Quand Ferdinand Piëch prend la tête de Volkswagen en 1993, le groupe frôle la faillite. Le petit-fils de Ferdinand Porsche y impose l'ingénierie avant la comptabilité, ce qui peut paraître surprenant de premier abord… Et le célèbre dirigeant a un gros péché mignon : les moteurs multicylindres aux architectures inédites, comme les célèbres « VR », à savoir des moteurs en V dont l’angle entre les cylindres est si serré qu’ils partagent une seule et même culasse !
Le moteur en W, lui, pousse le bouchon encore plus loin en accolant deux blocs VR sur un même vilebrequin. Bien entendu, nos lecteurs étant de fin connaisseurs, vous avez certainement en tête le célèbre W16 de la Bugatti Veyron… Mais ce moteur n’était pas le seul à avoir épousé cette architecture : on se souvient du plantureux W12 qui a animé une belle kyrielle de modèles du groupe, ainsi qu’un bien plus énigmatique W8, qui n’aura animé que la VW Passat éponyme. Entre les deux, il y a eu encore plus improbable : un W10 !
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Pendant ce temps, en Bavière…
A la fin des années 90, chez BMW, une nouvelle référence vient de voir le jour : la BMW M5 E39. Cette berline hypersportive au V8 de 5 litres ne connaît tout simplement aucune véritable rivale. Rarement, dans l’histoire de l’automobile, un modèle aura autant écrasé la concurrence… D’ailleurs, dans le groupe VW, il n’y a aucun modèle capable lui faire opposition. L'équipe prend donc le problème à l'envers : elle s'offre la référence, une M5 sortie d'usine le 2 mars 1999, lui retire son V8 de 400 ch et glisse le W10 à la place. Culotté, non ?
Un projet secret!
Mené hors du département recherche et développement, sur ordre de Piëch, il aurait coûté près de 2 millions d'euros au groupe. Sabine Willeke, qui dirigeait l'équipe d'ingénieurs, affirme que la voiture a servi de véhicule personnel au patron pendant sa mise au point !
Une BMW bonifiée ?
En troquant son V8 contre ce W10, cette M5 gagne-t-elle au change ? Nous n’avons pas essayé la voiture pour vous donner la réponse, mais les chiffres sont assez éloquents : cubant toujours 5 litres, ce W10 entièrement en aluminium délivre 480 chevaux et 592 Nm de couple, soit 80 chevaux et 92 Nm de plus que la M5 de série ! La boîte manuelle à 6 rapports est conservée, mais l’ABS, l’antipatinage et le contrôle de stabilité sont désactivés, un calculateur autonome gérant le moteur.
Seule entorse visible dans l'habitacle : un tableau de bord Stack d'inspiration course remplace l'instrumentation d'origine. Faute de compteur kilométrique, impossible de savoir combien de kilomètres Piëch a avalés.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Une voiture et deux W10
D'après Sabine Willeke, seuls trois W10 ont été construits : l'un est resté en Allemagne, le deuxième accompagne la voiture comme moteur d'exposition, le troisième vit sous son capot. Aucun autre n'a animé une voiture de route. Comble de l’histoire, cinq ans plus tard, BMW dévoilera une nouvelle génération de M5, l’E60, au moteur… V10 !
Estimée de 250.000 à 350.000 € par Broad Arrow, la M5 a finalement été adjugée 360.000 € lors du Zoute Concours Auction, le 9 octobre 2026, à Knokke-Heist. Reste que ce prototype, immatriculé en Slovaquie, ne possède pas de certificat de conformité… Bon courage pour l’immatriculer dans les règles !
Trouvez votre futur ancêtre sur Autoclassic.be
Une question concernant les oldtimers ? Contactez la BEHVA
Des milliers de conducteurs belges suivent déjà Gocar pour rester informés et découvrir les meilleures offres d'occasion et neuves. Vous aussi, restez informé :