Le blocage du détroit d'Ormuz a propulsé les prix de l’essence et du Diesel vers des sommets. Pour les ménages, la situation est de plus en plus intenable, car l’énergie élevée influe sur tous les secteurs. Une inflation forte est donc de retour. Le gouvernement évoque bien le cliquet inversé, mais la marge de manœuvre du gouvernement est en fait proche de zéro dans le contexte budgétaire actuel. À moins d’un miracle donc, les automobilistes ne doivent rien attendre de ce côté.
Mais de l'autre côté de la frontière, en France, l’automobiliste dispose d’alternatives, notamment avec le superéthanol E85, ce mélange de 85 % de bioéthanol et d'essence qui s'affiche autour de 0,83 euro/l. Et pourquoi pas en Belgique Interrogé par la DH, le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés) a relancé une étude sur la place des carburants renouvelables dans les transports belges. Et voici ce qu’il en est...
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Déjà entendu ?
Le cabinet du ministre déroule un vocabulaire soigné autour des paramètres à étudier : il y a celui de la durabilité, du bilan climatique, de l'origine des matières premières et de la préservation des puits de carbone. Il assure n'avoir aucune position préconçue et vouloir identifier avec pragmatisme les filières crédibles. Sur le papier, la démarche est méthodique, prudente et même raisonnable. Mais elle n'engage à rien non plus. Et d’autant moins que cette scène, on l'a déjà vue à plusieurs reprises. En mai dernier, Crucke avait déjà annoncé ouvrir le débat, comme ce fût le cas avant par d'autres politiques qui avaient promis d'examiner sérieusement la question. À chaque flambée des prix à la pompe, la même idée resurgit dans le débat public, portée par les mêmes arguments de pouvoir d'achat. Et à chaque fois, c’est la même réponse qui est donnée : on étudie la question.
Le secteur agricole ne suivra pas
Mais qu'est-ce qui coince ? Pour le comprendre, il faut comprendre la raison d'être du bioéthanol français. La France est quasiment autonome sur le plan agricole et c'est précisément pour écouler ses surplus de betterave et de céréales qu'elle a bâti sa filière, faisant de l'E85 un débouché autant qu'un carburant. C’est aussi une façon de financer l'agriculture.
Mais la Belgique ne joue pas dans cette catégorie. Et c'est tout le problème. Nos producteurs sortent bien quelque 600 millions de litres de bioéthanol par an selon la filière, mais 200 millions de litres partent déjà dans l'essence E10 vendue à nos pompes tandis que le reste s'exporte. Il ne reste donc plus grand-chose pour alimenter un potentiel marché E85 belge. En outre, pousser la production supposerait des surfaces agricoles que notre pays n'a tout simplement pas. Et l'actualité vient le rappeler avec une cruauté particulière : la canicule de 2026 a laminé les récoltes de betterave. La messe est dite.
Le piège fiscal
Mais restons positifs – ou rêvons un instant – et admettons que l'État décide de sauter le pas et qu’il adopte l’arrêté royal qui dort dans le tiroir depuis des lustres et que l’E85 arrive dans les stations-service. Mais même avec ce scénario a priori favorable, l’automobiliste belge déchanterait vite.
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Car le litre dépasserait les 2 euros, soit à peu de chose près le prix de l'essence... Et cette estimation est fondée puisqu’elle provient de la filière belge du bioéthanol. En réalité, si nos voisins paient si peu, ce n'est pas en raison du carburant, mais à sa défiscalisation. En effet, pour soutenir ses agriculteurs, la France a ramené au minimum européen les accises sur l’éthanol, soit autour de 36 euros/1.000 litres. Or, la Belgique n'a jamais suivi cette voie. Elle taxerait l'éthanol comme l'essence avec un niveau d’accises oscillant entre 50 et 56 euros/1.000 litres. Rendre l'E85 attractif supposerait donc une défiscalisation. Le SPF Finances reconnaît d’ailleurs que la loi n'offre aujourd'hui aucun incitant aux biocarburants. Il faudrait donc une volonté politique claire qui jusqu’ici n’existe pas et ne se profilera probablement jamais. Un litre de carburant à un euro reste donc une illusion.
Pour le frontalier ?
Cela dit, pour les automobilistes qui n’habite pas trop loin de la France, rouler à l'E85 n’est pas interdit en Belgique. Seule la vente l'est. Un automobiliste peut donc convertir sa voiture essence et faire le plein en France en toute légalité, à condition de passer par un boîtier homologué qui est facturé autour de 500 à 600 euros pour une entrée de gamme. Il faut ensuite déclarer la modification au contrôle technique et à la DIV, comme pour une installation LPG. Une reprogrammation sauvage est certes moins chère (200 à 300 euros), mais elle est illégale et sera recalée au contrôle technique. L'opération n'a donc de sens que pour le frontalier, celui qui vit assez près d'une pompe française pour amortir et le boîtier et le détour, même si son moteur peut aussi toujours rouler à l’essence. Mais pour tous les autres automobilistes, le superéthanol est à oublier.
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