Depuis plusieurs mois maintenant, les automobilistes belges grimacent devant les prix affichés à la pompe. Depuis que les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran ont embrasé les marchés pétroliers fin février, le litre de Diesel a franchi la barre des 2,51 euros, un record historique. Dans les journaux, l’explication est implacable : la guerre fait monter les tarifs du brut et le brut fait monter les prix la pompe. Sauf que ce mécanisme n’est pas tout ) fait exact. En effet, il existe une autre raison de la montée des prix, comme l’explique le Dr Steffen Bukold, un expert en énergie mandaté par Greenpeace Allemagne. Pour lui, les compagnies pétrolières ont considérablement renforcé leurs marges bien au-delà de ce que justifie la seule hausse du baril. Comment font-ils ?
#Surprofits de l'industrie pétrolière: 1,26 milliard rien qu’en Belgique soit 5,4 millions d’euros par jour pour l’industrie pétrolière belge », assure l’association de défense de l’environnement Greenpeace qui a analysé les données du 1er mars au 19 octobre 2026…
— michel henrion (@michelhenrion) October 29, 2026
25 centimes de trop ?
L’explication est la suivante : le prix maximum à la pompe en Belgique est calculé à partir du prix du carburant déjà raffiné, tel qu’il se négocie sur le marché de Rotterdam et donc pas à partir du prix du pétrole brut. Et ça change tout, car quand un raffineur comme TotalEnergies ou Shell décide de prendre plus de marge, le prix du carburant raffiné monte à Rotterdam ce qui fait aussi grimper les prix belges à la pompe. L’automobiliste va donc payer plus cher et le système de contrat-programme belge considère que tout est normal. En réalité, le contrat de programme empêche simplement le gérant d’une station de gonfler sa propre marge en vendant au-dessus du plafond. Par contre, ce que le raffineur capte en amont, personne ne le contrôle...
Publicité – continuez à lire ci-dessous
L’étude commandée par Greenpeace à Steffen Bukold permet donc de mesurer ces marges. L’expert a comparé l’écart entre le prix du brut et le prix à la pompe hors taxes en janvier et février 2026 (avant la guerre donc) à celui de la période qui a suivi entre mars et octobre. Et le constat, c’est qu’en Belgique, cet écart a grimpé de 25 centimes/l pour le Diesel et de 15,1 centimes/l pour l’essence. Et dans cette évaluation, le prix du brut est déjà déduit tandis que les coûts de raffinage et de distribution sont restés globalement stables. Ces centimes sont donc des marges supplémentaires captées au niveau du raffinage. Les résultats trimestriels des pétroliers le confirment : la marge de raffinage de TotalEnergies est passée de 13,5 à 33,2 dollars/baril entre le deuxième et le troisième trimestre 2026 et celle de Shell de 24 à 42 dollars/baril. Un comble alors que les installations de ces entreprises n’ont pas du tout été impactées par les guerres, que ce soit en Iran ou en Ukraine.
Selon l’étude, la Belgique se classerait quatrième dans l’Union européenne pour les surprofits par litre, derrière le Danemark, l’Allemagne et l’Espagne. Au total, 1,26 milliard d’euros de bénéfices excédentaires ont été engrangés seulement huit mois, soit 5,4 millions d’euros par jour.
Ce montant serait disproportionné pour notre petit pays : la Belgique absorberait en effet 3,5 % des surprofits européens alors qu’elle ne représente que 2,6 % de la population de l’Union. Mais il y a une explication : le port d’Anvers abrite des raffineries de TotalEnergies et d’ExxonMobil et comme c’est lors de la phase de raffinage que les marges explosent... À l’échelle des Vingt-Sept, Steffen Bukold estime que l’addition atteindrait 36 milliards d’euros, avec un record en septembre où il y aurait eu 7,3 milliards sur ce seul mois.
L’automobiliste s’attend donc à ce que la hausse du Diesel ou de l’essence reflète celle du baril de Brent. Or l’étude de Steffen Bukold compare la marge brute par litre avant la guerre, soit en janvier et février 2026, à celle de la période allant de mars à octobre. Et en Belgique, il constate que l’écart atteint 25 cents/litre pour le Diesel et 15,1 centimes/l pour l’essence.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Le raffinage explose
Les résultats trimestriels des pétroliers publiés fin octobre confirment ces surprofits. Repsol affiche un bénéfice net en hausse de 389 % sur un an, Shell de 127 %, TotalEnergies de 122 %. L’activité de raffinage de TotalEnergies illustre à lui seul l’ampleur du phénomène : il est passé de 687 millions à 3,5 milliards de dollars entre le troisième trimestre 2025 et le troisième trimestre 2026.
Certains observateurs vont encore plus loin. Selon Bertrand Candelon, professeur de l’UCLouvain interrogé par la RTBF, ces marges ajouteraient jusqu’à 40 centimes/l au prix de l’essence.
Déjà-vu politique
Mais pourquoi alors ne pas taxer ces surprofits, surtout à l’heure d’un bouclage budgétaire des plus problématique ? En fait, la Belgique l’a déjà fait. En 2022, lors du choc énergétique lié à la guerre en Ukraine, le gouvernement Vivaldi avait instauré une contribution de solidarité sur le secteur pétrolier. Elle avait rapporté environ 600 millions d’euros. Mais cette taxe fait aujourd’hui l’objet d’un recours devant le Tribunal constitutionnel et cette insécurité juridique bloque tout. Le ministre de l’Énergie Mathieu Bihet (MR) préfère dès lors attendre une solution européenne coordonnée, car il craint qu’une taxe belge isolée pourrait pousser les raffineurs à délocaliser.
À l’échelle européenne, les choses bougent lentement. Six pays, dont l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, réclament un cadre fiscal commun. Les travaux auraient commencé, mais de là à savoir quand ils atterriront. En attendant, il faudra continuer à payer.
Des milliers de conducteurs belges suivent déjà Gocar pour rester informés et découvrir les meilleures offres d'occasion et neuves. Vous aussi, restez informé :