On ne va pas se mentir : remplacer le merveilleux six-cylindres d’une Aston Martin DB5 par un moteur électrique est probablement l’une des méthodes les plus efficaces pour déclencher une guerre civile dans un club de voitures anciennes ! Le chanteur Ed Sheeran le sait probablement à ses dépens, car s’il espérait que son projet reste secret, c’est raté : une improbable amende vient de (re)mettre le projet en lumière !
L'histoire est assez cocasse ! Ed Sheeran a confié sa DB5 de 1966 à l'atelier Aston Workshop pour une restauration complète doublée d'une… conversion électrique. En décembre dernier, la DVLA (soit la DIV britannique) constate que l'Aston n'est plus assurée : le chanteur plaide que la voiture est inutilisable, enfermée dans l'atelier et qu'il pensait que l'assurance du professionnel suffisait. Peine perdue : condamné pour détention d'un véhicule non assuré, il écope d’une amende qui, tous frais compris, dépasse les 1.000 livres, soit environ 1.200 euros !
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Ce que devient une DB5 passée à la prise
Le programme d'Aston Workshop n'a rien d'un bricolage de fond de garage. La conversion couvre les DB4, DB5 et DB6 et annonce 328 chevaux. Sur le papier, on est donc plus ou moins dans les chiffres d’un moteur d’origine aux spécifications Vantage… Sauf qu’à l’époque, Aston Martin gonflait sérieusement les chiffres de puissance, ce qui explique les performances nettement plus explosives du modèle électrifié, avec un 0 à 60 mph (soit 96 km/h) en 5,4 secondes. L’autonomie est annoncée à environ 320 km via un pack lithium-ion de 60 kWh, tandis que la voiture profite d’une instrumentation redessinée dans l'esprit d'époque et même d’un chargeur embarqué.
Le tarif ? 144.950 livres hors TVA, hors voiture donneuse : plus de 160.000 euros rien que pour la greffe. Et la voiture donneuse ? Comptez environ un demi-million d’euros pour une DB5… Argument massue des convertis : le moteur et la boîte d'origine sont conservés, donc l'opération reste théoriquement réversible.
Le rétrofit de luxe, lui, a pris un sacré coup
Sauf que le vent a tourné. Lunaz, star du secteur du rétrofit avec David Beckham à son capital, a placé son groupe sous administration en 2024 ! Aujourd’hui, le groupe poursuit ses activités, mais avec un symbole fort : la marque propose désormais des Aston Martin revisitées et animées par… un six-cylindres essence de 5 litres délivrant quelque 345 chevaux !
Halcyon, spécialisé dans le rétrofit de Rolls-Royce, a également fait marche arrière en proposant des modèles désormais animés par un V8 revu et corrigé. Et les derniers restomods du moment ne sont généralement plus animés par des électrons, mais bien par des moteurs proches, dans leur architecture, du moteur d’origine, mais fiabilisés et rendus plus performants.
Du côté des constructeurs, le constat est similaire : annoncée en fanfare et laissée au prince Harry pour son mariage, la Jaguar E-Type Zero a disparu des radars. Chez Aston, le projet de rétrofit est d’autant plus discret que la DB6 Volante qui a servi de véhicule de démonstration… a été vendue après avoir retrouvé son moteur thermique originel !
En bas du marché, ça progresse pourtant
Curieusement, le rétrofit populaire, lui, avance, même si, en chiffres absolus, le mouvement reste minuscule ! En France, où la pratique est encadrée depuis 2020, les chiffres transmis au Parlement montrent que le nombre de kits homologués pour véhicules légers est passé de 16 en 2024 à 42 en 2025, tandis que 364 primes avaient été versées en 2024, contre 552 sur les neuf premiers mois de 2025. Le rétrofit ne meurt pas : il quitte la Rolls pour l'utilitaire et la citadine !
Et en Belgique ?
Chez nous, le cadre fédéral existe depuis 2023, mais l'homologation relève des Régions qui doivent publier leur propre réglementation pour que la procédure soit pleinement opérationnelle. Au sujet du rétrofit, la BEHVA est limpide : un véhicule ayant subi ce genre de modification ne correspond plus à sa définition du «véhicule à caractère historique», sauf si la conversion date de l'époque de commercialisation. Elle rappelle aussi qu'un ancêtre doit être préservé dans son état d'origine !
Alors, encore à la mode ?
Entre les contraintes techniques et la perte, dans certains cas, du statut de « véhicule historique », le rétrofit a, il faut bien le dire, toujours connu de solides embûches pour convaincre… D’autant que le kilométrage ridicule parcouru par les ancêtres relativise fortement l’impact environnemental ! Et, cerise sur le gâteau, il faut encore mentionner le prix de la transformation : comptez un minimum de 10.000 euros sur une petite voiture. Une somme colossale qui ne se retrouvera pas forcément (voire pas du tout, si l’on lorgne sur les derniers résultats des ventes aux enchères) à la revente ! Bref, les arguments pour convaincre se limitent surtout à la fiabilité et à la facilité d’utilisation, tout en préservant le look ancien. Un marché trop niche pour vraiment convaincre ?
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