Faire le plein de carburant n'a jamais coûté aussi cher et, la semaine dernière, le prix maximum légal du Diesel a franchi pour la première fois le cap des 2,50 euros/l. Sur le marché européen, la Belgique se classe au cinquième avec une moyenne de 2,39 euros/l, juste derrière les Pays-Bas, la Finlande, le Danemark et l'Allemagne. Les tensions d'approvisionnement mondiales accentuées par la guerre au Moyen-Orient et par les frappes ukrainiennes sur les sites russes de raffinage ont poussé le Diesel vers le haut ces dernières semaines. Selon le Financial Times, cette flambée coûte désormais aux automobilistes européens 203 millions d'euros de plus chaque jour. Mais cette pression s'exerce de la même façon de Lisbonne à Helsinki. Elle explique donc la flambée générale, mais pas l'exception belge.
En fait, le prix du Diesel chez nous, c’est surtout le résultat d’une part de 42,5 % de taxes et d’accises si on en croit les calculs de la Commission européenne et relayés par L’Écho. Seuls deux pays font pire, l'Italie (43,1 %) et Malte (54,3 %) même si sur cette île de plantureuses aides d’État maintiennent actuelle le prix à 1,21 euro/l. La France et l'Allemagne dépassent aussi le seuil des 40 % alors que la Suède et l'Espagne s'en tiennent à un quart du prix.
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Mais c'est en séparant le carburant de ses taxes que l’on comprend d'où vient le surcoût belge. Débarrassé de ses taxes, le carburant ne se classe qu'au neuvième rang des Vingt-Sept, ce qui signifie que le brut s’achète dans la moyenne du continent. Ce sont les accises qui le hissent au cinquième rang une fois payé à la pompe. Ces quatre places gagnées, l'automobiliste ne les doit pas au marché, mais au gouvernement.
Un choix de 2015
Évidemment, rien de tout cela n'est arrivé par accident. Il faut revenir en 2015 et au scandale du Dieselgate. C’est en effet à la suite de cet événement que le gouvernement a changé sa vision sur le Diesel qui avait été longtemps chouchouté par une fiscalité clémente au nom des trajets professionnels.
Cela a mené au tax shift du gouvernement Michel en 2019 qui a renversé la logique en augmentant progressivement les accises du Diesel par rapport à l'essence. Et à les dépasser. Ce prix élevé n'est donc pas seulement subi, il est assumé.
Le carburant de l'économie
Ce désaveu du diesel est toutefois discutable. Certes, beaucoup d'automobilistes l'ont suivi (par contrainte plus que par choix) en basculant vers l'essence et surtout vers les motorisations électrifiées qui trustent désormais le marché. Mais l'État a surtout électrifié par la fiscalité avantageuse des voitures de société et en pariant que ces véhicules nourriraient ensuite l'occasion dans lequel le particulier viendrait puiser. Sauf que ça ne fonctionne pas. L'électrique ne pèse encore que 5,9 % du marché de seconde main et plus d'une de ces occasions sur deux repart vers une entreprise plutôt que vers un ménage.
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Et l'État semble oublier autre chose : en taxant le Diesel, il freine aussi sa propre économie. Car ce moteur équipe encore près de neuf camions et camionnettes sur dix qui assurent l’activité économique du quotidien. Comme le rappelle Jean-Marc Jancovici, spécialiste français des questions énergétiques, le Diesel reste le carburant de l'industrie. À l'échelle du continent, il pèse d'ailleurs plus de 40 % de la consommation pétrolière, selon une analyse de l'ONG Transport & Environment, soit le double de la part américaine. En taxant le Diesel pour orienter l'automobiliste vers l'électrique, l'État touche aussi d'autres secteurs qui n'ont pas encore d'alternative. On se demande parfois si quelqu'un y a pensé…
Tableau – Part des taxes et accises dans le prix du litre de Diesel dans l'Union européenne
Rang | Pays | Part fiscale |
1 | Malte | 54,3 % |
2 | Italie | 43,1 % |
3 | Belgique | 42,5 % |
4 | Danemark | 42,3 % |
5 | France | 42,2 % |
6 | Lituanie | 41,9 % |
7 | Allemagne | 41,7 % |
8 | Finlande | 40,3 % |
9 | Autriche | 40,1 % |
10 | Hongrie | 39,8 % |
11 | Estonie | 39,6 % |
12 | Slovaquie | 39,6 % |
13 | Pays-Bas | 39,0 % |
14 | Lettonie | 38,7 % |
– | Union européenne | 38,6 % |
15 | Grèce | 38,4 % |
16 | Portugal | 38,0 % |
17 | Pologne | 37,8 % |
18 | Roumanie | 37,7 % |
19 | Tchéquie | 37,1 % |
20 | Irlande | 36,9 % |
21 | Slovénie | 35,9 % |
22 | Luxembourg | 34,5 % |
23 | Bulgarie | 33,9 % |
24 | Chypre | 33,5 % |
25 | Croatie | 33,2 % |
26 | Espagne | 26,7 % |
27 | Suède | 25,3 % |
Source : Bulletin pétrolier hebdomadaire de la Commission européenne au 21 septembre 2026.
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