L'essentiel de l'info :
· Le SERV, l'organe qui réunit patrons et syndicats flamands, juge sévèrement le tandem vignette routière et réforme de la taxe de circulation qu'il qualifie d'occasion manquée pour verdir le parc.
· L'écart de dix euros entre une vignette électrique et une vignette fossile est jugé trop faible pour orienter le moindre achat et le système ne pourra rien contre les files.
· Certaines petites électriques paieront même davantage qu'une essence équivalente, une incohérence jugée inacceptable.
Voilà plusieurs semaines que la future vignette routière belge anime les conversations. Elle devait faire payer l'usager de la route aux étrangers de passage et, au passage, renflouer au passage les caisses régionales. Sur ce terrain, l'objectif tient encore debout. Mais ailleurs, ça commence déjà à coincer. Réunis au sein du Conseil socio-économique de la Flandre (SERV), les partenaires sociaux du nord du pays (patrons et syndicats confondus), viennent de rendre un avis sévère sur la vignette routière et sur la réforme fiscale flamande qui l'accompagnera. Dès le 1er mai 2027, tout véhicule de moins de 3,5 tonnes devra s'acquitter d'une vignette numérique pour rouler sur les autoroutes et les routes régionales à un tarif compris entre 90 et 125 euros par an, selon la catégorie de pollution du véhicule.
Il faut dire aussi un mot sur la réforme fiscale flamande. Depuis des années, la taxe de circulation repose au nord sur un empilement de critères, la puissance fiscale, le CO2, le carburant ou encore la norme Euro. Au 1er janvier 2027, quatre mois avant la vignette, Ben Weyts (N-VA), ministre flamand du Budget et des Finances, balaie tout pour ne garder que deux paramètres, le poids et les émissions de CO2. Plus la voiture est légère et propre, moins elle coûte. Le ministre a promis qu'environ la moitié des automobilistes flamands paieront autant ou moins qu'aujourd'hui, vignette comprise et que le surcoût serait plafonné à 125 euros. Mais il y a des cas particuliers.
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Dix euros pour rien
Mais ce que pointe surtout le SERV du doigt, c’est que la vignette aurait du être un incitant et qu’elle ne sera finalement qu’un impôt. La preuve ? L'écart entre la vignette d'une électrique (90 euros) et celle de la plupart des voitures thermiques (100 euros). La différence est donc de 10 euros. À ce prix, il semble évident que personne ne renoncera à un moteur thermique pour passer un électrique. L'occasion de stimuler le verdissement du parc et d'améliorer la qualité de l'air est donc manquée estiment les partenaires sociaux. Ils ajoutent que la vignette ne module rien dans le temps. Comprenez qu'elle coûte autant la nuit qu'à l'heure de pointe et qu'elle ne fera par conséquent rien contre les embouteillages. Or, on sait qu’économiquement, les embouteillages coûtent plus de 5 milliards d’euros par an à la compétitivité belge.
L'électrique paie plus
Le problème tient aussi dans les illogismes portés par la réforme. Dans certains cas, une petite électrique devra payer davantage de taxe de circulation qu'une essence comparable, une situation qui ne devrait évidemment jamais se produire, estime le SERV. À cette anomalie s'ajoute un flou sur les recettes. Car les propriétaires de véhicules déjà immatriculés pourront choisir entre l'ancienne et la nouvelle formule de calcul, soit celle qui les arrange. Les rentrées fiscales deviendront dès lors imprévisibles. Le SERV propose dès lors d’appliquer d'office le tarif le plus bas aux véhicules existants, ce qui est plus léger administrativement et surtout moins risqué pour les recettes tout comme pour les contribuables mal informés.
On aurait tort de croire que le SERV est le seul à se plaindre. La FEB, le Voka, l'Unizo et Touring reprochent les mêmes choses aux politiques : avoir choisi un forfait plutôt qu'une tarification kilométrique intelligente, seul dispositif capable de peser sur les comportements.
Mais c'est sur la fameuse compensation ou neutralité de la vignette que le bât blesse. Tout le discours officiel repose sur un équilibre : la vignette qu'on ajoute d'un côté et la taxe de circulation qu'on allège de l'autre. Sauf que les électriques immatriculées en Flandre avant le 1er janvier 2026 sont totalement exonérées de cette taxe de circulation. Pour ces voitures, les 90 euros de vignette vont tomber chaque année sans la moindre compensation. Ben Weyts ne s'en cache pas : toute réforme fait des perdants et certains propriétaires de voitures électriques le seront donc.
Trois Régions, aucune harmonie
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la neutralité fiscale a été envisagée globalement et pas individuellement. Et elle s’arrêtera donc aussi aux frontières régionales. La Flandre revendique un équilibre d'ensemble tout en sacrifiant de manière assumée l'électrique. La Wallonie revendique une totale neutralité pour ses contribuables, mais on n’oubliera pas que les voitures électriques sont nettement pénalisées depuis la mi-2025 avec la réforme de la taxe de mise en circulation basée en grande partie sur le poids du véhicule. Désormais, il n’est pas rare qu’une électrique un peu encombrante fasse passer la note de la TMC à plus de 1.000 euros quand la Flandre s'en tient à un forfait d’une centaine d’euros. Partout, on dit vouloir pousser à la transition, mais, dans les faits, cela ne semble pas si évident. Et ce n'est pas fini. Bruxelles n'a toujours rien annoncé quant à la légalité du dispositif.
Reste que c’est l’Europe qui devra trancher. Et si la mesure s’avère déjà discriminante sur le sol belge, il y a peu de chances qu’elle passe l’examen de Bruxelles qui vise à protéger les citoyens de tous les États membres des inégalités de traitement...
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