Pourquoi diable une italienne porte-t-elle le nom d’une ville canadienne ? Pour comprendre, on fait un bond dans le passé, à l’Exposition universelle de Montréal, en 1967. Alfa Romeo est chargée d’y présenter une voiture illustrant le meilleur de l’automobile et… la marque n’a que neuf mois pour mener ce projet à bien ! Marcello Gandini, chez Bertone, prend le projet en charge et dessine un coupé bas et spectaculaire, posé sur une base de Giulia Sprint GT. Deux prototypes sont réalisés. Sous leur capot, le bien connu quatre-cylindres « bialbero » de 1,6 litre reprend du service. Un ramage fort modeste, vu le plumage ? Peu importe : le public adore et Alfa envisage rapidement une commercialisation !
La version destinée à la série apparaît au Salon de Genève de 1970. Les proportions sont légèrement chamboulées, mais l’essentiel est sauvé, avec ces phares sous paupières mobiles, cette fausse prise d’air NACA sur le capot, cet avant aquilin et cette poupe tronquée terminée par les deux sorties d’échappement. Quel dessin ! Et le meilleur est à venir : sous le capot, le quatre-cylindres a cédé sa place à un fabuleux V8, qu’Alfa Romeo annonce dérivé de la compétition, à savoir de sa Tipo 33 !
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Une âme de compétitrice ?
Et ce V8, c’est une sacrée pièce : bloc et culasses en alliage léger, quatre arbres à cames en tête, carter sec, injection SPICA. S’il ne cube que 2,6 litres, les chiffres annoncés sont très flatteurs pour l’époque : 200 chevaux, près de 220 km/h et 7,6 secondes pour passer de 0 à 100 km/h ! Et la fiche technique compte d’autres bonnes nouvelles, comme un différentiel autobloquant et une boîte ZF à 5 rapports.
Un flop !
Sur le papier, l’Alfa Romeo Montreal a tout pour séduire ! Et en pratique ? Ce n’est pas tout à fait la même histoire, comme nous le verrons ci-dessous. Mais le contexte géopolitique va lui aussi contrarier son destin ! Le choc pétrolier de 1973 n’aide évidemment pas à vendre un coupé aussi gourmand, déjà pénalisé par son prix élevé. La carrière s’achève en 1977, avec moins de 4.000 voitures produites. La Montreal restera une parenthèse dans l’histoire d’Alfa, alors qu’elle devait être le modèle phare ! L’ironie totale ? La voiture n’a jamais été vendue officiellement au Canada… Et donc à Montréal !
À conduire : peut-on avouer une petite déception ?
Il y a le look et la fiche technique. En théorie, ça cause ! Mais à l’épreuve de la route, la Montreal n’est pas vraiment à la hauteur des attentes… En cause ? Sa base de Giulia : la direction trop démultipliée, les mouvements de caisse importants et l’essieu arrière rigide ne donnent pas la rigueur et la vivacité que l’on aurait aimé retrouver. Certes, des trains roulants fatigués n’arrangent évidemment rien…
Et le V8 ? C’est évidemment la pièce de choix : souple, rageur, il s’envole dans les tours avec une sonorité rappelant un peu les V8 de NASCAR, mais en plus sophistiqué encore ! Parfaitement secondé par la boîte à cinq rapports, c’est lui qui donne le sourire… même si on se demande si la cavalerie annoncée n’est pas un brin optimiste…
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À bord, les deux gros blocs d’instruments regroupent une foule d’informations et les sièges privilégient le confort. Quant aux places arrière de cette 2+2, mieux vaut les considérer comme un complément au coffre.
Bon à savoir avant d’acheter
Aujourd’hui, la Montreal fait peur. Pourquoi ? À l’instar de certaines Maserati et Triumph, c’est son injection qui fait trembler ! Commençons donc par dégonfler une réputation : l’injection SPICA n’est pas une catastrophe par nature. Oui, elle demande un calage précis et un réglage dans les règles par un spécialiste habitué du modèle. Et ces spécialistes ne courent évidemment pas les rues. Mais une fois en ordre, elle donne satisfaction !
Évidemment, il n’y a pas que l’injection à inspecter. Autre point noir : les roulements de la pompe à eau, dont la défaillance peut entraîner un mélange d’eau et d’huile. Et son remplacement est un gros boulot… En clair, cherchez la mayonnaise dans la bâche à huile ! Le boîtier de direction peut se fissurer, mais une bonne nouvelle tout de même : le V8 est solide s’il est correctement entretenu… et conduit !
Surveillez attentivement la pression d’huile et écoutez les chaînes de distribution, qui ne doivent pas claquer. Vous vous en doutez : la réfection complète du V8 réclame, elle aussi, un budget bien plus costaud que celle d’un quatre-cylindres Alfa… Et on ne parle même pas de certaines pièces spécifiques, parfois introuvables ou horriblement chères ! Et puis, bien entendu, il y a la rouille, qui peut faire des ravages, même si la protection appliquée chez Bertone était plutôt soignée pour l’époque.
Enfin, n’oubliez pas que ces voitures sont longtemps restées dans le creux de la vague : les restaurations à la hâte et les bricolages approximatifs sont donc possibles… Et là, vous risquez d’être entraîné dans une spirale infernale pour remettre la voiture en ordre. Plus que jamais : trouvez le mécano avant de trouver la voiture et prenez-le sous le bras pour ausculter l’exemplaire qui vous intéresse !
Combien ?
Vous n’êtes pas découragé ? Alors bonne nouvelle : malgré une forte hausse depuis les années 2010, la Montreal reste relativement raisonnable vu le pedigree et la rareté du modèle. De nombreuses annonces se situent entre 60.000 et 90.000 €. Attention : il s’agit de prix demandés, pas nécessairement des montants auxquels les voitures se vendent ! Selon l’exemplaire et son temps de présence sur le marché, il y a peut-être possibilité de négocier…
On craque ?
Difficile de ne pas être séduit par l’allure et le V8… Mais encore faut-il pouvoir assumer la bête… et on ne parle pas que de sa valeur sur le marché ! Bref, la Montreal est l’archétype de la GT italienne des seventies : ultra sexy et débordante d’énergie, mais pas facile à dompter et à entretenir… J’adorerais me lancer dans cette aventure, mais mon portefeuille est d’un tout autre avis !
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