L'essentiel de l'info :
· Le Conseil flamand de la Mobilité (MORA), qui conseille le gouvernement flamand, rejette la vignette routière prévue au 1er mai 2027 parce qu'elle ne respecte aucun des quatre principes de tarification équitable qui avaient été posés en 2024.
· Ces experts défendent à la place un péage au kilomètre, mais dans un pays où l'on habite en moyenne à 18,5 km de son travail et où la voiture reste incontournable, cette taxe frapperait d'abord ceux qui travaillent loin de chez eux.
· Là où la taxe au kilomètre existe déjà, comme dans l'Oregon, elle repose sur un boîtier connecté et non sur le compteur, mais ce module peut se débrancher et se trafiquer. Il y a donc moyen de frauder.
À partir du 1er mai 2027, il faudra une vignette numérique pour rouler sur les autoroutes et les routes des trois régions belges. Reliée à la plaque, achetée en ligne ou en station-service, elle coûtera 90 euros par an pour une voiture électrique ou à hydrogène, 100 euros pour un véhicule répondant au moins à la norme Euro 4, et 125 euros pour les ancêtres et les modèles d'avant 2005.
Chaque année, environ 30 millions de véhicules immatriculés à l'étranger empruntent le réseau belge sans participer à son financement. C'est cette anomalie que les régions veulent corriger. Elles tablent sur quelque 260 millions d'euros de recettes tirées des seules plaques étrangères, partagées pour moitié entre la Flandre et la Wallonie/Bruxelles. Pour le reste, tout dépend de la Région. En Wallonie, l'opération se veut neutre pour le résident, la vignette étant compensée par une adaptation de la taxe de circulation. À Bruxelles, le flou domine tandis qu’en Flandre, la neutralité ne sera pas au rendez-vous pour tout le monde, à commencer par les conducteurs de voitures électriques, jusqu'ici exonérés de taxe de circulation, qui devront désormais s'acquitter de la vignette sans aucune compensation.
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Une mise en garde
Mais ceux qui conseillent le gouvernement flamand n'y croient pas. Dans un avis officiel, le Conseil flamand de la Mobilité (le MORA) explique que la vignette ne respecte aucun des quatre principes d'une tarification cohérente que le Conseil avait lui-même posés en 2024 et sur le principe du pollueur-payeur. Car, forcément, le prix de la vignette ne varie ni selon l'heure, ni selon la distance, ni selon le lieu. Elle n'aura donc aucun effet sur les comportements ni sur la congestion. Pire encore selon le MORA, l'accord entre les trois régions fige cette approche pour au moins dix ans.
Mais que défend le MORA à la place ? Une taxe kilométrique généralisée et qui serait préparée de façon progressive et transparente. Il semble que cette idée séduise de plus en plus d'experts qui y voient la seule taxe vraiment équitable puisqu’on paie pour ce qu'on roule.
Sauf que la Belgique n'est pas un pays comme les autres. Nous sommes en effet les champions d'Europe du temps de trajet domicile-travail, avec 61 minutes par jour en moyenne pour l'aller-retour et avec une distance qui frôle les 40 km et grimpe bien plus haut pour une partie des navetteurs. Certains avalent facilement 130 km par jour pour rejoindre leur bureau. Car chez nous, on préfère travailler loin plutôt que déménager, quitte à passer une heure dans l'habitacle matin et soir. Au-delà des 30 km, les études montrent que la voiture reste reine faute d'alternative crédible en train ou à vélo. Une taxe au kilomètre frapperait donc d'abord ceux qui subissent leur trajet, pas ceux qui le choisissent.
Fraude au compteur ?
Reste à savoir si les gouvernements régionaux déjà bien avancés sur le sujet se montreront sensibles à cette mise en garde. Jusqu'ici, seule la Flandre avait caressé l'idée d'une taxe kilométrique, avant de reculer devant la complexité de sa mise en œuvre et de se ranger à la vignette wallonne, plus simple à déployer et sans doute plus rapide à rentabiliser.
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Mais ce qu'on oublie, c'est qu'un système de taxation au kilomètre n'est pas infaillible. En effet, il ne se contrôle pas via le compteur kilométrique au tableau de bord. Là où elle existe déjà, comme dans l'Oregon avec le système OReGO, elle repose sur un boîtier connecté branché dans la voiture, qui mesure la distance indépendamment du compteur. A priori, on se dit que ce dispositif est inviolable. Mais ce n’est pas le cas. Parce qu’un boîtier, ça se débranche, ça se manipule et il ne reste alors plus qu’à ajuster le compteur de la voiture pour que les deux chiffres concordent en cas de contrôle. Cette réalité nécessiterait de mettre en place des contrôles supplémentaires. Et le Car-Pass ne changerait sans doute rien à l’affaire, car il ne relève le compteur que lors d’un passage dans un atelier. Entre les deux, les fraudeurs auraient donc tout le temps d’opérer.
Vignette ou taxation au kilomètre ? Pour l'heure, les régions semblent déjà avoir décidé. À suivre.
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