L'essentiel de l'info :
· Le baril de Brent frôle de nouveau les 100 dollars après les frappes dans le détroit d'Ormuz. Les projections des grandes banques s'étalent désormais de 79 à 150 dollars selon la durée du blocage.
· La marge de raffinage a bondi au-delà de 70 dollars le baril, contre moins de 20 en temps normal, ce qui fait grimper les prix du Diesel et de l'essence bien plus vite que le brut lui-même.
· Le Diesel belge reste installé au-dessus de 2,30 euros sans que l'État n'active le moindre amortissement fiscal. Une passivité qui gonfle ses recettes de TVA et d'accises.
Rien ne va plus à nouveau entre les États-Unis et l’Iran. Ces derniers jours, six pétroliers ont été pris pour cible tandis que le trafic maritime dans la région est tombé à son plus bas niveau. Forcément, le baril de Brent a bondi pour venir frôler les 100 dollars. Le détroit d'Ormuz est redevenu le centre de gravité du marché pétrolier et, cette fois, ce sont les pétroliers eux-mêmes qu'on prend pour cible pour faire pression.
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Chez les consommateurs, une seule question se lit sur les lèvres : jusqu'où cela peut-il monter ? Et là, il faut bien avouer que les projections des plus grands analystes n'ont jamais autant divergé. L'agence américaine d'information sur l'énergie mise sur un baril moyen de 79 dollars en 2026, pariant sur un rééquilibrage tandis que la Banque mondiale table sur 86. Mais de leur côté, les grandes banques privées comme Goldman Sachs se tient autour de 90, quand Barclays et Morgan Stanley voient plutôt 100 à 110. Citi est la plus alarmiste et elle agite un scénario de rupture à 150 dollars si Ormuz reste bloqué au-delà de l'été. On y est presque. En fait, le seul paramètre convergent, c’est la durée de la fermeture du détroit.
Trois incendies
Cela dit, pour se faire une idée de la trajectoire des prix du pétrole, on regarde sans doute le mauvais indicateur. Car le vrai moteur de la flambée à la pompe, ce n'est pas le brut, c'est son raffinage, cette étape qui transforme le pétrole en carburant.
Or, trois chocs frappent simultanément les capacités mondiales de raffinage. D’une part, les raffineries russes sont pilonnées par les drones ukrainiens et elles tournent au ralenti tandis que, d’autre part, Moscou a prolongé l'interdiction d'exporter son Diesel, privant le marché mondial d’importants volumes. Enfin, les raffineries du Golfe sont elles aussi désorganisées par la paralysie d'Ormuz et elles peinent à écouler leurs produits finis. Au total, des installations représentant environ cinq millions de barils par jour de capacité sont hors service.
Résultat, la marge de raffinage s'envole. Cet indicateur, qui mesure ce que gagne une raffinerie en transformant le brut en carburant, a dépassé les 70 dollars par baril, là où il évolue d'ordinaire sous les 20. Transformer le brut en carburant n'a donc jamais rapporté autant et cette envolée se répercute directement sur le Diesel et l'essence qui grimpent désormais plus vite que le baril. Les analystes préviennent déjà que la crise du raffinage tiendra les prix élevés jusqu'en 2027, même si le détroit rouvrait demain.
Le calcul belge
Voilà pourquoi la facture belge grimpe alors que le baril, lui, plafonne. Le prix maximum que fixe le SPF Économie chaque jour ne suit pas le cours du brut, mais la cotation de l'essence et du Diesel déjà raffinés à Rotterdam. C'est donc la marge de raffinage qui commande le plafond à la pompe. Ce mardi matin, l'essence 95 E10 s'affiche à 2,058 euros/l et le Diesel B7 à 2,32 euros/l. Le carburant était brièvement redescendu autour des 2 euros/l au début de l'été, mais ça n'a pas duré.
Face à cette facture qui ne redescend pas, l'État belge s'abstient de tout geste. Et ça se comprend : un pétrole cher remplit les caisses publiques, en TVA et en accises. Le répit ne semble pas pour demain. Car ce qui commande la facture, ce n'est plus le baril, mais les capacités de raffinage et celles-ci ne se rétabliront pas d'un coup. Les analystes ne voient pas de vraie détente avant 2027, quand bien même Ormuz rouvrirait plus tôt. D'ici là, le Diesel et l'essence resteront hauts et l'État n'a aucune raison de s'en priver.
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