Le chiffre qui donne le vertige. En 2025, l'ensemble des services de police belges ont enregistré 10.060.037 infractions routières. Pour la première fois, le cap des 10 millions d’amendes est donc franchi. Pour la comparaison en 2020, on en était encore à 5,3 millions (puis à 8,42 millions en 2023 et à 9,2 millions en 2024). C’est donc un doublement en cinq ans. Et on sait pourquoi : c’est l’explosion du nombre de radars-tronçons ces dernières années qui est à l’origine de ces chiffres. Quatre infractions sur cinq concernent la vitesse, soit environ 8,4 millions de PV, l'équivalent de 23.000 flashs quotidiens.
Plus répressif que la France
Pour se rendre compte de la situation, il faut procéder à une comparaison. La France est souvent citée comme l’une des championnes européennes de la sanction routière. Mais les résultats belges nuancent cette affirmation. Avec 68 millions d'habitants, l’Hexagone a enregistré 27,6 millions d'infractions en 2024 – radars et PV électroniques confondus, mais hors stationnement – pour des recettes dépassant les 2 milliards d'euros. Impressionnant, mais seulement en apparence. Car rapporté à la population, ça donne environ un PV pour 2,5 habitants. Or, avec 11 millions d'habitants et 10 millions de PV, la Belgique frôle le ratio de un pour un. Le conducteur belge est statistiquement bien plus contrôlé que son voisin français.
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Le radar à 8 millions
En Belgique, un seul radar incarne cette intensité. Celui du ring d'Anvers, à hauteur de Deurne (une caméra dans la berme centrale), juste avant le bypass vers les Pays-Bas. En 2025, il a flashé 116.000 automobilistes, soit 13 par heure pour des revenus bruts estimés à 8 millions d'euros. C’est juste colossal, car le radar le plus prolifique de la région gantoise a épinglé 20.000 automobilistes et celui de Saint-Gilles à Bruxelles 35.000. Ce dernier est toutefois hors service, mais il va être bientôt remplacé par un radar-tronçon.
On pourrait croire que le chiffre de dix millions de PV constitue un plafond. Ce serait une erreur. Dans son accord datant de février 2025, le gouvernement fédéral a inscrit le déploiement des caméras ANPR intelligentes pour détecter l'usage du téléphone au volant. On parle aussi de l’entrée en vigueur d’une forme de permis à points tandis que VIAS, de son côté, plaide pour réduire la marge technique de tolérance fixée actuellement à 6 km/h sous les 100 km/h et 6 % au-delà, à 3 km/h et 3 %. Il est tout à fait évident que si ce resserrement devait se produire, il fera encore gonfler le volume de PV... que les parquets peinent déjà à absorber. Un projet de loi en examen en 2026 vise d'ailleurs à allonger de 14 à 30 jours le délai légal d'envoi des procès-verbaux. Officiellement pour soulager les centres de traitement. Mais n’est-ce pas plutôt pour en traiter plus encore ?
Les mauvaises cibles
Dans les 10 millions de PV, on l’a dit, la majorité, c’est des excès de vitesse. Et parmi ces infractions, 78 % sont des dépassements inférieurs à 10 km/h. Comme on l’a déjà dit, le dispositif frappe en priorité le conducteur distrait, celui qui passe à 54 km/h dans une zone 50 par inadvertance. Mais ce système-là ne fait pas grand-chose pour les récidivistes ou les vrais fous du volant, ceux qui blessent et qui tuent. Les faits divers le montrent chaque semaine : dans les villes les rodéos urbains se multiplient et les forces de l’ordre sont désemparées pour y mettre fin. Or, c’est là qu’est le vrai danger, même si un excès de vitesse reste un excès de vitesse. On ne le conteste pas. Ce qui manque, c'est une hiérarchie dans le ciblage.
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