Les constructeurs japonais se sont implantés en Europe depuis les années 1960. Honda est arrivé en 1961, Toyota en 1963, Mazda en 1967, Suzuki en 1970 (avec les voitures, mais avant avec les motos) tandis que Nissan a construit sa première usine au Royaume-Uni en 1986 (Sunderland). Sur cette période d’environ soixante ans, les constructeurs nippons ont construit un réseau d’usines, de concessions et ils ont gagné la fidélité des automobilistes, notamment en raison de leur réputation de fiabilité. Mais ceux qui pensaient que ce modèle était inattaquable vont devoir revoir leur jugement.
En effet, selon le cabinet Dataforce, les marques chinoises ont capté 12,7 % des immatriculations européennes entre juillet et septembre, contre 11,9 % pour les japonaises. C’est la première fois que ce dépassement se produit sur un trimestre complet. Et la vapeur continue de s’inverser puisqu’en septembre, la part chinoise a bondi à un record de 14,5 %, soit près de 195.000 voitures.
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Or, il faut se rappeler que cinq ans plus tôt, nous en étions à 1 %. Le Japon n’est d’ailleurs pas le premier pays asiatique à tomber : fin 2025, les Chinois avaient déjà dépassé les Coréens. Et ça continue. Sur les neuf premiers mois de 2026, la part de Hyundai et Kia est tombée à 7,3 % selon l’ACEA. Pour les autres constructeurs, le problème c’est que cette poussée ne se réalise plus seulement sur la voiture électrique, mais aussi sur les modèles hybrides et hybrides rechargeables. Le front est donc de plus en plus large.
Percée par le prix
En Belgique, la tendance à la croissance se lit dans les tableaux de la FEBIAC même s’il n’atteint pas les mêmes proportions. Sur le troisième trimestre 2026, BYD, MG, Leapmotor et Jaecoo représentent environ 6,4 % des immatriculations, le double d’un an plus tôt, mais aussi trois fois moins que la moyenne européenne. BYD a dépassé MG au cumul de neuf mois et c’est manifestement sur un modèle précis que se produit la bascule : le Seal U, un SUV hybride rechargeable vendu à partir de 33.990 euros et qui s’est hissé au neuvième rang du Top 10 chez les particuliers avec 1.915 unités sur 9 mois. C’est le premier modèle chinois à y figurer. Si on considère la concurrence japonaise et, par exemple, un Toyota RAV4 hybride rechargeable, on comprend vite la différence. Ce dernier est affiché à 57.710 euros, soit un écart de plus de 23.000 euros pour un gabarit comparable (et même si la batterie est légèrement plus petite sur la BYD). L’offre suffit en tout cas à convaincre les ménages qui ont besoin d’un grand SUV sans casser leur tirelire.
Un verrou à lever
Si les particuliers semblent apprécier les voitures chinoises pour leur rapport prix/prestations, qu’en est-il des flottes ? Apparemment, la logique ne serait pas la même. En effet, comme l’a indiqué le ministre de la Mobilité fédéral, Jean-Luc Crucke (Les Engagés) à la Chambre récemment, les constructeurs chinois ne pesaient que pour 1,2 % des voitures de société au 1er janvier 2026. Les loueurs auraient leurs raisons de freiner l’offre de voitures chinoises, notamment parce que leur valeur résiduelle est incertaine, que les pièces détachées sont moins disponibles et que la pérennité de certaines marques reste à prouver.
De plus, une part des entreprises belges sont attentives à la durabilité des véhicules. Ces réserves des gestionnaires de flottes pourraient toutefois être levées prochainement, lorsque les marques chinoises ouvriront leurs usines en Europe et seront en mesure de mieux garnir leurs stocks de pièces ou de satisfaire à des critères durables.
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Mais la question qui revient sans cesse pour tous les constructeurs, japonais comme européens, c’est de savoir comment répondre à un concurrent qui met moins de deux ans à développer un modèle quand on en met quatre ou cinq ? Nissan vise désormais trois ans pour accoucher d’un modèle, Honda a lancé le programme « Triple Half » pour diviser par deux coûts et délais et Toyota veut faire pareil. L’enjeu n’est pas seulement industriel. Un cycle court permet aussi de mieux coller à un marché qui change vite. C’est aussi une des clés pour reprendre des parts de marché.
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