Les États généraux de la sécurité routière réunissent chaque année autour d'une même table les acteurs de la route, des associations de victimes aux services de police. Pour leurs 25 ans, le rendez-vous tombe à un mauvais moment. Les chiffres avancés par VIAS font état d'une hausse de la mortalité au premier semestre 2026, après des années d'embellie. On parle d’une hausse des décès de 6%, à 223 personnes. C'est dans ce climat que Jean-Luc Crucke (Les Engagés), ministre fédéral de la Mobilité, a posé cinq mesures sur la table. Certaines sont déjà en route, d'autres sortent du chapeau, mais toutes vont dans le même sens : celui d'un contrôle renforcé des conducteurs et des comportements à risque.
Parmi ces cinq chantiers, l'un figure dans l’accord de gouvernement de l’Arizona : la détection automatique du téléphone au volant via le réseau de caméras ANPR. Certes, cette mesure est sur la table depuis des mois, mais elle butait encore et toujours sur la question de la vie privée. Cela dit, le dossier semble débloqué si on en croit le cabinet Crucke. Un groupe de travail planche sur le texte légal avec pour consigne expresse que les passagers ne soient pas identifiables sur les images. Le gouvernement s'appuiera sur le réseau de caméras ANPR déjà déployé le long des routes qui photographiera l'habitacle à travers le pare-brise tandis que l'intelligence artificielle signalant à la police les conducteurs suspectés de tenir leur appareil. Le calendrier est lui aussi précis : le groupe de travail doit rendre ses conclusions d'ici la fin 2026, l'implémentation suivra dans le courant de 2027 ce qui permettra aux services de police de commander le matériel. Les premiers contrôles effectifs sont attendus pour 2028.
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Payer ne suffit plus
Par ailleurs, jusqu'ici, un conducteur pouvait accumuler les amendes et continuer à rouler, à condition de payer. Mais cette époque est bientôt révolue. Le ministre installe un cadastre des infractions couplé à une citation devant le juge dès qu’on atteint le seuil de huit excès de vitesse de plus de 20 km/h sur trois ans. C’est aussi le cas pour trois usages du téléphone, deux intoxications alcooliques ou encore la combinaison de cinq excès avec une infraction du troisième degré. Le cadastre déclenche d'abord un avertissement, puis seulement la comparution et c'est le magistrat qui décidera ensuite du retrait de permis ou d'une sanction plus lourde. Les petits excès jusqu'à 10 km/h, qui forment l'essentiel des verbalisations, restent donc hors du dispositif.
Ce dispositif est interpellant, car on a du mal à ne pas y voir la silhouette d'un permis à points, ce vieux serpent de mer belge dont on débat depuis l'ère Dehaene et dont on parlait encore il y a un an et demi.
Souffler pour sortir
Le ministre rappelle par ailleurs que l'alcool reste impliqué dans un quart des accidents. Et sur cet aspect, le gouvernement a deux axes de travail : les contrôles et la prévention aux endroits sensibles et la tolérance zéro pour les jeunes conducteurs. Ainsi, une expérience pilote est menée à Hasselt et inspirée d'une technologie suédoise. Le dispositif de contrôle oblige l'automobiliste à souffler dans un embout pour que la barrière du parking se lève à la sortie d’un festival ou d’une boîte de nuit. L'équipement coûte tout de même entre 10.000 et 15.000 euros par site, ce qui nécessitera une évaluation du projet pilote.
En parallèle, dès 2027, le ministre abaisse la limite à 0,2 pour mille pour tout conducteur titulaire du permis depuis moins de trois ans, soit une tolérance zéro motivée aussi par une récente directive européenne. Le ministre justifie d’ailleurs ce choix par le fait qu’entre 0,5 et 0,8 pour mille, le risque d'accident grimpe environ deux fois plus vite chez les 18-25 ans que chez les conducteurs expérimentés. Ce serait dû au manque d'automatismes.
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Un filet qui rétrécit
Ces cinq mesures viennent donc encore renforcer la politique de durcissement continue de ces dernières années. On rappellera que le nouveau Code pénal a inscrit l'homicide routier comme infraction autonome, portant la peine jusqu'à dix ans de prison pour les comportements délibérément dangereux. Par ailleurs, les prix des perceptions immédiates ont grimpé de 10 % le 1er juillet, première hausse depuis 2017. Ceci devrait faire grimper les recettes de 50 millions d'euros par an.
Le ministre annonce par ailleurs que la micromobilité est aussi dans son viseur et particulièrement l’identification des utilisateurs fous de trottinettes électriques. À ce sujet, Crucke attend un rapport de VIAS sur un possible examen de conduite. Les caméras de surveillance pourraient peut-être aussi s'en charger un jour... À suivre.
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