Depuis juin dernier, la conduite autonome est devenue réalité en Flandre. La ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA) a signé l'autorisation et des Tesla équipées du système FSD circulent désormais sur la voie publique aux côtés des autres voitures conduites par de vrais conducteurs – si si, ils existent encore. La décision de la Flandre précède donc celle de l’Europe dont le Comité technique pour les véhicules à moteur (TCMV) doit se pencher sur le dossier début octobre pour éventuellement étendre l’autorisation à tous les États membres. Mais ce dispositif respecte-t-il vraiment le Code de la route belge ? Une ASBL bruxelloise a décidé d'aller vérifier.
44 km/h en zone 30
L'ASBL a mené ses tests fin juillet autour de Bruxelles, entre Wemmel, Winksele et Zaventem. Elle a parcouru 400 km (ce qui semble peu en fait) au volant d’un Tesla Model 3, réglée pour respecter strictement chaque limitation et elle a tout filmé. Sur tous les trajets, le FSD (Full Self-Driving) fonctionne : le conducteur saisit une destination, la voiture prend la main sur la direction, l'accélération et le freinage, mais un homme garde toutefois les yeux sur la route pour pouvoir reprendre à tout instant. La seule consigne donnée était de ne jamais dépasser un autre véhicule. Voilà pour la méthode.
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Constat : le Model 3 a pourtant franchi les limites de vitesse dans 55 % des tronçons en zone 30 avec 44 km/h de moyenne, voire même plus quand la circulation était fluide. Le test a aussi révélé que le véhicule dépassait aussi les limites dans les zones résidentielles limitées à 20 km/h.
L’étude conclut donc que le FSD de Tesla ne respecte pas le Code de la route belge et en particulier les limitations de vitesse. Mais ce qu’elle relève aussi, c’est que l’interface mentait à son conducteur. En effet, le FSD reconnaissait bien les panneaux de limitation à 30 km/h, mais il continuait toutefois d’afficher au conducteur (sur l’écran) une limite de 50 km/h. Le superviseur était donc induit en erreur. Et ce n’est pas tout. Une autre fonction s'ajoute au problème, celle du speed offset. Il s’agit d’une marge réglable manuellement par l’automobiliste et qui laisse la voiture rouler jusqu'à 40 % au-dessus de la limite légale lorsque le trafic est fluide. Pour imposer le strict respect des vitesses, le conducteur doit donc ramener cette fonction à zéro, ce qui n'a rien d'évident en roulant.
Qui est Johanna
Les résultats de cette étude sont donc surprenants à plus d’un titre. Cela dit, il faut aussi avoir conscience de qui est l’ASBL Johanna. Il s’agit d’une organisation fondée à la suite d’un bien malheureux accident de la route survenu en juillet 2003 et au terme duquel une fillette, Johanna justement, a perdu la vie. Des proches ont fondé cette ASBL dans la foulée.
Subventionnée par Bruxelles Mobilité, Johanna.be milite ouvertement pour les piétons et les cyclistes avec un principe affiché : celui le droit de ne pas être mis en danger quand on se déplace autrement qu'en voiture. On comprend sans doute mieux la démarche de l’étude, même s’il faut bien avouer que les résultats obtenus sont assez étonnants. C’est d’ailleurs à se demander quelles sont les conclusions des études soumises à la ministre flamande de la Mobilité avant sa décision. Car il y a forcément eu des tests.
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Autre chose interpellante – et qui va dans le sens de ce que l’ASBL défend –, ce sont les rues cyclables où la loi belge interdit formellement à une voiture de dépasser un vélo. Et là encore, le FSD a tenté une manœuvre à plusieurs reprises. Dans une seule rue de Winksele, il s'y est même essayé quatre fois. Mais cela s’explique sans doute aussi : aux Pays-Bas, pays qui a servi de base à l’homologation du FSD, ce dépassement est autorisé. Il est simplement curieux que le système ne s’adapte pas une fois la frontière franchie. À l’heure actuelle, ça n’a rien de compliqué.
Du très bien aussi
Cela dit, l’ASBL souligne malgré tout qu’en dehors de cela, le FSD est un conducteur exemplaire : il cède le passage, anticipe les mouvements des piétons qui traversent et reste à bonne distance des voitures qui précèdent. Chacun semble avoir sa vision sur les capacités du FSD. Ainsi Annick De Ridder et Tesla avancent le risque d'accident au volant d’une Tesla autonome serait près de dix fois inférieur à celui de la conduite manuelle. On peut le croire. Ou pas.
Il n’en reste pas moins que cette étude sort à un moment particulièrement bien choisi puis que l’Europe soit se prononcer le 6 octobre prochain sur un potentiel élargissement de l’utilisation du FSD à tous les États membres. Et, forcément, l’ASBL demande, elle, la suspension de l’autorisation donnée par la Flandre. En attendant, ceux qui utilisent le FSD doivent savoir qu’en cas d’excès de vitesse, ce sera bien à eux de payer les amendes.
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