Le marché belge de l'occasion ne s'est jamais aussi bien porté. Plus de 730.000 véhicules changent de main chaque année et l'acheteur y trouve son compte : une berline récente pour le prix d'une citadine neuve, un Diesel encore vaillant ou un premier bolide abordable. Mais au moment de signer, une question revient toujours, tenace. Ce compteur dit-il la vérité ? Une société de données vient d'y répondre à sa manière et le verdict a de quoi refroidir. En Europe, une occasion sur cinquante roulerait avec un kilométrage trafiqué. Sauf qu'en Belgique, le registre officiel en recense quatre fois moins. Deux vérités pour un même sujet. Mais laquelle croire ?
Face à ce doute, l'acheteur cherche un repère chiffré et il en trouve deux. D'un côté carVertical, société spécialisée dans les rapports d'historique, qui avance 2,12 % d'occasions trafiquées en Belgique dans un communiqué de septembre 2026. De l'autre Car-Pass, le registre officiel, qui n'en compte qu'une fraction, soit 0,50 % dans le pire des scénarios. Les deux mesurent la fraude au compteur, les deux parlent de la Belgique. L'écart ne vient donc pas du sujet, mais de la façon de compter.
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Quelles données ?
Les statistiques spectaculaires de carVertical viennent d'un sondage affiché sur l'écran de chargement des rapports de la plateforme. Il aurait été rempli par près de 7.800 personnes dans 18 pays durant l'été 2026. On y apprend que 76 % des acheteurs européens ne sauraient pas à qui signaler une fraude et que 87 % doutent de récupérer leur argent. Ce sont des chiffres frappants, mais qui sont aussi recueillis auprès d'un public particulier : des gens déjà en train de vérifier une voiture d'occasion et donc déjà méfiants.
C'est tout le problème de l'échantillon qui se choisit lui-même. Interroger sur la fraude ceux qui la redoutent assez pour se payer un rapport, c'est se garantir des réponses inquiètes. D'autres résultats de la même enquête interpellent. En effet, selon l’organisation, « un Européen sur trois » serait confronté à un compteur trafiqué, ce qui semble énorme et même irréaliste. Et c’est normal, le résultat agrège deux populations très différentes : ceux qui ont réellement acheté une voiture trafiquée et ceux qui connaissent simplement quelqu'un dans ce cas. Quoi qu’il en soit, la Belgique est annoncée (avec ses 2,12 %) comme le pays avec le plus faible taux de fraude d’Europe. C'est déjà une bonne nouvelle. Sauf que ce taux, carVertical le tire de son propre échantillon de voitures suspectes. Il ne dit rien du marché belge, seulement de la clientèle inquiète qui paie pour un rapport.
Ce que dit Car-Pass ?
Croire que le marché de l’occasion belge est tapissé de 2,12 % de voitures au compteur trafiqué est en fait faux. La preuve avec Car-Pass, le dispositif qui enregistre le kilométrage de chaque véhicule lors de chaque passage en entretien, changement de pneus ou lors du contrôle technique depuis 2006. Ce filet-là est très serré et il ne dépend pas du bon vouloir d’un surfeur qui répond ou pas à une enquête. Exhaustive, la base de données a identifié 1.466 cas de fraude en 2025 pour un marché de 855.169 transactions. Ce qui fait que le taux réel tourne en fait plutôt autour de 0,17 % au global et il tombe même à 0,12 % sur le seul marché domestique. On est donc très loin d'une occasion sur cinquante. Selon Car-Pass, les voitures importées sont les plus risquées (puisque leur historique à l'étranger échappe au registre), mais là aussi le taux est bien loin de celui avancé par carVertical avec 0,50 %.
En Belgique, la fraude reste donc rare. Mais qui dit rare ne veut pas non plus dire indolore. Quand celle-ci passe entre les mailles, elle ne fait pas dans la demi-mesure : près de 80.000 km sont effacés en moyenne et jusqu'à 370.000 pour la manipulation la plus spectaculaire de 2025 avec un compteur ramené de 562.000 à 192.000 km. Et forcément, ça s’est vu...
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L'import bientôt, régulé ?
Que la fraude se concentre sur l'import n'a rien d'une surprise. Mais elle a tendance à diminuer aussi. En 2020, le taux sur les véhicules importés avoisinait encore 2,4 % et il a été divisé par près de cinq depuis. Le système de protection belge fonctionne donc parfaitement.
Et Bruxelles l’a bien compris. Pour cette raison, le paquet européen « contrôle technique » proposé en avril 2025 prévoit un espace commun rassemblant les données kilométriques entre États membres, ce qui permettrait enfin de réduire drastiquement les risques de fraudes dans toute l’Union, au profit des consommateurs.
Mais cette potentielle extension à un niveau européen n’arrangera pas tout le monde. À commencer par les sociétés privées qui vendent ces historiques en agrégeant des données issues du contrôle technique, des assureurs ou des garages. C’est une partie de l’information, mais elle ne sera jamais aussi complète et fiable que celle garantie par le Car-Pass.
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