Håkan Samuelsson, le grand patron de Volvo, avait entrouvert la porte voici quelques mois à une production chinoise dans les usines européennes. Mais à ce stade, on ignorait encore quelle marque était dans les starting-blocks. C'est lors d'une présentation aux investisseurs que la nouvelle est tombée : Volvo Gand va acquérir le statut de « contract manufacturing plant » donc une usine qui produira sous contrat pour d'autres marques. Pour la première fois de son histoire, l'usine va donc produire des voitures qui n’arboreront pas de logo « Volvo ».
Prête pour 800.000 voitures
Ces dernières semaines ont été très incertaines pour les quelque 6.000 travailleurs du site gantois. Avec l'arrivée de la nouvelle usine en Slovaquie – montée d’ailleurs par l'ancien patron Jim Rowan –, Volvo se retrouvait confronté à un problème de surcapacité. En Europe, le groupe est en effet en mesure de produire près de 800.000 voitures. Or il n'en a vendu l'an dernier qu'un peu plus de 330.000 sur tout le continent. Une sacrée différence.
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Bien entendu, des usines à l'arrêt coûtent une fortune et Håkan Samuelsson devait donc trouver une solution. Des options de fermeture ont sans doute été mises sur la table, mais le CEO de 75 ans, dont le mandat s'achève l'an prochain, a finalement choisi d'ouvrir les portes du site de Gand à de nouveaux venus. Car il y a de la place : une fois que l'EX40 aura été transféré en Slovaquie, le site belge ne tournera plus qu'à 60 % de sa capacité totale.
Mais il y a une question : quelle marque exactement débarque à Gand ? On l'ignore encore. Au sein du grand groupe Geely, il y a pourtant le choix. Il pourrait s'agir de Zeekr, de Lynk&Co ou de la marque Geely elle-même. Cette dernière est arrivée en Europe et, comme on le sait, produire localement présente pour les marques chinoises l'intérêt d'échapper aux droits de douane européens.
Une position particulière
Gand occupe désormais une position particulière au sein du groupe Volvo. Car toutes les autres usines doivent évoluer vers une architecture unique de véhicule afin de réduire leurs coûts. C'est le cas avec la plateforme SPA3 sur laquelle est construit le nouveau EX60. De ce fait, Gand devient donc la seule usine européenne à tourner avec deux plateformes. Car l’architecture SEA2 de l'EX30 sera donc rejointe par une seconde base technique, sans doute plus compacte et d’origine chinoise elle aussi. Il pourrait s'agir de la plateforme CMA de l'actuel XC40, qui accueille des moteurs thermiques. La seule autre usine du groupe à disposer d'une seconde plateforme est celle de Chengdu, en Chine.
C’est Francesca Gamboni, le bras droit de Håkan Samuelsson, qui a dévoilé cette information. Et elle a explicitement salué les efforts des autorités belges pour soutenir la compétitivité de Gand. Grâce aux 119 millions d'euros débloqués par le gouvernement belge, l'usine gantoise pourra en effet retrouver un niveau de coûts comparable à celui des sites moins chers ailleurs en Europe. « Il y a actuellement une file d'attente de clients », a-t-elle ajouté. Voilà qui est de bon augure.
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Plus d'automatisation, moins d'humains ?
Francesca Gamboni a également loué la situation stratégique de Gand et indiqué qu’il y aurait une augmentation de l'automatisation pour compenser les coûts trop élevés de la main-d'œuvre – et qui étaient critiqués par Håkan Samuelsson. Cette démarche pèsera forcément sur l'emploi. Et ça ne concerne pas que les emplois directs, mais aussi les équipementiers. Ainsi, Benteler, fabricant de composants d'essieux, a annoncé ce jour qu'il cesserait ses activités à la mi-2027, soit à l'expiration de son contrat actuel avec Volvo. Malheureusement, Benteler n'est pas un cas isolé.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la production de voitures chinoises à Gand s'inscrit dans une coopération nettement renforcée entre Volvo Car et sa maison mère Geely. Le constructeur entend en effet tripler la part de composants communs d'ici 2030 et la faire passer de 10 à 30 %. Les modèles Volvo deviendront donc eux aussi un peu plus chinois.
D'ici 2030, la marque compte lancer treize nouveaux modèles : sept pour les marchés occidentaux et six développés spécifiquement pour la Chine. Ces derniers devront tous voir le jour selon les calendriers accélérés chinois. Ce qui signifie que de la planche à dessin à la chaîne de montage, il ne s’écoulera pas plus de deux ans.
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