On connaît tous le cuistax – et de sa variante go-kart – cet engin à pédales synonyme des vacances à la mer. Celui qu'on loue une heure sur la digue entre deux averses et qui est un patrimoine vivant de la côte belge au même titre que la gaufre et le vent. Personne ne lui prête d'histoire. Pourtant, les premières traces de ce type de monture remonte à 1924 lorsque le Français Charles Mochet imagine le vélocar, sorte d’hybride censé offrir une alternative économique et pratique entre la bicyclette et l'automobile.
Mais c’est en 1927 que le cuistax tel qu'on le connaît prend véritablement forme. Et justement, un siècle plus tard, ce centenaire menaçait de passer totalement inaperçu. Il n’y avait aucune célébration, aucun projet autour de ces engins désormais bien belges. Sauf que trois passionnés ont eu une idée un peu folle : transformer ce symbole de farniente balnéaire en véritable engin de course électrique et l’intégrer dans un véritable championnat.
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Le trio et l'étincelle
L’idée première revient à Pascal Witmeur. L’homme n'est pas un inconnu du sport automobile belge. Pilote aux 24 Heures du Mans et de Spa dans les années 80 et 90, il est devenu responsable publicitaire chez Peugeot Belgique et il reste aussi le personnage derrière le délirant Peugeot 806 de course engagé à Spa en 1995. Autour de lui, on trouve Philippe Quatennens, entrepreneur bien connu des médias automobiles, et Bernard Maerevoet, ingénieur et ami de longue date, réunis par une même envie, faire du cuistax quelque chose de compétitif.
Imprimé en 3D
L'ambition tenait en une idée, prendre un engin qu'on associe aux vacances et lui donner des allures de vraie voiture de course. Le résultat porte un prénom, le « JUL ». Tout est parti d'un cuistax 2.0 dessiné avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis affiné par un graphiste jusqu'à arrêter la silhouette. La carrosserie sort d'une imprimante 3D qui a travaillé quatre cents heures pour sortir le seul prototype. Cette carrosserie fuselée vient se poser sur un châssis à vraies suspensions, pensé comme celui d'une machine de piste. Le cœur du système, lui, est français, puisque la société Cixi signe le pédalier électronique. Côté belge, c'est Qarts qui complète l'équipage, seul fabricant de go-carts du pays. L'atelier d'Oostkamp, en Flandre-Occidentale, conçoit et assemble ses engins à la main depuis près de vingt ans, d'abord sous le nom de T&T Quality Go-Carts avant de devenir Qarts et il a bâti sa réputation sur des machines que la maison dit increvables, taillées pour un usage intensif. C'est lui qui signait déjà les petits karts lancés en ouverture du Zoute Grand Prix de l’an dernier. Rien d'étonnant, donc, à le retrouver sur un projet qui veut marier patrimoine belge et sport automobile.
Pédaler à 50 km/h
Le « JUL » ressemble à un jouet, mais il n’en est pas un. Il reprend le principe du speed pedelec, ce vélo électrique rapide, mais pousse le curseur plus loin. Là où un speed pedelec plafonne autour de quelques centaines de watts, le « JUL » développe jusqu'à 6,8 kW. L'assistance se coupe à 45 km/h, comme l'impose ce type d'engin et c'est en appuyant sur les pédales qu'on arrache les derniers kilomètres-heure jusqu'à 50, voire plus. Car ce sont alors les cuisses qui fixent la limite. Le pilote gère son énergie sur trois niveaux – low, medium et high – et doit composer avec l’autonomie de batterie qui n’est pas encore totalement connue à ce jour. Car la version définitive de l’engin est prévue pour la fin de l’année. Mais c’est un demi-problème, assure Philippe Quatennens, car les batteries sont interchangeables. Un passage rapide par les stands suffit à repartir avec un bloc plein.
Un départ comme au Mans
L'idée de départ n’est donc pas d'écouler des JUL, mais de créer de belles courses. Le projet vise un championnat complet, avec un premier grand prix annoncé au pied de l'Atomium, un deuxième l'an prochain dans les rues de Knokke lors du Zoute Grand Prix 2027, puis peut-être à Zolder en novembre 2027. Les épreuves dureront quatre heures et peut-être huit à Zolder. L'esprit est assumé : c’est celui des gold racing days des années 70, avec un départ façon Le Mans avec des pilotes qui traversent la piste en courant avant de sauter dans leur engin. « Le but n'est pas de gagner grâce à la machine, mais de créer de chouettes courses », résume Quatennens.
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Le règlement à écrire
Le projet JUL est prometteur et bien avancé, mais tout n'est pas encore figé. Le règlement sportif est encore en chantier avec une version définitive attendue le 20 décembre en même temps que le « JUL » de série. Il faudra fixer le contrôle technique et arrêter la liste des premiers engagés. Le RACB a été contacté et il pourrait créer une nouvelle discipline, l’E-Pedal Car Challenge. La formule d'achat est fixée à 18.500 euros avec la possibilité d’un leasing sur trois ans encore à définir. Et quand on connaît la ferveur belge pour le cyclisme, on a peu de doute que quelques figures comme Eddy Merckx, Tom Boonen, Philippe Gilbert et même les stars d'aujourd'hui, trouveront l'idée irrésistible. On attend de voir.
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