En bon Suédois, le CEO de Volvo, Håkan Samuelsson pèse ses mots : comprenez qu’on ne l’entendra donc pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué... Dès lors, lorsqu’il déclare à nos confrères d’Automotive News qu’il est « positif et possible » de construire des voitures pour Geely, Zeekr ou Lynk & Co dans les usines européennes de Volvo, dont celle de Gand, c’est une information à prendre au sérieux !
« Une solution plus simple et moins chère »
Le CEO formule une proposition très claire : les trois marques sœurs chinoises du groupe Geely peuvent utiliser le réseau de production européen de Volvo, y compris le site belge d’Oostakker. Ce dernier se trouve dans une position délicate, car l’usine slovaque qui lui fait concurrence en interne, dispose d’équipements plus modernes (notamment pour le megacasting) et reprend donc la production de la gamme 40. Et il se trouve que Volvo ne vend pas suffisamment de modèles pour remplir les capacités de production ainsi libérées… Pour les marques chinoises, en revanche, la situation est tout autre !
« Elles disposeraient d’un accès beaucoup plus court et moins coûteux à l’Europe », explique Samuelsson à propos des marques sœurs. «Si elles veulent vraiment s’implanter ici, exporter ne suffit pas. Elles ont besoin d’une stratégie de localisation. »
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Valence en embuscade
Son message est limpide : ceux qui frappent à la porte de Volvo n’ont pas besoin d’investir dans une toute nouvelle usine européenne. C’est pourtant exactement ce que font les concurrents : BYD ouvre cette année une usine en Hongrie, MG Motor construit en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, et même Chery négocie la reprise d’une usine Nissan au Royaume-Uni ! La maison mère Geely cherche elle aussi activement un site de production local…
Selon plusieurs sources, le groupe serait sur le point de reprendre un site d’assemblage de Ford à Valence, en Espagne, pour ses voitures. Dans le cadre de cet accord, Geely produirait donc en Europe en toute indépendance de Volvo ! Ajoutons un détail qui ne manque pas de sel : Valence est aussi l’usine qui avait repris la Mondeo et les S-Max/Galaxy, et qui avait donc indirectement contribué à la fermeture de Ford Genk…
Mais ouvrir les grilles de l’usine ne suffit pas. Avant que la première Zeekr ou Lynk & Co sorte des chaînes d’Oostakker, il faudra procéder à de profonds changements... Samuelsson ne cache d’ailleurs pas que l’usine gantoise souffre d’un handicap en matière de coûts ! « Nous avons depuis quelque temps un problème de coûts à Gand », déclarait-il début mai lors d’une conférence de presse consacrée aux résultats trimestriels. « Nous y travaillons et examinons comment réduire les coûts afin que l’usine reste compétitive. »
Samuelsson a explicitement cité le site belge comme emplacement potentiel pour la production Geely, tout en ajoutant aussitôt : « C’est quelque chose sur lequel nous travaillons avec le gouvernement belge. Il y a beaucoup de choses à améliorer. » En clair, les pouvoirs publics doivent contribuer à faire baisser les coûts salariaux et énergétiques. Sans cela, un accord risque tout simplement de tomber à l’eau !
Il est impossible d’injecter directement de l’argent dans l’usine !
La question est de savoir si c’est vraiment possible. La task force spéciale mise sur pied par le Premier ministre Bart De Wever a certes approuvé un paquet de subsides, mais celui-ci concerne des investissements dans une énergie plus propre et dans la formation. Pour des raisons de concurrence, l’Europe n’autorise en effet pas un gouvernement à injecter directement de l’argent dans une entreprise ! Les accords salariaux sont également fixés par les négociations avec les partenaires sociaux, tandis que l’indexation pousse automatiquement les salaires vers le haut. Mais si Gand reste trop chère, Geely pourrait finalement préférer le site de Valence ! L’usine flamande perdrait alors non seulement des modèles Volvo au profit de la Slovaquie, mais aussi la possibilité d’attirer des volumes supplémentaires via Geely, Zeekr ou Lynk & Co.
Avec 6.500 travailleurs et 212.177 voitures produites en 2025, Gand reste un acteur de poids. L’usine assemble actuellement les XC40, EX40, EC40, V60 et l’EX30 entièrement électrique. Plus d’un tiers de cette production est électrique !
Le salut ne pourra venir que de Chine !
Samuelsson met toute l’infrastructure européenne de Volvo à la disposition de la Chine, y compris les sites de Torslanda et de Kosice, en Slovaquie. Cela en dit long sur les surcapacités du constructeur... Gand conserve toutefois plusieurs atouts : une position stratégique dans le port, une infrastructure logistique qui a fait ses preuves et une main-d’œuvre disciplinée, qualifiée et formée. En outre, la maison mère exige que Volvo s’intègre davantage dans l’écosystème chinois. Le partage des plateformes et des technologies va s’intensifier, ce qui facilitera aussi l’utilisation commune des sites de production.
Samuelsson reconnaît ouvertement que, sans les plateformes de Geely, Volvo ne serait pas en mesure de développer, entre autres, la prochaine génération de modèles hybrides rechargeables. « Il serait impossible de développer cela entièrement nous-mêmes et d’en supporter les coûts », admet-il. L’équilibre est donc délicat pour l’usine gantoise ! Mais plus le temps passe, plus il devient évident que le salut ne peut plus venir de Volvo seule, mais bien de son propriétaire chinois.
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