Combien de temps vous faut-il pour régler la ventilation, sélectionner un nouveau podcast ou ajuster vos rétroviseurs ? Si cela vous prend 3 secondes, en roulant à 100 km/h, vous avez déjà parcouru 83 mètres. Le regard rivé sur l’écran tactile, cette distance est parcourue pratiquement à l’aveugle.
C’est ce que rapporte, entre autres, le département de recherche de l’assureur allemand « Allianz », dans un nouveau rapport sur les causes des accidents. Les chercheurs ont analysé pas moins de 34.000 accidents, étudié les mouvements oculaires au volant, mené des essais sur simulateur avec l’université de Munich et interrogé des automobilistes dans 9 pays. Leur conclusion ? Les « écrans tactiles constituent l’un des plus grands dangers potentiels de notre époque pour la sécurité routière ».
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Plus dangereux que l’alcool
Selon l’étude, les conducteurs sont distraits d’une manière ou d’une autre pendant près de la moitié du temps passé au volant ! Alors qu’on estimait auparavant qu’environ 10 % des accidents étaient dus à la distraction, les chercheurs considèrent que cette proportion avoisinerait plutôt un tiers…
Le centre de recherche précise toutefois qu’il s’agit d’une estimation : établir avec certitude un lien de cause à effet reste difficile. En effet, la distraction ne peut être mesurée ni prouvée, contrairement, par exemple, à la consommation d’alcool ou à une vitesse excessive. Il est également impossible d’affirmer qu’elle découle systématiquement de l’utilisation d’un écran tactile plutôt que, par exemple, d’un panneau publicitaire au bord de la route !
En revanche, l’étude montre que les participants obtiennent de meilleurs résultats après quelques verres que lorsqu’ils sont distraits... Lors de ces simulations, ils ont été confrontés à plusieurs reprises aux mêmes situations : un véhicule qui freine brusquement devant eux ou un enfant qui traverse soudainement la route, par exemple. Dans ce dernier cas, plus d’un tiers des conducteurs testés n’ont tout simplement pas réagi. Les conducteurs distraits ont même fait moins bien que ceux qui avaient bu et présentaient un taux de 0,8 ‰ d’alcool dans le sang !
Des écrans omniprésents
Pointer la mode des écrans dans les voitures modernes pour expliquer cette distraction n’a rien de nouveau. Imitant Tesla, presque tous les constructeurs ont supprimé, au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de molettes et de boutons classiques pour en transférer les fonctions sur un écran tactile. Le résultat paraît plus moderne et plus épuré, tout en coûtant moins cher à produire.
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Les écrans tactiles ne sont pas les seuls à essuyer des critiques : les commandes tactiles au volant, les temps de réaction trop longs et les reflets gênants compliquent également des gestes simples. Une mise à jour logicielle peut en outre modifier une arborescence de menus familière, obligeant le conducteur à reprendre ses marques dans sa propre voiture…
Ces innovations s’accompagnent certes de fonctions de sécurité active toujours plus nombreuses, capables de compenser en partie les conséquences d’un manque d’attention. Leurs effets indésirables se font néanmoins de plus en plus sentir.
L’association automobile allemande, l’ADAC, avait ainsi déjà signalé que les voitures neuves se voyaient attribuer des notes de plus en plus mauvaises quant à la facilité d’utilisation de leurs commandes. La moyenne est passée de 2,3 en 2019 à 2,6 en 2025, sachant que, dans ce système de notation, une note plus basse est meilleure !
L’étude d’Allianz révèle également que pas moins de 70 % des automobilistes préfèrent les commandes classiques à un écran tactile. Cette proportion est même encore plus élevée chez les jeunes conducteurs de 18 à 25 ans !
Les trois quarts déclarent aussi être davantage distraits qu’auparavant, et plus d’un tiers affirment avoir déjà vécu une situation critique à cause d’un écran tactile au cours des trois dernières années. Pourtant, la grande majorité s’en attribue la responsabilité plutôt que de mettre le constructeur en cause…
La tendance s’inverse
Il n’empêche : le secteur revient progressivement sur ses choix. Volkswagen privilégie à nouveau les commandes physiques, notamment dans l’ID. Polo. Hyundai a fait de même lors du dernier restylage de l’Ioniq 5. Le patron de Mercedes, Ola Källenius, reconnaît lui aussi que le secteur est allé un peu trop loin en remplaçant les boutons par des menus sur un écran. Les grands écrans restent, mais ils retrouvent progressivement la compagnie de commandes physiques !
En Chine, les autorités vont déjà plus loin : de nouvelles normes de sécurité imposent la présence de commandes physiques pour les fonctions essentielles des voitures.
C’est aussi ce que préconisent les chercheurs allemands : les écrans ont leur utilité, notamment pour afficher une carte, mais il serait préférable de ne pas leur confier les fonctions essentielles du véhicule.
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