Le 1er avril dernier, l’Allemagne a adopté la fameuse mesure « 12-Uhr-Regel ». Elle prévoit que les stations-service ne peuvent plus augmenter leurs prix qu'une seule fois par jour, à midi précis. En dehors de ce créneau, elles ne peuvent uniquement qu’abaisser les prix. Toute hausse est donc strictement interdite.
La démarche est naturellement faite pour protéger (un peu) les automobilistes. Elle oblige en effet les gérants ou les exploitants à calculer une fois par jour le juste prix, sans le laisser fluctuer au gré du marché de gros.
L'objectif était d'instaurer une certaine prévisibilité et d’éliminer chez les consommateurs la crainte de voir les prix grimper à n'importe quel moment de la journée. Forcément, l’intention est louable à l’heure de la guerre au Moyen-Orient et à la suite de laquelle les cours du pétrole sont secoués. Mais encore faut-il que tout le monde joue le jeu…
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Tirer son épingle du jeu
Sauf qu’une enquête de la chaîne publique allemande SWR a démontré que plus de 60.000 hausses de prix manifestement illégales avaient eu lieu au cours des trois premières semaines d'avril. Par exemple, une station du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie relevait ses prix chaque jour à 10h30 précises, d'exactement 15 centimes d'euro. En gonflant son prix dès 10h30, la station se couvrait contre d'éventuelles hausses imprévues sur le marché de gros en cours de journée. Et puisque la loi lui interdisait tout relèvement de tarif l’après-midi, mieux valait partir haut et baisser si nécessaire.
D'autres stations ont été prises à relever leurs prix juste avant ou pendant les heures de pointe, ce qui est également illégal. Une façon pour les exploitants de profiter de l'affluence accrue à ces moments-là. Au total, 3.800 stations-service allemandes, soit un quart du total, ont augmenté leurs prix au moins une fois en dehors du créneau autorisé. Dans les faits, il s'agissait d'un intervalle compris entre 11h55 et 12h05.
Sur le plan des contrôles, on constate que l'Allemagne se heurte aussi à la même complexité administrative que la Belgique. Le gouvernement fédéral a en effet renvoyé la responsabilité aux Länder (ou régions) qui ont indiqué à leur tour qu'aucun accord n'avait été formalisé à ce sujet.
Uniquement pour l'essence
Ces manquements avaient déjà été épinglés dans une étude menée par le Centre de recherche économique européenne de Mannheim et le Düsseldorf Institute for Competition Economics. Ces chercheurs avaient analysé début avril les prix des carburants dans 15.000 stations-service allemandes et avaient conclu que la « 12-Uhr-Regel » amenait les automobilistes à payer de 5 à 6 centimes de trop par litre d'essence. Pour le Diesel, cet effet n'avait pas été observé.
Les exploitants auraient donc gonflé leurs prix de vente avec une marge trop importante pour se prémunir contre d'éventuelles hausses survenant en après-midi ou le lendemain matin. Les automobilistes sont donc les grands perdants de ces mesures de protection.
Les chercheurs ont donc conclu que la mesure a eu un effet contre-productif : si elle a bien apporté davantage de transparence et de lisibilité, elle n'est pas parvenue à faire baisser le prix moyen. À noter que les Pays-Bas suivent néanmoins l'exemple allemand avec attention et étudient la possibilité d'instaurer une mesure similaire pour protéger leurs automobilistes face à la volatilité des prix des carburants. Rappelons qu’en Belgique, ce dispositif n’a pas cours : les prix maximums des carburants sont fixés par le SPF. Et personne ne peut y déroger.
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