4,5 % des voitures d'occasion belges cachent-elles un passé de forçat ?

Sur le marché de l'occasion, le kilométrage revêt une grande importance aux yeux des acheteurs. En toute logique, un chiffre bas rassure tandis qu’un chiffre élevé fait fuir. Sauf qu'à kilométrage égal, une voiture avalée en quatre ans est bien plus fatiguée qu'une autre étalée sur quatorze.

Publié le 5 août 2026
Temps de lecture : 5 min

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4,5 % des voitures d'occasion belges cachent-elles un passé de forçat ?

Face à une petite annonce, le réflexe est presque universel : on regarde le prix, l’année de première immatriculation, puis on file directement vers le kilométrage affiché sur le compteur. Logiquement, un kilométrage bas rassure alors qu’un kilométrage élevé refroidit, car l’acheteur met directement en rapport le kilométrage et l’état d’usure du véhicule. Le raisonnement semble imparable, sauf que, souvent, on oublie une variable : le temps. En effet, 150.000 km avalés en quatre ans n'ont rien à voir avec les mêmes 150.000 km étalés sur quatorze années de trajets forcément plus tranquilles.

Cette réflexion est mise en avant dans une étude de carVertical, une entreprise spécialisée dans les données automobiles. En analysant les rapports d'historique commandés par ses clients en Belgique entre janvier 2025 et mai 2026, elle a isolé les véhicules dépassant 36.000 km par an, soit 3.000 km chaque mois. Résultat : 4,5 % des voitures vérifiées dépassent ce seuil et signalent donc un rythme d'usage que l’on peut considérer comme supérieur à la normale. Bien entendu, le chiffre est à prendre avec des pincettes, car il ne dit pas la part réelle du parc belge, mais uniquement les données de carVertical. Mais il donne un ordre de grandeur. Et 36.000 km par an, c'est deux fois et demie ce que roule un Belge moyen. Selon Car-Pass, l’automobiliste belge roule en effet autour de 14.420 km chaque année.

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Le prix des cycles courts

Un véhicule qui accumule les kilomètres à cette vitesse a rarement mené une vie de tout repos. Taxi, VTC, coursier, autopartage, véhicule de flotte : l'usage professionnel concentre les kilomètres sur une poignée d'années et, surtout, il les concentre en ville. Or, pour ces applications, c'est là que la mécanique trinque le plus.

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On peut citer les accélérations et freinages répétés, les longues plages passées au ralenti, les trajets trop courts pour que le moteur atteigne sa température idéale, tout cela use plus vite qu'une autoroute avalée à vitesse stabilisée. Les organes sont forcément plus sollicités, comme les freins, les éléments de suspension et de direction, mais aussi l’embrayage, la transmission et les composants moteur. Et encore, il faut ajouter l’usure de l'habitacle, où sièges, volant, pédales et poignées encaissent chaque montée à bord. De ce fait, deux voitures peuvent afficher le même total, mais peuvent aussi cacher deux états mécaniques radicalement différents. Le compteur ne dira rien là-dessus.

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Cinq modèles à surveiller

Selon les données de carVertical, certains modèles reviennent plus que d'autres dans les statistiques d’un usage intensif. En tête du classement de l’entreprise, on trouve le Mercedes Classe V dont un exemplaire vérifié sur quatre (25,5 %) franchit le seuil des 36.000 km annuels. Suivent la Peugeot 308 (18,8 %), la Ford Focus (17,6 %), le Mercedes Vito (16,3 %) et la Volkswagen Passat (13,7 %).

En réalité, ce palmarès n’a rien d'étonnant, car ces modèles séduisent les entreprises pour leur habitabilité et leur aptitude à enchaîner les longues distances sans broncher. Mais le problème, c’est qu’à la revente, un ancien véhicule de flotte ne porte aucun signe distinctif. « Si un véhicule relativement récent affiche un kilométrage anormalement élevé, il y a de fortes chances qu'il ait appartenu à une flotte d'entreprise ou qu'il ait été utilisé par des chauffeurs VTC, des coursiers ou d'autres prestataires de services », précise Matas Buzelis, expert du marché automobile chez carVertical.

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Le « combien » et pas le « comment »

En Belgique, les candidats acheteurs en occasion disposent d'un atout précieux : le Car-Pass. Ce document obligatoire à la revente est un rempart redoutablement efficace contre la fraude au compteur, avec seulement 1.466 cas détectés en 2025. C’est peu sur un total de plus de 700.000 transactions. Depuis près de vingt ans, cet outil a permis de largement assainir le marché de l'occasion, au point de servir de modèle à l'échelle européenne. Reste qu'il donne une vue sur l'exactitude du kilométrage affiché, mais pas sur la manière dont ces kilomètres ont été parcourus.

Dans ce contexte, la prudence doit donc garder toute sa place dans le chef du candidat acheteur et encore plus lorsque le véhicule est importé, car l'historique ne franchit pas toujours les frontières. « Une voiture peut avoir fait l'objet d'une utilisation intensive dans un pays avant d'être proposée sur le marché de l'occasion d'un autre pays comme une voiture d'occasion ordinaire », prévient encore Matas Buzelis. On s’en souviendra...

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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