Lorsque les frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran ont éclaté fin février, le prix du baril de Brent a bondi en une semaine à plus de 116 dollars. Il oscille désormais autour de 96 dollars, ce qui semble plus raisonnable. Sauf que cela ne limite pas les dégâts pour l'industrie qui vont être durables. Le trafic dans le détroit d'Ormuz continue en effet d’être mis à mal. L'Iran n’entend en effet rouvrir cette artère que lorsque les États-Unis « rempliront leurs obligations ». Comprenez : quand Trump décidera de cesser ses actions militaires sur tous les fronts. Mais dans cette attente, le monde fait clairement face à l'une des plus grandes perturbations jamais connues dans l'histoire du transport de pétrole.
Logistique et plastique
Dans ce contexte, les pénuries menacent à nouveau, même s’il faudra probablement attendre l'automne pour s’en rendre compte. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que l’enjeu dépasse largement les prix du carburant à la pompe. En effet, depuis Toyota jusque chez Renault, nombreuses sont les marques automobiles qui tirent la sonnette d'alarme et avertissent que des hausses de prix sont désormais inévitables en raison d'une conjonction de circonstances.
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Pourquoi ? En réalité, le secteur automobile dépend à 90 % des produits pétroliers pour le transport de ses voitures assemblées. Forcément, les coûts logistiques augmentent. Mais il y a un autre aspect, moins visible : une grande partie des produits pétrochimiques destinés aux plastiques provient où transite également de la région du Golfe. Selon les estimations du cabinet de consultance AlixPartners, environ 30 % des pièces d'une voiture sont faites de plastique. Hyundai a déjà mis en garde sur ce sujet par la voix de son directeur financier, Seung Jo Lee : « En raison du conflit au Moyen-Orient et de la pression inflationniste, les prix des matières premières telles que les plastiques ont fortement augmenté. »
Prolifération des centres de données
Les analyses indiquent aussi qu’il faut s’attendre au pire pour l’aluminium. Or, les États du Golfe sont responsables de 9 % de la production mondiale. Si l'on exclut la Chine, difficilement accessible pour les marques occidentales, cette part grimpe à près du double. Le plus grand producteur d'aluminium au monde, Alba, a en outre réduit sa production de 20 %, ce qui a propulsé le prix de la tonne à un sommet depuis quatre ans. Il faut dire que cet alliage est essentiel dans les voitures modernes. Il est utilisé pour les blocs moteurs, les bras de suspension, les packs de batteries, et même pour le câblage de bord désormais.
Mais il ya d’autres éléments qui vont impacter le prix des voitures, autre que le secteur pétrochimique ou des métaux. On se souvient sans peine de la crise des semi-conducteurs à la suite du Covid. Et il se trouve qu’une nouvelle pénurie se profile. Non plus à cause de l'électronique grand public cette fois, mais en raison de la prolifération des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Ceux-ci ont fait exploser le prix de la mémoire qui est aussi indispensable tant aux systèmes d’infodivertissement qu’aux aides à la conduite. Et pour cause : le secteur de la Tech est prêt à mettre le prix pour s’adjuger ce qui traîne sur le marché. Des moyens que n’ont pas les constructeurs automobiles...
Répercuter ou absorber
Cette situation laisse les constructeurs automobiles face à un dilemme. « Lorsque nous observons un pic sur les matières premières, nous pouvons trouver avec les fournisseurs des moyens d'absorber cela. Mais ce que nous vivons aujourd'hui, ce n'est pas un pic. C'est une vraie tendance de fond », a expliqué le CFO de Renault, Duncan Minto. Sa marque s'attend pour le second semestre à une facture supplémentaire de 400 millions d'euros liée à la hausse des matières premières, soit le double des six premiers mois. Toyota table quant à elle pour cet exercice sur des coûts de matériaux de 7 milliards d'euros. Et le Japonais entend en répercuter la moitié sur le client via des augmentations de prix.
Pourtant, faire payer au client la facture n’est pas si simple, quoi qu’on en pense. La concurrence des voitures électriques chinoises bon marché est impitoyable et celui qui poussera trop ses prix vers le haut verra les clients d’en aller ailleurs. Mais la réalité est là : l’inédite conjonction de crises met le secteur entier sous pression et il n’est plus possible pour les industriels d’assumer la facture en rognant leurs marges. Reste la question que tout le monde se pose : quelle sera l’ampleur de l’augmentation des prix ? Personne ne le sait encore...
Bien qu’il soit la partie la plus visible de la crise, les prix des carburants ne sont donc pas le seul résultat de la guerre en Iran. Les matières premières augmentent aussi tandis que les rois de la Tech font exploser le prix des puces dédiées à la mémoire. Reste donc à voir ce qui attend l’automobiliste en quête d’une nouvelle voiture d’ici quelques semaines.
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