Deux fois plus d'infractions en sept ans : qu’est-ce qui a vraiment changé sur les routes belges ?

Le contraste est saisissant : en 2017, la Belgique comptait 4,7 millions d'infractions routières et, sept ans plus tard, ce chiffre a doublé, atteignant 9,2 millions d’unités. Cette situation n’est évidemment pas le signe que les Belges conduisent deux fois plus mal. Cela provient surtout du fait que le système a été reconfiguré pièce par pièce. Et en Europe, c’est assez unique...

Publié le 2 mai 2026
Temps de lecture : 6 min

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Deux fois plus d'infractions en sept ans : qu’est-ce qui a vraiment changé sur les routes belges ?

Le nombre d’infractions routières a explosé en Belgique ces dernières années. De 4,7 millions de PV en 2017, on est donc passé à 9,2 millions en 2024. Et 2025 s’annonce aussi sous les meilleurs auspices (pour les autorités) puisque les premiers résultats laissent augurer plus de 10 millions d’infractions relevées (5,028 millions sur le premier semestre). La progression est continue et elle ne doit surtout rien au hasard. Trois mécanismes l'expliquent, chacun avec sa propre incidence. 

La tolérance, c'est fini

On l’a déjà dit : le gros du chiffre ne vient pas des fous du volant. En effet, 5,6 millions des 9,2 millions d'infractions de 2024 concernent un dépassement de moins de 10 km/h. Car avant 2023, ces situations ne donnaient généralement pas lieu à un PV. La marge de tolérance (un seuil fixé par la justice, distinct de la marge d'erreur technique des radars) protégeait le conducteur légèrement au-dessus de la limite. Elle a été supprimée. Depuis lors, tout dépassement mesurable devient une infraction constatée. Une marge d'erreur technique subsiste : en pratique, un radar ne sanctionne qu'à partir de 6 km/h au-delà d'une limite inférieure à 100 km/h. Mais le filet s'est considérablement resserré. Ça, c'est la première explication.

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Plus de filets

Le chiffre est incroyable : près de 4.000 appareils fixes, mobiles et tronçons quadrillent aujourd'hui le territoire. Ramenée à sa population, la Belgique affiche une densité de 422 radars par million d'habitants. Un record en Europe qui nous place loin devant la France (50) ou l’Allemagne (57).

La comparaison avec nos voisins peut être poussée plus loin encore. En France, le nombre d'infractions tourne autour de 27 à 30 millions depuis 2017, stable. Aux Pays-Bas, environ 8 millions par an, sans augmentation notable. En Allemagne enfin, c’est le même scénario, même si le système décentralisé ne permet pas de comptage national exhaustif – seules les infractions graves sont centralisées et elles sont stables (à 4,7 millions). Nulle part ailleurs le doublement belge ne s'observe.

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La Belgique n'est pas le pays où l'on roule le plus mal. C'est par contre probablement le pays où l'on flashe le mieux. En deux ans, le nombre de radars tronçons en Flandre a quintuplé : de 246 à 1 233 dispositifs. La Wallonie, longtemps à la traîne, maintient de son côté un rythme de 150 nouveaux appareils par an. Le réseau grossit des deux côtés de la frontière linguistique. La tendance est claire, et elle n'est pas près de s'inverser.

La machine derrière

La capacité à distribuer des PV provient aussi d’une réorganisation logistique. Avant 2017, un agent flashait quatre heures puis rentrait analyser ses images quatre heures. La même journée, mais divisée en deux. Aujourd'hui, il flashe par contre pendant huit heures, car le Centre régional de traitement (CRT) a absorbé la partie administrative. Les images partent directement vers un hub centralisé qui automatise la constatation, la validation et le traitement. Chaque zone de police a récupéré une capacité opérationnelle entière. L'effet est donc cumulatif.

Sécurité ou recettes ?

Le nombre de morts sur les routes belges en 2025 a été historiquement bas : 445 personnes contre 740 en 2015. La tendance de fond est réelle et on ne va pas s'en plaindre. VIAS explique cette réduction par la combinaison de trois facteurs : la multiplication des zones 30, la hausse des contrôles et l'essor des systèmes d'aide à la conduite.

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Sur les autoroutes, les radars tronçons ont clairement joué un rôle, car le nombre de tués y a été divisé par plus de deux en quelques années. C'est là où la corrélation est la plus nette, parce que les vitesses pratiquées y étaient réellement dangereuses. Mais en 2025, les accidents corporels sont en hausse de 3 %. Il n’y a donc pas moins d’accidents, mais les accidents sont en revanche moins mortels.

Ce que le chiffre cache

Selon VIAS, la traque des automobilistes ne serait toutefois pas encore suffisante comme l’institut l’indique à nos confrères de La Libre. VIAS estime en effet que les Belges lèvent le pied surtout par peur des radars et des amendes, comme le révélait une étude récente. L’organisme estime donc qu’il y a encore du travail pour que les automobilistes se plient au Code dans une optique de sécurité routière et pas de crainte d’être sanctionné. VIAS pense donc que les radars ont toute leur utilité.

On ne peut toutefois pas s’empêcher de penser qu’il manque une pièce au raisonnement. Il faut en effet rappeler que plus de 70 % des infractions constatées concernent des dépassements de moins de 10 km/h. Elles sont donc le fait de conducteurs distraits et pas de récidivistes.

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Le vrai enjeu de la sécurité routière n'est pas tant d'attraper plus de conducteurs, mais c'est d'attraper les bons, c’est-à-dire les grands contrevenants, les comportements réellement létaux. Ce travail-là demande de la présence humaine, de la stratégie, du ciblage. Il ne se délègue pas à un boîtier en bordure de route. Or la tendance est exactement inverse : il y a toujours plus d'automatisation et de radars. Pendant ce temps, les rodéos urbains se multiplient dans les grandes villes belges, la police est ouvertement défiée et personne ne semble avoir de réponse.

VIAS lui-même l'admet en creux, en réclamant une approche ciblée à l'égard des récidivistes. Mais elle n’existe toujours pas. Or se cacher derrière des dispositifs automatisés, c'est commode. Ça coûte moins cher en effectifs et ça rapporte plus d'un demi-milliard d'euros par an. Mais une politique qui échoue à neutraliser les vrais dangers, ce n'est pas une politique de sécurité, c'est une politique de rendement. La nuance est là.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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