Selon ue étude, les six plus grandes industries du pétrole (soit Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, ExxonMobil et TotalEnergies) cumuleront cette année 93 milliards de dollars de bénéfices. Si on fait le compte sur une année, cela correspond à un gain de 2.967 dollars par seconde. Le contraste avec 2025 est saisissant, car le bénéfice quotidien dépasse de 37 millions de dollars celui de l’année passée. Ces chiffres ont été publiés par Oxfam Novib à la veille de la première conférence internationale sur l'abandon progressif des combustibles fossiles qui se tient en Colombie.
Taxer les superprofits
Ce qu’il faut rappeler, c’est que les automobilistes européens ne sont pas de simples spectateurs impuissants dans cette histoire. Selon l'ONG Transport & Environment, les compagnies pétrolières engrangeront cette année 24 milliards d'euros de superprofits grâce au seul trafic routier européen. Chaque Belge qui fait le plein pour son trajet domicile-travail contribue évidemment à alimenter ces profits records. C’est beaucoup. Et sans doute trop. Et c'est ce que souligne également le rapport d'Oxfam : une enquête menée dans sept pays européens montre que près de 70 % des personnes interrogées se déclarent favorables à ce que les pouvoirs publics taxent ces superprofits.
Mais il y a plus préoccupant : chaque consommateur contribue en fait à doubler les revenus des compagnies pétrolières. Rien que pour la Belgique, on estime en effet qu'entre 16 et 18 milliards d'euros sont ainsi dépensés chaque année dans les énergies fossiles, via des subventions, des avantages fiscaux et d’autres mécanismes. La Commission européenne avait d'ailleurs déjà épinglé la Belgique à ce sujet.
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Mais comment diable cet argent est-il mobilisé ? Et bien tout simplement via les cartes carburant et les voitures de société qui pèsent à elles seules pour 4,2 milliards d'euros. Cela dit, parmi les autres « contributions », il faut aussi citer l’absence d'accises sur le kérosène ou les carburants maritimes, ce qui représente encore 976 millions d'euros. Enfin, il faut aussi compter avec l’exonération de TVA sur les billets d'avion, ce qui constitue une autre manne de 180 millions d'euros. Et il y a encore bien d’autres systèmes en place.
Le constat est donc implacable : le Belge doit payer des prix élevés à la pompe, les compagnies pétrolières empochent les bénéfices (de manière disproportionnée d’ailleurs, car le pétrole moins cher qui provient d'autres régions que le Moyen-Orient profite lui aussi de la flambée des prix) tandis que l'argent public subventionne le tout.
Cette situation est bien évidemment le résultat de deux dynamiques indépendantes qui se superposent : un régime fiscal hérité du passé et une guerre bien actuelle. Mais cela ne fait qu'amplifier les appels à une contribution du secteur pétrolier lui-même. Plusieurs responsables politiques plaident pour une taxe exceptionnelle sur ces superprofits. Un juste retour des choses ?
Plus facile à dire qu'à faire
Cela dit, avoir l’intention est une chose et la concrétiser en est une autre. Les compagnies citées opèrent à l'échelle internationale et utilisent des montages complexes qui passent souvent par des paradis fiscaux pour échapper à l'emprise des États. L'essentiel de leurs revenus se fait à la source, là où elles extraient le pétrole. Or, la Belgique n'a aucune prise sur ces régions ni sur celles où sont établis leurs sièges sociaux. De surcroît, la notion même de superprofit devrait aussi être mieux définie juridiquement. Où commence-t-elle, où s'arrête-t-elle ? La question reste aujourd’hui floue. Dès lors, établir une définition qui tienne devant les tribunaux est un sacré défi.
Le cabinet du Premier ministre De Wever est conscient que la Belgique dispose de peu de leviers face aux géants pétroliers. Et il souhaite de ce fait qu'une initiative européenne soit initiée. Cela s'est déjà produit avec la guerre en Ukraine lorsque les dirigeants internationaux ont voulu éviter que les compagnies énergétiques n'en profitent trop. Une contribution de solidarité avait alors permis de récolter 26 milliards d'euros au niveau européen, dont 2 milliards en Belgique.
Mais cette fois, l'Europe se montre moins pressée. Le marché est très volatil, tout comme l'est la politique de Donald Trump. Et comme le vent peut rapidement tourner, les institutions préfèrent dès lors renvoyer la balle aux États membres, ne serait-ce que parce qu'atteindre un consensus à vingt-sept est par définition un travail de longue haleine.
Les chances que la Belgique puisse récupérer quelques milliards auprès des compagnies pétrolières (comme le proposent les partis de gauche) sont donc minces. Hasard du calendrier : les recettes tirées de la guerre en Ukraine sont actuellement contestées devant les tribunaux. Si les compagnies énergétiques obtiennent gain de cause, les sommes perçues devront être remboursées. Les experts s'accordent à dire qu'une solution structurelle reste la meilleure voie : tourner la page du pétrole et mettre le cap, à pleine vitesse, vers les énergies renouvelables. Mais là encore, on sait que c’est plus facile à dire qu’à faire...
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