Program est une simple session de responsabilisation qui confronte le conducteur aux conséquences de ses actes. Et avec lui, c'est bien la récidive effective qui est mesurée en prenant en compte toutes les infractions qui pourraient suivre. Et, surprise, elle chute d'environ 50 % à Brooklyn, un effet qui tient jusqu'à deux ans. Enfin, le Japon fonctionne avec un permis à points où chaque infraction rapproche de la suspension. Mais le contrevenant peut effacer une partie de ces points et éviter la sanction s'il suit un stage de rééducation mêlant conduite encadrée et travail social.
On le voit : aucun de ces dispositifs ne repose sur la sévérité de la peine et tous parient sur une modification accompagnée du comportement. C'est probablement ce qui manque dans le dossier Falzone et pour les autres récidivistes.
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