Les batteries solides pourraient changer la donne pour les voitures électriques. Elles promettent de stocker davantage d’énergie tout en pesant moins lourd, avec un risque d’incendie réduit. Mais si la technologie gagne progressivement en maturité, sa production reste complexe et coûteuse ! Des lignes pilotes fonctionnent un peu partout dans le monde, notamment chez BMW et PowerCo, le partenaire de Volkswagen dans les batteries. Il faudra toutefois encore attendre quelques années avant une production commerciale à grande échelle ! Le fait que de nouvelles lignes de production aient été mises en service en France et en Chine à une semaine d’intervalle est donc assez remarquable !
Ligne pilote ou production en série ?
Saft, la filiale de TotalEnergies spécialisée dans les batteries, a ouvert à Bordeaux deux lignes de production de batteries solides. Selon l’entreprise, les premières cellules atteignent une densité énergétique de près de 400 Wh/kg. L’objectif est de franchir le cap des 500 Wh/kg dans les prochaines années. À titre de comparaison, les bonnes cellules lithium-ion conventionnelles destinées à l’automobile affichent généralement entre 250 et 300 Wh/kg.
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As the first company in #France operating a dedicated #SolidState line, Saft is helping bridge the gap between breakthrough research and industrial-scale production, turning next-generation solid-state technology into reality.
— Saft (@Saft_batteries) September 18, 2026
This expertise was recently showcased during a visit… pic.twitter.com/zW8abaDmKt
Le hic ? Saft ne communique aucune capacité de production. Difficile, dès lors, de savoir s’il s’agit d’une ligne d’essai de grande taille ou de quelque-chose de plus costaud. Détail intéressant : Saft n’est d’ailleurs pas le premier fabricant européen de batteries solides. Également français, Bolloré en produit via Blue Solutions depuis une quinzaine d’années ! Toutefois, ces batteries polymères d’ancienne génération doivent fonctionner entre 60 et 80 degrés. Saft développe une technologie qui fonctionne à température ambiante, un avantage qui est donc important pour son utilisation concrète !
Des zones sèches qui coûtent cher
Les coûts de production constituent un obstacle majeur pour les batteries solides. Plusieurs acteurs, dont Toyota, Samsung SDI et Saft, misent sur des électrolytes à base de sulfures. Ceux-ci offrent une conductivité ionique élevée, mais sont particulièrement sensibles à l’humidité ! À son contact, ils peuvent se décomposer et libérer du sulfure d’hydrogène, un gaz toxique. La fabrication exige donc des conditions extrêmement sèches et parfois aussi une atmosphère sans oxygène. De quoi faire grimper le coût des grandes usines !
C’est ici qu’entre en scène GBT, pour Greater Bay Technology. Ce fabricant de batteries, soutenu par le groupe automobile GAC, a lancé le 13 octobre la production en série de cellules solides près de Guangzhou. Sa capacité initiale s’élève à 1 GWh, avec une possibilité d’extension à 4 GWh.
Toute l’astuce tient au fait que GBT n’a pas construit une usine entièrement neuve, mais reconverti une ligne lithium-ion existante. Cette solution repose sur une approche technologique différente : à la place d’un électrolyte à base de sulfures, l’entreprise utilise un électrolyte composite organique-inorganique, introduit à l’état liquide dans la cellule avant de se solidifier. Une grande partie des équipements de production existants peut ainsi être conservée !
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L’intérêt n’est pas seulement économique. GBT peut aussi continuer à produire des cellules lithium-ion conventionnelles sur le même site. Si la demande de batteries solides déçoit, l’entreprise peut à nouveau réorienter sa production. Et si le marché décolle, elle affirme pouvoir augmenter ses capacités à un coût relativement faible, sans les lourds investissements nécessaires à la construction de salles de production entièrement neuves à atmosphère contrôlée.
Des cellules testées selon une nouvelle norme
Mais là aussi, une sérieuse réserve s’impose : GBT annonce une densité énergétique comprise entre 260 et 480 Wh/kg, sans préciser les performances réellement atteintes par les premières cellules produites. Aucun chiffre concret n’est communiqué sur leur durée de vie ! Enfin, il reste à voir si la capacité promise peut être atteinte à des coûts compétitifs…
Le fait que les cellules aient déjà été testées selon la nouvelle norme chinoise GB/T 48093.1-2026, destinée à distinguer les batteries entièrement solides des variantes semi-solides, donne toutefois davantage de crédibilité à ces annonces. Pour info, cette norme n’entrera en vigueur qu’en 2028.
GBT a d’ailleurs déjà un lien avec l’Europe grâce à un accord avec Flynt, le constructeur néerlandais d’utilitaires électriques. Saft se limite pour l’instant à des applications spécialisées dans l’aéronautique et le spatial : il s’agit de petits volumes à fortes marges. La Chine semble donc prendre une longueur d’avance dans l’industrialisation des batteries solides. Mais tant que cette nouvelle méthode de production n’aura pas fait ses preuves à grande échelle, la percée reste, là aussi, loin d’être acquise.
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