La phrase a sonné comme un coup de tonnerre chez Volkswagen et sur les marchés : dans un mémo interne adressé aux salariés de Wolfsburg le 30 octobre, le patron de la marque Volkswagen, Thomas Schäfer, a reconnu que le constructeur n’avait tout simplement plus les moyens de poursuivre les travaux préparatoires sur l’ID. Golf, la future version 100 % électrique de son modèle le plus emblématique. « Nous ne pouvons pas nous permettre ces travaux en ce moment », a-t-il écrit. Quelques heures plus tôt, le directeur financier David Powels avait officialisé cette mesure lors de la publication des résultats du troisième trimestre. L’homme a évoqué une « pause temporaire, jusqu’à ce que les investissements nécessaires puissent être sécurisés ».
„Können wir uns nicht leisten“ – VW setzt Entwicklung des neuen E-Golfs aus https://t.co/H8a68OQTbi pic.twitter.com/AC83OjRXqx
— WELT (@welt) October 30, 2026
Un gouffre de 5,86 milliards
Le groupe Volkswagen avait dévoilé une perte opérationnelle de 5,86 milliards d’euros pour le seul troisième trimestre 2026. Un chiffre pire que celui du trimestre noir du Dieselgate en 2015, même si l’essentiel provient d’une dépréciation comptable de 6,4 milliards sur Porsche. Le tableau de la marque Volkswagen elle-même est tout aussi préoccupant : une marge opérationnelle réduite à 1,3 % sur neuf mois, une perte de 182 millions d’euros au troisième trimestre et une usine de Wolfsburg qui accuse un déficit de 300 millions d’euros par rapport à ses objectifs de réduction des coûts. Et c’est justement là que devait naître l’ID. Golf.
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Tout le projet repose sur la plateforme SSP, la Scalable Systems Platform, une architecture électrique 800 volts que Volkswagen co-développe avec Rivian. Or cette plateforme accumule les retards depuis 2021. Elle était censée déboucher sur un premier modèle en 2026. Mais aujourd’hui, c’est l’Audi A4 e-tron qui devrait ouvrir le bal, mais au mieux en 2029. L’ordre d’introduction de cette architecture a été totalement chamboulé : « ça commencera par Audi, puis Porsche, puis nous », a indiqué le patron. La Golf électrique était annoncée pour 2028, puis avait déjà glissé vers 2030. Mais avec cette nouvelle suspension, cet horizon devient lui-même incertain.
Un symbole belge en sursis
En Belgique, on le sait, la Golf n’est pas un modèle comme les autres. Volkswagen domine le marché de l’occasion en Belgique et la Golf en est le vaisseau amiral. Sur le premier semestre 2026, 14.066 Golf d’occasion ont changé de propriétaire, ce qui en fait le modèle le plus vendu de seconde main devant la Polo et l’Opel Corsa selon Traxio.
Or c’est précisément cette clientèle qui aurait constitué le cœur de cible naturel de l’ID. Golf. Sans successeur électrique annoncé, Volkswagen prend le risque de voir ces acheteurs se tourner vers des rivales déjà disponibles.
Volkswagen ne dit évidemment pas que l’ID. Golf est morte. Le Betriebsrat, le puissant comité d’entreprise, affirme que le retard peut être rattrapé et que l’horizon du début des années 2030 tient toujours. Peut-on y croire ? Peut-être, car, paradoxalement, les commandes électriques du groupe Volkswagen n’ont jamais été aussi élevées en Europe, avec une croissance de 2 % sur un an. Volkswagen vend plus de voitures électriques que jamais, mais gagne moins sur chacune d’entre elles que sur un modèle thermique équivalent. Tant que cette équation ne s’inversera pas, la Golf électrique restera au purgatoire.
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