Jamais autant de voitures de société en Belgique et pourtant elles sont sur la sellette

Jamais la Belgique n’a compté autant de voitures de société. Le parc frôle désormais les 590.000 unités et continue de grimper. Et la moitié du parc est désormais électrique. Mais pour les bénéficiaires, il y a un risque. Car le fédéral cherche des milliards et lorgne précisément cet avantage.

Publié le 15 septembre 2026
Temps de lecture : 5 min

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Jamais autant de voitures de société en Belgique et pourtant elles sont sur la sellette

À retenir

  • La Belgique compte désormais près de 590.000 voitures de société, dont la moitié est électrique, en forte croissance depuis 2021.
  • Le gouvernement fédéral envisage de supprimer cet avantage fiscal, qui rapporterait 2 à 4 milliards d’euros par an au fisc, selon le Bureau du Plan.
  • La suppression de la voiture de société risque de freiner la transition électrique et d’entraîner une hausse des émissions, contrairement aux objectifs climatiques.

Elles n'ont jamais été aussi présentes sur nos routes. Selon les chiffres de l'Office national de sécurité sociale et de Renta, la fédération des sociétés de leasing, la Belgique comptait fin mars de cette année 586.312 voitures de société à usage mixte, c'est-à-dire utilisées à la fois pour le travail et pour les trajets privés. En cinq ans, ce parc a progressé de 12 % et le nombre de véhicules pris en leasing a lui bondi d'un tiers.

Ce succès s'explique assez simplement. Le salarié qui en profite ne verse pas de cotisations sociales sur cet avantage et son usage privé est taxé de façon forfaitaire, donc allégée. Longtemps réservée aux cadres supérieurs, la voiture de société s'est aujourd'hui diffusée vers des fonctions bien moins élevées, comme le souligne le spécialiste RH du secteur, SD Worx. Cette croissance vient aussi de ce qu’un nombre croissant d’entreprises mettent en place des plans cafétéria qui permettent aux salariés d’opter pour d’autres formes de rémunération. Et une partie de ceux-ci optent pour des voitures, ce qui vient gonfler les volumes.

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Moins de ventes, plus de voitures

L’augmentation du nombre de voitures de société pourrait paraître paradoxale. Car les ventes aux professionnels ont reculé de 4,1 % au premier semestre 2026. Mais ça s’explique par les durées de contrat qui s’étirent, comme l’explique Renta. La durée moyenne d’un leasing pour une voiture de société était de trois ou quatre ans auparavant, mais elle dépasse désormais cette temporalité pour s’établit aujourd’hui à 51 mois, soit 4 ans et 3 mois. Mais ça signifie donc que chaque voiture reste donc plus longtemps en circulation, et le parc s'étoffe même quand les immatriculations ralentissent. Et il y a fort à parier que ça continue.

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Une sur deux est électrique

Mais il y a une autre évolution important : au 30 juin 2026, 46,69 % des voitures particulières en location longue durée répertoriées par Renta roulaient exclusivement à l'électricité. Un an plus tôt, c’était 35,1 %. Près d'une voiture de société particulière sur deux est donc désormais 100 % électrique et Renta table sur un volume de 63 % en juin 2027. Sur les six premiers mois de 2026, l'électrique a représenté 77 % des commandes.

Cette évolution n’a rien de fortuit. Depuis 2026, une voiture thermique commandée par une entreprise n'est plus déductible du tout alors que l'électrique conserve encore un avantage fiscal, même si celui-ci commencera à se réduire dès 2027.

Cinq milliards en ligne de mire ?

Si la voiture de société se porte bien, on se demande toutefois si la situation va durer. Car le gouvernement fédéral cherche à combler un déficit de plusieurs milliards et ses services ont replacé la voiture de société sur la table des économies possibles. Prise isolément, la suppression de cet avantage rapporterait entre deux et quatre milliards d'euros par an selon le Bureau fédéral du Plan, un montant qui grimpe vers cinq milliards si l'on y ajoute les autres niches visées comme les cartes « carburant » ou les chèques-repas. De quoi relancer un vieux débat, celui du coût réel de cette formule pour la collectivité.

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Ce chiffre de 2 à 4 milliards d’euros mérite pourtant qu'on en comprenne la nature. Il ne correspond pas à une somme que l'État débourse, mais à une somme qu'il ne perçoit pas. Aujourd'hui, un salarié paie un impôt réduit sur sa voiture de société. S'il avait reçu la même valeur en salaire classique, il en paierait bien davantage. Le coût, c'est tout simplement cet écart, l'argent que le fisc laisse sur la table en taxant la voiture plus légèrement qu'un salaire.

Mais il y a autre chose qu’il faut comprendre : cet écart repose sur une comparaison avec une situation qui n'existe pas. Si l'avantage disparaissait, personne ne sait combien de conducteurs renonceraient à leur voiture ni combien réclameraient un supplément de salaire en compensation. Le manque à gagner pourrait donc changer du tout au tout. C'est pourquoi le Bureau du Plan avance une large fourchette plutôt qu'un chiffre précis.

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Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que face à ce manque à gagner, le système génère aussi de vraies recettes. Fin 2023, la cotisation CO₂ rapportait déjà 80,8 millions d'euros par trimestre à l'État et l'avantage de toute nature payé par les travailleurs dépassait 314 millions. S'y ajoute un bénéfice que l'on oublie souvent : les voitures de société électriques ont permis de faire fondre les émissions de près de moitié en dix ans, selon une étude d’Acerta. Le Bureau du Plan le reconnaît d'ailleurs, retirer cet avantage ferait probablement chuter les ventes de véhicules électriques, et donc grimper les émissions du parc, ce qui irait à l’encontre des engagements climatiques belges. De ce fait, le gain serait sans doute plus mince qu'annoncé. D’autant que le calcul oublie l'employeur. Si la voiture disparaissait, beaucoup d'entreprises devraient compenser en augmentant les salaires alors que le travail en Belgique est parmi les plus taxés d’Europe. Une partie de l'économie promise à l'État repartirait aussitôt sous une autre forme. Difficile dans ce contexte de bâtir un budget sur des économies aussi hypothétiques que personne ne peut vraiment chiffrer.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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