Où ira l’argent de la vignette routière belge ?

La vignette routière belge arrive le 1er mai 2027. Il en coûtera 90, 100 ou 125 euros. Officiellement, il s’agit de faire contribuer les étrangers à l’entretien du réseau routier. Mais cet argent ira-t-il vraiment aux infrastructures ?

Publié le 7 novembre 2026
Temps de lecture : 4 min

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Où ira l’argent de la vignette routière belge ?

À retenir

  • La vignette devrait rapporter environ 350 millions d’euros par an au total aux Régions.
  • Les besoins en infrastructure dépassent 10 milliards d’euros en Flandre et 700 millions par an en Wallonie : la vignette n’en couvrira donc qu’une fraction.
  • Les deux grandes Régions promettent que chaque euro ira aux routes, mais même dans le scénario le plus favorable, la vignette ne couvrira qu’une fraction des besoins. 

La Commission européenne doit encore se prononcer sur la validité de la prochaine vignette routière belge qui entrera en vigueur le 1er mai 2027. Mais contrairement à la Maut allemande retoquée en 2019 par la Cour de justice de l’Union pour discrimination envers les conducteurs étrangers, le modèle belge a un atout : tout le monde devra payer, y compris les automobilistes belges. Il n’y a donc pas de coup de canif dans le principe d’égalité entre automobilistes belges et étrangers. Ce qui signifie que la vignette a donc de sérieuses chances d’aboutir. Elle sera évidemment une source de revenus pour les différentes entités régionales. Mais où ira vraiment l’argent récolté ?

Des recettes à géométrie variable

En Belgique, chaque Région a sa propre façon de compter. La Wallonie annonce 327 millions d’euros de recettes annuelles, un chiffre présenté lors du budget 2027. Sauf que ce montant englobe l’ensemble de la réforme de la fiscalité automobile : la vignette, la baisse de la taxe de circulation, l’exonération des oldtimers et une surprenante projection de récupération (25 millions d’euros) sur les véhicules de leasing immatriculés en Flandre, mais qui circulent en Wallonie. En isolant la seule vignette, l’estimation prudente tourne autour des 120 millions d’euros, ce qui semble cohérent avec la taille du parc automobile wallon.

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© Sofico

La Flandre chiffre à 130 millions d’euros les recettes nettes des seuls automobilistes étrangers et véhicules de leasing. Mais les résidents flamands paieront aussi. Dès lors, en intégrant leur contribution, le total avoisinerait les 200 millions d’euros. Bruxelles, enfin, percevra un forfait de 30 millions d’euros financé par les deux autres Régions selon l’accord de juillet 2026.

Au total, on arrive donc à environ 350 millions d’euros par an pour le pays. Ce sont toutefois de premières estimations. Car une part des recettes dépendra naturellement du nombre d’automobilistes étrangers qui s’acquitteront de la vignette et de la durée qu’ils choisiront : un jour, dix jours ou un an. Seule une évaluation après la mise en service dira si ces projections tiennent la route ou pas.

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© Sofico

Le gouffre en face

Chaque année, environ 30 millions de véhicules étrangers empruntent le réseau belge sans en supporter le coût. La vignette vise donc à corriger cette réalité. Cela dit, les besoins en entretien et rénovation des infrastructures dépassent de très loin ce que la vignette rapportera.

La Flandre évalue à plus de 10 milliards d’euros les investissements nécessaires dans ses ponts, tunnels et chaussées sur la prochaine décennie. Les 200 millions annuels de la vignette couvriraient donc un cinquième de ce retard en dix ans. En Wallonie, le gouvernement consacre déjà 700 millions d’euros par an à ses routes. Les 120 millions supplémentaires représenteraient donc 17 % de cette enveloppe. Quant à Bruxelles, la rénovation du seul tunnel Annie Cordy a coûté 265 millions d’euros. Et comme la Région compte 25 autres tunnels, on se dit que les revenus de la vignette ne vont pas permettre grand-chose...

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© Sofico

Un appoint seulement

La FEB et Voka flamand ont salué le dispositif. Côté wallon, le ministre de la Mobilité, François Desquesnes (Les Engagés) a promis que les recettes seraient intégralement affectées à l’entretien routier, sur le modèle de la Sofico, déjà financée par la redevance kilométrique des poids lourds. L’objectif est de ramener le cycle de rénovation des routes wallonnes de 14 à 8 ans. En Flandre tient le même engagement de principe.

Reste que la vignette ne constitue qu’un appoint. Elle ne règlera ni le déficit d’entretien ni le retard accumulé sur les ouvrages d’art. En outre, vu la situation financière de la Belgique, rien ne garantit qu’une urgence budgétaire ne poussera pas les gouvernements à boucher d’autres trous que ceux des routes avec cette manne. Il faudra voir dans cinq ans, si elle aura bien servi à ce qu’on nous promet aujourd’hui. À suivre donc...

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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