Ces dernières semaines, les automobilistes européens redoutent de passer à la pompe. Avec les tensions au Moyen-Orient, la cotation du baril de Brent s’est envolée et, avec elle, les prix à la pompe. La situation est préoccupante, car les tarifs des carburants augmentent désormais plus vite que ceux du baril en raison principalement de l’inflation ainsi que du manque de capacité de raffinage des produits pétroliers (en raison des attaques et des mises à l’arrêt d’installations).
C’est dans ce contexte qu’un pays européen a pris une décision qui semble pour le moins radicale. En effet, le Conseil des ministres italien a décidé de suspendre pour toute l'année 2027 la taxe de circulation des voitures de moins de 80 kW (110 ch environ) ainsi que celle de toutes les motos et de tous les scooters. Au total, ce sont 14,5 millions de véhicules sont concernés, un seul par contribuable et le moins puissant du foyer bien entendu.
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Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia) présente le geste comme la suppression de l'une des taxes les plus détestées du pays, au moment précis où la flambée des carburants vide le portefeuille des ménages. Sur le papier, la mesure est effectivement spectaculaire.
Giorgia Meloni’s government is set to introduce a sweeping vehicle ownership tax cut, as the Italian premier seeks to stem the impact of the energy crisis on consumers ahead of a general election next year. https://t.co/ftS4MINxS9
— Bloomberg (@business) September 16, 2026
Le chiffre qui trahit l'annonce
Cette décision étonne donc. Et on se demande si l’État italien, dont les finances ne sont pas vraiment au beau fixe, ne va pas se mettre la corde au cou. En fait, pas du tout. Car la mesure ne coûtera en réalité « que » 2,3 milliards d'euros. Or cette même taxe rapporte en Italie environ 7,4 milliards par an. Exonérer sept véhicules sur dix n’oblige donc Rome qu’à renoncer à moins d'un tiers de la manne.
Car Meloni et ses conseillers ont été intelligents : en Italie, la taxe est progressive avec la puissance. Et comme le gouvernement a décidé d’exonérer ceux qui paient le moins, c’est donc la frange la moins rentable qui est sacrifiée et celle qui touche le plus grand nombre. Un joli calcul.
Le « cadeau » moyen tourne autour de 160 euros pour l’année ce qui reste intéressant pour beaucoup de ménages italiens. Curieusement, Meloni a annoncé la mesure comme structurelle (donc récurrente), mais d’autres politiques s’en étonnent, car ce geste n’est prévu que pour l’année 2027... tout comme les prochaines élections législatives. Il n’y a pas de hasard.
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Mais le vrai tour de force est ailleurs : jusqu'ici, Rome soutenait ses automobilistes par une ristourne sur le gasoil, un rabais direct à la pompe. Or, ce type d'aide est un tonneau sans fond et personne ne sait à l'avance ce qu'il pèsera dans le budget. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette ristourne va être réduite par paliers cet automne, de 0,17 euro à 0,06 euro avant de disparaître. En basculant son soutien vers la taxe de circulation, Giorgia Meloni troque une dépense ouverte contre une dépense fermée. La prévisibilité est totale et le coût est maîtrisé. C’est donc une générosité déguisée.
Une piste pour la Belgique ?
La question est de savoir si la formule italienne pourrait faire des émules dans le reste de l’Europe ? Car de nombreux gouvernements sont sous pression avec l’envolée des prix. Et la Belgique n’y échappe pas puisque le MR veut mettre l’activation du cliquet inversé sur la table du prochain conclave budgétaire.
En Belgique, la taxe de circulation relève des régions et, selon les derniers chiffres en notre possession, la Wallonie en a tiré 541 millions d'euros en 2023 alors qu’en Flandre, les revenus tournent autour de 1,2 à 1,3 milliard. Pour Bruxelles, il n’y a pas de chiffres publiés, mais on peut l’estimer à une petite centaine de millions d’euros pour les 400.000 véhicules immatriculés. Au total, deux milliards d’euros donc. Mais ça, c’est pour la taxe de circulation et, en face, il y a la fiscalité sur les carburants. Et elle rapporte beaucoup plus. Les seules accises ont rapporté 5,5 milliards d'euros en 2025 et ça, c’est sans compter la TVA vient se greffer par-dessus. L'automobiliste belge est donc taxé presque trois fois plus sur ce qu'il brûle que sur ce qu'il possède.
Dans ce contexte, il y a fort à parier que le gouvernement belge pourrait aussi discuter de l’initiative du gouvernement Meloni. Car il faut se souvenir qu’en 2022, au plus fort de la crise énergétique, le gouvernement fédéral avait abaissé l'accise de 17,5 centimes par litre ce qui lui avait coûté 1,3 milliard d'euros. Et bien plus en fait, puisque la mesure avait été prolongée deux fois. Une exonération de la taxe de circulation sur une partie du parc pourrait aussi être une bonne idée dans un contexte de trajectoire budgétaire à respecter. L’Italie vient en tous cas de répondre à la question. Reste à voir ce que le gouvernement belge en fera.
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