Aujourd’hui, avec les bancs de puissance facilement disponibles, les essais mesurés et les forums spécialisés, le constructeur qui enjolive trop ses chiffres prend le risque de se faire très vite attraper… et décrédibiliser. D’ailleurs, les puissances annoncées par les constructeurs actuels sont souvent à prendre comme un minimum… Mais il fut un temps où le rêve vendu par le catalogue était souvent très éloigné de la réalité ! On vous dénonce les tricheurs de jadis…
Pourquoi les constructeurs trichaient-ils ?
Parce que la puissance a toujours vendu du rêve. Un chiffre flatteur sur une brochure, c’était une arme commerciale redoutable à une époque où la vitesse était un vrai argument de vente ! Une Ferrari qui annonçait 300 chevaux, une Jaguar qui dépassait les 200 km/h, voire un muscle car développant plus de 400 chevaux ! Des chiffres forts et bien ronds, taillés pour impressionner les masses ! Quelques chevaux de plus que le voisin et vous aviez déjà un argument pour séduire l’acheteur, flatter son ego et donc… justifier un tarif plus élevé. Certes, il faut être honnête : il n’y avait pas toujours fraude pure et simple. Il y avait aussi des normes de mesure différentes, voire des moteurs testés dans des conditions idéales. En clair, certains constructeurs mentaient un peu, d’autres profitaient surtout d’un système très avantageux…
Les normes SAE : l’âge d’or du chiffre optimiste
Pendant des années, surtout aux États-Unis, la puissance pouvait être mesurée sur un moteur installé sur banc, sans filtre à air, sans échappement complet et sans accessoires entraînés (normes SAE Gross). Forcément, dans ces conditions, le chiffre était très flatteur ! De nombreux constructeurs européens en ont également profité, restant volontairement flous sur la mesure employée…
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En 1972, ce fut le passage à la mesure SAE net, beaucoup plus proche de la réalité d’utilisation. Le simple passage de l’une à l’autre a fait « perdre » des dizaines de chevaux à certaines voitures… du moins sur le papier ! Outre les normes antipollution plus sévères et les assurances plus strictes, c’est ce qui explique (en partie) la folle dégringolade des muscle cars. Ainsi donc, les « big blocks » Chevrolet et Ford perdaient parfois plus de 100 chevaux, tombant de plus de 400 chevaux annoncés à moins de 300… Dans les faits, les différences étaient souvent bien plus menues !
Les GT de l’âge d’or : des chiffres bien ronds, s’il vous plaît !
Dans le monde des grandes GT européennes des années 50 et 60, tout comme aujourd’hui, la puissance ne servait pas seulement à informer, elle servait au prestige… et à infliger une correction à la maison d’en face ! Et dans cette idée, les chiffres avaient parfois tendance à être arrondis à la dizaine supérieure… Et parfois bien au-delà !
On commence avec un mythe ? Jaguar, par exemple, annonçait pas moins de 265 chevaux pour sa Type E ! Il s’agissait toutefois de cette fameuse norme « SAE », ce qui se traduisait théoriquement par environ 220 chevaux DIN, la norme allemande qui valait pour les voitures européennes de l’époque… À vrai dire, même ce dernier chiffre reste un poil utopique : un moteur de Type E standard refait dans les règles délivre rarement plus de 190 à 200 chevaux !
Même ambiance chez Aston Martin avec la mythique DB5. La marque annonçait une puissance de 282 chevaux DIN, chiffre qu’Aston reprend encore aujourd’hui dans son historique officiel. Mais là encore, nous naviguons en pleine fantaisie ! Passez un exemplaire sur un banc de puissance aujourd’hui et vous pourrez vous estimer très (mais alors, très !) heureux de voir qu’il reste 250 chevaux à votre moteur !
Et de l’autre côté des Alpes ? Attention, blasphème ! Même Ferrari s’est adonnée à cette pratique ! La première GT « industrielle » de la marque, la 250 GT, était donnée pour environ 240 chevaux, pour les versions les plus sages. Honnêtement, il ne faut pas en espérer plus de 200… Quant à la 275 GTB qui a suivi et qui fait figure de mythe à plusieurs millions d’euros aujourd’hui, elle annonçait haut et fort 280 chevaux, voire 300 chevaux avec 6 carburateurs ! Un chiffre bien rond, qui claque fort ! Retirez tout de même une petite cinquantaine de canassons à l’écurie… On vous rassure, les modèles qui ont suivi étaient plus proches de la vérité…
Un même moteur, plusieurs puissances
Toujours chez Ferrari, le fameux V6 baptisé « Dino » vaut un article à lui tout seul ! Selon qu’il équipait la fameuse Dino fabriquée par Ferrari ou l’une des Fiat Dino, ce moteur pouvait gagner (ou perdre) jusqu’à 20 chevaux ! On vous met au défi de les trouver… Même histoire chez Maserati : le V6 qui équipait la Citroën SM annonçait 170 chevaux... Les spécialistes vous diront qu’un moteur de série délivre au mieux 135, voire 140 chevaux ! Fait amusant : ils s’en servent aujourd’hui comme excuse pour expliquer l’absence d’homologation de leurs préparations… En effet, un moteur de SM retravaillé et gonflé développe… la puissance annoncée par l’usine ! Bon à savoir, ce même moteur réglé aux petits oignons par Maserati qui l'a utilisé sur la Merak, était bien plus puissant !
Et Lamborghini ? Le fameux V12 de 4 litres de la marque, qui servit à une flopée de modèles, était souvent annoncé à 350 chevaux. Certains spécialistes précisent qu’il s’agit d’une grossière exagération, quand d’autres soutiennent qu’un bon moteur doit délivrer 325 chevaux. N’ayant pas de Lamborghini sous la main, nous ne saurions trancher… En revanche, tous s’accordent sur un point : au fil de ses évolutions, la Miura gagna des chevaux, passant, sur le papier, de 350 à 385 chevaux. « Un gain réalisé en réimprimant la brochure », explique le spécialiste Simon Kidston…
Les années récentes : quand l’exagération devient un problème public
On l’a dit, aujourd’hui, le jeu devient plus risqué, car les clients vérifient. Un exemple connu ? La Ford Mustang SVT Cobra de 1999. Ford annonçait 320 ch, mais les essais et les retours clients ont rapidement montré que quelque chose clochait… Et de fait, sur le banc, il manquait une quarantaine d’équidés ! L’affaire a pris assez d’ampleur pour que Ford mette en place une campagne corrective, avec l’objectif assumé que chaque voiture revue dépasse réellement la puissance promise. Là, on n’était plus dans le romantisme des années 60 : un constructeur a été pris la main dans le sac !
Au fond, des décennies plus tard, tout ceci n’a rien de vraiment décevant et participe plutôt au charme de ces belles d’une autre époque, non ?
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