Le 26 mai 2026, peu après huit heures du matin, un minibus scolaire s'est engagé sur le passage à niveau de Vierhuizen à Buggenhout alors que, a priori, les barrières étaient abaissées et le feu rouge allumé. Un train arrivait à 90 km/h et, malgré sa phase de ralentissement avant son arrêt prévu en gare, son freinage d'urgence n'a pas suffi. Quatre personnes ont perdu la vie : le chauffeur de 49 ans, l'accompagnatrice de 27 ans, et deux adolescents de 12 et 15 ans. Cinq autres jeunes restent hospitalisés dans un état grave. Les enquêteurs cherchent encore pourquoi le conducteur n'a pas respecté les signaux. Retracer les raisons de ce drame sera probablement long.
A train crashed into a school minivan at a level-crossing in the Belgian town of Buggenhout, killing four people including two with special needs https://t.co/DApS9G2VNE pic.twitter.com/RF4lySoHx0
— Reuters (@Reuters) May 26, 2026
La Belgique compte aujourd'hui 1.600 passages à niveau actifs sur son réseau ferroviaire selon le porte-parole d’Infrabel, Frédéric Sacré. Depuis la création d'Infrabel en 2005, 471 d’entre eux ont été supprimés et remplacés, quand c’était possible, par des ponts, des tunnels ou des voiries parallèles. Mais c'est un travail de longue haleine dans un pays où le réseau ferroviaire est parmi les plus chargés d'Europe.
Cela dit, les efforts portent leurs fruits : en 2025, 29 accidents aux passages à niveau ont été enregistrés contre 45 à 50 accidents annuels durant la décennie 2010. Selon les données d’Infrabel, 74 % des passages à niveau belges se situent en Flandre où se concentrent aussi 90 % des accidents. Et 80 % d’entre eux trouvent leur origine dans le non-respect du Code de la route ou une imprudence. Il faut dire que le principal ennemi sur ces croisements, c'est rarement la malchance.
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Un mort par mois
Franchir un passage à niveau dont le feu rouge clignote ou s'engager alors que les barrières se baissent constitue une infraction du 4e degré, la plus grave du Code de la route belge. On se trouve donc au même niveau que la conduite sous influence ou les excès de vitesse les plus sévères. L'amende peut aller de 320 à 4.000 euros et la déchéance du droit de conduire est systématique.
Selon l'avocat spécialisé Bruno Gysels, les parquets transmettent systématiquement ces dossiers devant le Tribunal de Police où un retrait de 15 jours est prononcé automatiquement. Les conducteurs ne peuvent pas s'en tirer avec une simple perception immédiate. Et il faudra donc encore ajouter l’amende et les frais de justice. La facture atteindra vite entre 500 et 1.000 euros, selon Bruno Gysels.
Mais ce qui pourra surprendre les automobilistes, c'est l'absence totale de gradation pour cette infraction. En effet, le Code de la route traite tous les comportements à l'identique que ce soit pour celui qui forcer délibérément le passage à niveau fermé, qui redémarrer quelques secondes avant que le feu repasse au blanc ou celui qui s'engage alors que les barrières commencent tout juste à descendre. Ça peut sembler disproportionné, mais c’est comme ça et ça vaut aussi pour les piétons et les cyclistes qui se feront aussi retirer de facto leur permis de conduire – s’ils en ont un toutefois.
Des agents assermentés veillent
Depuis la loi du 27 avril 2018 sur la police des chemins de fer, Infrabel, la SNCB et Securail (le service de sécurité ferroviaire de la SNCB) disposent de surcroît d'agents constatateurs désignés nominativement par arrêté royal et assermentés. Leur mission première est la lutte contre les intrusions sur les voies et les infractions à la loi ferroviaire. Ils ne peuvent pas agir seuls sur les infractions au Code de la route : c'est la Police des Chemins de fer ou la police locale qui dresse les procès-verbaux.
Mais ils participent aux opérations coup de poing organisées conjointement avec ces forces de l'ordre, sur des passages à niveau identifiés comme problématiques. Frédéric Sacré, porte-parole d'Infrabel, le confirme : « les agents constatateurs n’ont pas les pouvoirs de la police, mais ils sont associés aux opérations ponctuelles de la police du rail. » Ces opérations débouchent quoi qu’il en soit directement sur des verbalisations et des renvois devant le tribunal.
Sur le plan technologique, les caméras installées aux passages à niveau sont des outils purement techniques destinés à détecter des anomalies d'infrastructure comme une barrière défaillante, un obstacle sur les voies. Il ne s’agit donc pas d’outils de verbalisation. Cela dit, un projet de déploiement de caméras ANPR est à l’étude et il permettrait de constater automatiquement les infractions. Il se heurte toutefois encore à des questions non résolues sur la protection de la vie privée et la chaîne de transmission des images vers les autorités. Si le parallèle avec le projet gouvernemental de détection du téléphone au volant vous fait sourire, c'est normal parce que les points de blocage sont exactement les mêmes.
Trois secondes, pas plus
Il y a enfin ce scénario que personne n'anticipe vraiment : la voiture en panne sur les voies ou bloquée par un trafic dense que l'on n'avait pas vu venir. Si ça vous arrive, le réflexe est contre-intuitif, mais vital. Il faut quitter immédiatement le véhicule, s'éloigner le plus possible des rails et composer le 1711 qui est le numéro d'urgence gratuit d'Infrabel disponible 24h/24. Sur chaque poteau de passage à niveau figure un autocollant portant un code de localisation qu'il faut communiquer à l'opérateur, lequel peut alors interrompre le trafic. Mais encore faut-il le savoir...
Bruno Gysels s’étonne d’ailleurs de cette situation. D’expérience, il a du défendre devant la justice des dizaines de fois les cas de redémarrage de conducteurs trop pressés (lorsque le feu n’était pas encore redevenu blanc), mais jamais celui-ci. Or pour lui « les cas de ceux qui s’engagent alors que c’est interdit – car ils vont s’immobiliser sur les voies parce qu’ils n’ont pas vérifié préalablement qu’ils pourront dégager les voies – méritent au moins autant d’attention, car ce sont des comportements plus dangereux encore. »
En 2024, ce numéro a permis d'éviter au moins une vingtaine de collisions. Prenez dix secondes pour l'enregistrer dans votre téléphone maintenant, c'est exactement le temps qu'il vous faudra pour ne plus y penser.
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