Un compteur trafiqué ne fausse pas que le kilométrage affiché au tableau de bord. Car, évidemment, il fausse aussi le prix. En Belgique, l'acheteur d'une occasion au kilométrage manipulé paie en moyenne 47,2 % de trop, selon la plate-forme de suivi des véhicules carVertical. Sur une voiture affichée à 20.000 euros, ça représente environ 6.500 euros payés pour rien, soit l'équivalent d'une année de traites sur un crédit auto classique souligne l’organisme.
Naturellement, au plus on monte en gamme, au plus l’écart se creuse. Ainsi, sur un modèle premium à 45.000 euros, l'addition grimpe à plus de 14.000 euros de survaleur. La mauvaise nouvelle, c’est que notre pays se classerait deuxième d'Europe sur ce critère, juste derrière l'Allemagne à 49,3 %. C’est loin devant la France à 39,2 % ou l’Italie (29,3 %). Les Pays-Bas sont absents du classement.
Question de cote
Mais pourquoi une telle différence ? En réalité, dans l'esprit de l'acheteur comme dans les grilles de cotation professionnelles, le kilométrage reste le principal indicateur d'usure d'un véhicule. Rabaisser le compteur, c'est donc rajeunir artificiellement l'apparence du véhicule et gonfler solidement sa cote. Bien entendu, tous les véhicules ne sont pas logés à la même enseigne. Une citadine de dix ans encaissera peu ce type de manipulation, car sa cote résiduelle est déjà faible. En revanche, l’opération peut être bien plus lucrative à mener sur une berline premium de trois ans.
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Le paradoxe serbe
L’étude de carVertical présente par ailleurs un paradoxe qui mérite d’être expliqué et qui ne se trouve pas dans le graphique. Le taux de fraude proprement dit, c’est-à-dire la proportion de véhicules contrôlés dont le compteur s'est révélé trafiqué, culmine en Serbie à 3,9 %, contre seulement 2,3 % en Belgique. Ce chiffre belge ne concerne toutefois que l'échantillon de voitures que les clients carVertical font eux-mêmes vérifier, pas le parc automobile belge dans son ensemble. Le rapport annuel de Car-Pass, l'organisme légal qui centralise les relevés kilométriques du pays, situe la réalité du marché bien plus bas, à 0,12 % des ventes intérieures et 0,50 % des véhicules importés en 2025.
Mais revenons à notre paradoxe belgo-serbe. On constate en effet que l'impact sur le prix de ces compteurs trafiqués s'inverse complètement : il augmente le tarif de 9,3 % en Serbie et de... 47,2 % en Belgique ! Autrement dit, on triche moins souvent chez nous, mais quand on triche, ça coûte nettement plus cher à la victime. La raison tient au marché lui-même : plus les prix d'un pays sont élevés, plus un même kilométrage effacé génère un différentiel financier important. La Belgique, marché mature et gourmand en véhicules récents et même haut de gamme, coche toutes ces cases.
Le client floué
Les conséquences d’une arnaque au compteur kilométrique sont dramatiques pour l’acheteur. Certes, celui-ci est floué sur le prix. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. On sait que les Belges empruntent de plus en plus pour leur véhicule, qu’il soit neuf ou d’occasion. Or, un crédit calculé sur une valeur surestimée coûte plus cher sur toute sa durée, intérêts compris. Par ailleurs, côté mécanique, l'entretien arrivera aussi trop tard : courroies, distribution, amortisseurs, tout ce qui devait être anticipé se retrouve décalé avec les risques de casse que cela suppose. Et si la fraude est identifiée entretemps, le propriétaire sera aussi floué à la revente, puisque la valeur résiduelle s’effondrera.
Assurément, aucun document ne protège totalement contre une manipulation. En Belgique, nous avons la chance d’avoir le Car-Pass qui réduit drastiquement les risques. Mais cela ne doit pas empêcher l'acheteur d’examiner minutieusement le véhicule selon une grille de lecture qui rassemble plusieurs critères. Il faut rester vigilant.
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