C’est une décision qui pourrait faire date dans l’histoire industrielle automobile européenne. Stellantis a confirmé qu’au moins un modèle de la marque chinoise Leapmotor – dont le groupe détient 20% – sera bientôt assemblé dans une de ses usines en Espagne. L’annonce a été faite par Antonio Filosa, CEO du groupe, lors d’un événement organisé par Kepler Cheuvreux.
Le choix de produire des Leapmotor en Europe s’explique d’abord par des considérations économiques : il s’agit d’éluder les surtaxes imposées par Bruxelles aux véhicules électriques venus de Chine – jusqu’à 30,7% de droits de douane. Dès lors, en intégrant Leapmotor à ses capacités de production européennes, Stellantis contourne cet obstacle tout en optimisant l’utilisation de ses sites existants.
Deux modèles, bientôt plus ?
Le site espagnol de Saragosse semble d’ailleurs tenir la corde pour accueillir des productions dédiées à l’automobile. Il bénéficie en effet déjà d’un investissement commun avec le géant chinois CATL pour y produire dès 2026 des batteries lithium-fer-phosphate à bas coût.
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Pour Leapmotor, il s’agit de produire non pas un, mais bien deux modèles stratégiques en et pour l’Europe : le SUV B10 100% électrique proposé à partir de 29.900 euros ainsi que la toute nouvelle compacte B05 électrique présentée récemment à l’IAA de Munich et qui se pose en rivale directe de la Renault Mégane E-Tech ou de la future Golf électrique. Et la production est imminente : les premières livraisons auront lieu dès le début 2026, preuve que le Chinois a bien verrouillé son business. Cette perspective remplace finalement celle de la Leapmotor T03 qui devait être assemblée en Pologne et qui arrivait sous forme de kit à assembler depuis la Chine.
Pour Stellantis, l’alliance et le partage des usines de production sont davantage vus comme une opportunité plutôt que comme une menace pour les marques comme Peugeot, Citroën, Fiat ou Alfa qui se battront forcément face à l’offre venue de l’empire du Milieu. Pourquoi ? Tout simplement parce que les ventes européennes de Stellantis sont en berne et que les usines tournent en sous-capacité, ce qui coûte très cher. Avec ce partenariat, le groupe italo-américain peut donc envisager de rentabiliser ses outils industriels, à l’heure où la grogne sociale menace et où les fermetures d’usines sont envisagées.
D’autres alliances chez VW ou Audi ?
À y regarder de plus près, le cas de Stellantis pourrait ne pas être isolé. En effet, d’autres groupes européens ont tissé récemment des liens industriels étroits avec des marques chinoises bien que ces collaborations restent pour l’instant confinées au marché asiatique.
Pour rappel, Volkswagen a conclu en 2023 un accord avec Xpeng pour développer conjointement des plates-formes et des technologies logicielles pour une nouvelle génération de voitures électriques à destination du marché local. Et il ne faut pas être grand devin pour se dire que l’idée d’une extension de cette coopération à l’Europe pourrait être tout à fait envisageable, surtout si les modèles chinois venaient à être appréciés des automobilistes européens. Après tout, Volkswagen est lui aussi en difficulté et il a même prévu de fermer plusieurs usines.
Ce scénario pourrait aussi être envisagé chez Audi qui vient de fermer le site d’Audi Brussels. Car le constructeur aux anneaux suit une trajectoire similaire à celle de Volkswagen, mais avec le groupe étatique SAIC. Conçus pour le marché chinois, ses modèles inédits y sont déjà en préparation et leur style audacieux ainsi que leur contenu technologique pourraient aussi séduire une clientèle européenne. À voir.
À l’heure où la transition électrique cale en Europe, les groupes européens pourraient donc être tentés d’ouvrir davantage leurs chaînes à des partenaires asiatiques disposant de produits compétitifs et prêts à l’emploi. Il est évidemment trop tôt pour évoquer la perspective d’un basculement généralisé, mais le cas de Leapmotor marque sans doute une inflexion.
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