Ne nous y trompons pas : ce que Stellantis et son partenaire américain Factorial ont mis en route dans une Dodge Charger Daytona n'est pas une batterie 100% solide. La cellule FEST (pour Factorial Electrolyte System Technology) repose sur une anode lithium-métal et un électrolyte quasi-solide à base de gel. C’est donc une batterie semi-solide. Car une vraie batterie solide remplace intégralement l'électrolyte liquide par un matériau solide (céramique, verre ou polymère), ce qui permet théoriquement d'atteindre des densités énergétiques de 450 à 500 Wh/kg.
Factorial annonce 375 Wh/kg sur ses cellules automobiles de 77 Ah, soit environ 40% de mieux que les batteries NMC. On reste sous le plafond théorique de l’électrolyte solide pur, mais le gain sur l'autonomie à poids égal est bien réel. Et surtout, cette architecture est précisément conçue pour être plus facile à fabriquer qu'une batterie solide intégrale. Car c'est bien là que tout se joue : dans la capacité à produire des millions de cellules sans faire déraper les coûts et donc les prix pour les consommateurs.
A solid-state battery isn't proven by cell testing alone.
— Factorial (@FactorialEnergy) June 15, 2026
Real-world performance depends on the systems around it. From pack architecture to controls, @Stellantis and Factorial engineers worked to bridge the gap between cell validation and road testing.https://t.co/HeWmSsrf3i pic.twitter.com/LN2yhkuchK
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Des essais grandeur nature
La recharge de 15 à 90 % est annoncée en 18 minutes et la plage de fonctionnement va de -30 °C à +45 °C, ce qui est aussi plus performant que les batteries lithium-ion actuelles. Vérifier ces données théoriques, c'est précisément l'objet du programme d'essais qui vient de démarrer sur routes ouvertes, une première en occident. Mais à y regarder de plus près, Stellantis est loin de faire la course en tête.
🔋#Stellantis and @FactorialEnergy have successfully integrated Factorial’s advanced FEST® (Factorial Electrolyte System Technology) solid-state battery into a Dodge Charger Daytona development vehicle and launched real-world road testing. pic.twitter.com/sCAkdvDFac
— Stellantis (@Stellantis) June 11, 2026
Car Toyota vise un lancement de véhicule de série équipé de batteries 100% solides dès 2027 ou 2028 sur des modèles Lexus en priorité et avec une chimie sulfure annoncée entre 450 et 500 Wh/kg. Samsung SDI cible quant à lui 2027 pour une production en série, en partenariat avec BMW et Solid Power. L’allié de Volkswagen, QuantumScape a inauguré sa ligne pilote en février 2026 tandis que Mercedes-Benz, autre partenaire de Factorial, a déjà fait parcourir plus de 1.200 km à un prototype équipé de cellules FEST sur une seule charge, autrement dit, la même cellule que Stellantis. Malgré sa communication, le groupe n’a donc pas particulièrement d’avance.
Le mur chinois
Cela dit, pendant que l'Occident teste, la Chine vend. Nio propose déjà une batterie semi-solide dans ses berlines, et plusieurs constructeurs chinois commercialisent des cellules dépassant les 360 Wh/kg. CATL revendique de son côté 500 Wh/kg sur une cellule semi-solide prototype. CATL et BYD, qui pèsent à eux deux plus de la moitié des ventes mondiales de batteries, visent une introduction du solide vers 2027 et une production de masse autour de 2030. La question n'est plus de savoir qui sera le premier constructeur occidental à proposer cette technologie, mais si l'Occident peut encore espérer combler son retard sur la Chine. Et c’est mal parti, car en Occident, personne n'a encore franchi la ligne.
Quel gain concrètement ?
Mais que peut attendre l’automobiliste belge de ce type de batterie ? Prenons une voiture électrique que beaucoup connaissent, la Peugeot e-208. Son pack repose sur des cellules prismatiques CATL en chimie NMC dont la densité tourne autour de 228 Wh/kg. Remplaçons-les par celles de Factorial, à 375 Wh/kg, sans toucher au poids ni au format du pack : la densité bondit de 64 % et l'autonomie suit dans la même proportion. On passerait d'environ 363 km à près de 600 km. Plus de deux cents kilomètres gagnés, sans ajouter un gramme à la voiture.
Mais il faut nuancer ce gain. Car ces chiffres comparent des cellules et une cellule n'est pas un pack. Sur la e-208, justement, le boîtier, le refroidissement liquide et l'électronique de gestion font chuter la densité de 228 Wh/kg au niveau de la cellule à seulement 143 Wh/kg pour le pack entier. Une cellule Factorial subirait donc la même érosion et le gain réel serait donc plus modeste que les deux cents kilomètres théoriques calculés.
Ce qui nous intéresse, c’est de savoir quand Stellantis pourra lancer une production de véhicules en série avec ces nouvelles cellules. Mais le groupe ne donne aucune date. Factorial avance que ses cellules peuvent être fabriquées sur les lignes actuelles dédiées au lithium-ion, sans besoin de grands aménagements, ce qui serait un gain de temps. Les promesses sont là. Pour du concret, il faudra encore patienter.
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