La récente enquête de Pano diffusée sur la VRT la semaine dernière mettait en lumière des BMW Diesel susceptibles de s'enflammer spontanément. Sauf que la question posée tournait surtout autour des rappels techniques en après-vente et de leur bon suivi par les clients. Dans l’esprit des consommateurs, ce sont plutôt les voitures électriques qui brûlent. La conviction est ancienne, bien installée. Pour comprendre pourquoi elle résiste à toutes les données, il faut commencer par regarder comment l'information se construit.
Chaque incendie de véhicule électrique induit le même cycle : une vidéo circule sur les réseaux sociaux, les commentaires s'enchaînent et, logiquement, la conviction se renforce. Ce n'est pas une question de mauvaise foi, c'est une question de visibilité. Et c'est cette visibilité qui façonne l'opinion et malheureusement pas les statistiques...
La une pas les faits
Quand une voiture thermique prend feu dans une rue de Charleroi, les secours interviennent, l’affaire se règle avec les pompiers et les dépanneurs et tout le monde rentre chez lui. La presse locale n’a souvent pas fait le déplacement. En revanche, quand une hybride explose pendant sa recharge à Izegem, ça fait les journaux. Ça s’est passé en octobre 2025 et ça a fait la une des canards pendant plusieurs jours, car une voiture électrifiée qui brûle, ça dure plus longtemps.
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On le sait, la batterie peut entrer en emballement thermique, un phénomène auto-entretenu et difficile à stopper. Le pack peut en outre se renflammer des heures après une extinction apparente, ce qui oblige les pompiers à surveiller le véhicule bien au-delà de l'intervention. C'est spectaculaire, c'est filmé et le public retient. Or, ce déséquilibre n'est pas dans les statistiques, mais il est précisément dans la couverture médiatique. C'est là que naît le mythe.
La Norvège pour une autre vision
Et justement, il faut parler des données, car jamais on n’avait disposé de statistiques aussi récentes et abondantes. En Norvège, le DSB (Directorate for Civil Protection norvégien) est une autorité publique en charge de la sécurité civile du pays et il publie des statistiques d'incendies de véhicules ventilées par motorisation. Sur le premier semestre 2025, l’organisme a comptabilisé 0,034 incendie pour 1.000 véhicules électriques, contre 0,195 pour les thermiques, soit un rapport d’un à six en défaveur des voitures à moteurs à combustion. Et on ne pourra pas dire non plus que c’est parce qu’il y a moins de voitures électriques sur les routes, car en Norvège, 28,3 % du parc automobile roulant est 100 % électrique, soit 875.000 voitures à batterie sur un total de 3,09 millions de voitures. La comparaison n'est donc pas faussée.
Ce n'est pas la première fois que les données démontrent que la voiture électrique est moins victime d’incendies. En 2023, une étude suédoise publiée calculait déjà un risque 8 à 10 fois plus élevé chez les thermiques, mais avec une nuance posée par les chercheurs : le parc électrique est plus jeune et les voitures neuves cassent généralement moins. Avant encore, l’enquête australienne EV FireSafe (2022) chiffrait la probabilité d'incendie d'une batterie à 0,0012 %, contre 0,1 % pour un thermique. Et c’est le même constat chez l’International Council on Clean Transportation (ICCT) qui arrive aux mêmes conclusions dans une analyse d'octobre 2024. Les voitures électriques sont de plus en plus présentes, mais elles s’avèrent donc moins exposées aux incendies.
Deux moteurs, plus de risques ?
La Belgique ne dispose malheureusement pas de statistiques sur les incendies de voitures et donc de quelle part concerne les voitures électriques. Ce qu’on sait, c’est que comme ailleurs, les voitures à batterie sont de plus en plus nombreuses. Selon Statbel, notre pays comptait 395.188 voitures électriques au 1er août 2025. Ce sont les données les plus récentes.
On l’a vu, il n’y a donc rien qui permette de penser que les voitures électriques prennent plus feu que les autres, bien au contraire. Par contre, il y a d’autres types de véhicules concernés par les incendies et qui semblent plus à risque que tous les autres : les voitures hybrides. Selon une analyse publiée en 2022 par AutoInsuranceEZ à partir des données du National Transportation Safety Board américain, les hybrides concentreraient le risque incendie le plus élevé de toutes les motorisations : 3.475 incendies pour 100.000 véhicules vendus, contre 1.530 pour les thermiques et 25 pour les électriques. La raison avancée est simple : combiner un moteur à combustion et une batterie haute tension sous le même capot, c'est cumuler les sources d'inflammation potentielles des deux technologies à la fois. Le DSB ne publie pas de taux spécifique pour les hybrides, car seuls les électriques et les thermiques sont calculés par 1.000 véhicules. Mais pour les 846.000 utilisateurs de véhicules hybrides en Belgique, c'est une information qui mérite d'être connue.
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