Depuis plusieurs mois, Stellantis et la start-up chinoise Leapmotor sont associés. Pour le géant aux 14 marques, il s’agissait d’accélérer sa croissance dans le secteur des véhicules électriques. Ce rapprochement a donné naissance à la coentreprise Leapmotor International qui distribuera les modèles de Leapmotor dans le monde entier en s'appuyant sur le réseau commercial de Stellantis. Voilà pour la technique.
Mais dans une interview accordée à l’hebdomadaire Le Point, l’ancien patron de Stellantis – débarqué manu militari – Carlos Tavares ne mâche pas ses mots. L’ancien dirigeant de Stellantis, parti fin 2024, déplore la perte de vitesse de l’industrie automobile européenne, prisonnière selon lui d’un cadre réglementaire dogmatique.
Pour lui, le « Dieselgate » a servi de prétexte à Bruxelles pour imposer brutalement une électrification que les constructeurs n’étaient pas prêts à affronter. Résultat : « on a ouvert un boulevard aux Chinois, qui maîtrisaient déjà la technologie électrique », assure l’ancien homme fort. Et d’ajouter une phrase lourde de sens : « Un jour, si Stellantis va mal, Leapmotor sera dans la place pour le racheter. » Cette déclaration sonne déjà aux oreilles de certains comme une prophétie, alors même que les premiers signes de fragilité apparaissent au sein du groupe né de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler.
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Leapmotor, l’allié devenu rival
Signé en 2023, le partenariat entre Stellantis et Leapmotor devait initialement ouvrir au groupe européen l’accès à la technologie électrique chinoise, via une prise de participation de 21% et le contrôle de 51% des activités hors Chine. Mais la dynamique s’est rapidement inversée. Leapmotor progresse désormais plus vite que son partenaire. En Europe, ses ventes ont explosé, passant de 187 véhicules sur les huit premiers mois de 2024 à plus de 13.000 sur la même période en 2025, selon les statistiques de Dataforce. Le modèle T03, une mini-citadine électrique, en est d’ailleurs le fer de lance.
La marque chinoise n’a pas l’intention de s’arrêter là : elle prépare une salve de nouveaux modèles pour l’Europe – B10, B05 et A10 – couvrant les segments les plus porteurs, des citadines aux SUV compacts. Certains seront même produits dans les usines de Stellantis, notamment en Espagne, et ils pourraient à terme être commercialisés sous des blasons européens, comme celui d’Opel. Ce sera un renversement de rôles historique !
Une percée
En France, pays plutôt cocardier s’il en est pour l’automobile, Leapmotor fait déjà figure de nouvel acteur d’importance du marché électrique. Distribuée par Stellantis via 130 points de vente, la marque a doublé ses ventes entre août et septembre 2025, atteignant plus de 430 immatriculations mensuelles et dépassant désormais le seuil des 2.000 unités depuis le début de l’année. La marque vise désormais 4.000 ventes mensuelles fin 2025 et même 8.000 en 2026. Le secret ? Des prix cassés, tout simplement.
En Belgique, ce succès n’est pas encore à l’ordre du jour : la marque a vendu 450 voitures à ce jour et elle occupe la 36e place. La progression est donc plus difficile, surtout en raison de l’ouverture de moins de concessions Stellantis à ces produits. Du moins pour l’instant. Mais ça va probablement changer.
L’Europe en déclin
Mais la réalité est là : Bruxelles peine à trouver une réponse à l’offensive asiatique. Les constructeurs chinois avancent avec méthode et Leapmotor assemble déjà une partie de ses véhicules en Europe, ce qui lui permet de contourner les barrières douanières.
Carlos Tavares n’y va toujours pas de main morte et il décèle dans cette situation le symptôme d’un vieux continent incapable de défendre son industrie. « L’automobile européenne risque de devenir chinoise », prévient-il. L’avenir lui donnera-t-il raison ?
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